Sicard, op, cit,, III, p. 263, n
1797, — quatre ans seulement, pourtant, après Féchafaud de la place du Trône, — on fît la théorie d'une bglise royaliste ; il leur semblait qu*en se courbant sous une telle théorie leur mitre baissait d'altitude. Ils n'admettaient pas davantage, d'ailleurs, que les « soumissionnaires » appuyassent sur les constants principes de TËglise certaines maximes d'adhésion aux pouvoirs nouveaux : ce n'était plus leur mitre, alors, gui leur paraissait diminuée ; c'était leur blason qui leur paraissait terni. Gentilshommes trop scrupuleux pour oser accepter d'autres emblèmesque les fleurs de lis, et prêtres trop corrects, cependant, pour oser adjoindre au vieux Credo catholique un chapitre politique inédit, ils avaient plutôt, dans cette période de crise, une attitude qu'une doctrine, plutôt même des attitudes qu'une attitude.
Ils étaient d'avance condamnés à l'insignifiance. Trop tièdes au gré du roi, trop antirévolutionnaires au gré du peuple, ils ne firent rien ni n'empêchèrent rien, et sans doute laissèrent monter vers le ciel leurs actions de grâces surprises lorsqu'ils apprirent que, sans le roi, le peuple sauvait l'Eglise et que Bonaparte, organe du peuple, la restaurait.
Depuis la loi du 3 ventôse an III (21 février 1795), la liberté des cultes existait, sous la forme d'une véritable séparation de l'Église et de l'Etat: les prêtres n'avaient aucun traitement, les signes extérieurs de religion étaient interdits, les communes n'avaient point le droit d'acquérir ou de louer des temples. Un décret du 30 mai 1795 améliora la situation en mettant à la disposition des communes les temples non aliénés, sous cette réserve qu'ils seraient ouverts à toutes les confessions. Naturellement, le maintien des décrets contre les prêtres déportés — décrets qui ne disparurent qu'au 24 août 1797, — enlevait à ces lois de liberté religieuse une bonne part de leur valeur; et l'esprit môme qu'affectaient à l'endroit du
culte un certain nombre des proconsuls envoyés dans les départements demeurait assez inquiétante Tel d'entre eux, par exemple, ne craignait pas, dans une proclamation, de stigmatiser « l'effigie ridicule de celui que des imposteurs présentaient comme un Homme-Dieu >, et voulant aux dépens du dimanche faire Téloge du décadi, il ajoutait : « Ce n'est plus une vierge enfantant sans douleur un Homme-Dieu, c'est le peuple, toujours pur et incorruptible, mettant au monde la liberté ^. » Mais peu importait aux populations : il suffisait qu'elles se pussent prévaloir de la lettre des lois, pour qu'immédiatement leur piété, reléguée depuis quelques années dans ces catacombes que sont les âmes et qu'aucun pouvoir humain ne saurait empêcher d'être lumineuses, aspirât à faire sa rentrée dans le monde, et à s'épanouir derechef sous le soleil.
Aux portes mêmes de la Convention, Paris manifestait : les boutiques se fermaient, le dimanche, pour attester que les églises devaient se rouvrir ; le culte fut repris, en 1795, dans quinze d'entre elles, et les citoyens d'alentour apportaient des chaires, des confessionnaux, des cierges *. La Convention, sous la poussée du peuple, remettait Dieu dans ses temples; et le peuple faisait de son mieux pour remet- Ire Dieu dans ses meubles. « On prendrait maintenant Paris, écrivait un journaliste, pour un grand couvent de capucins, tant il y a partout des crucifix d'ivoire, de plâtre, de bronze, de bois, d'argent et d'or, étalés à toutes les boutiques ^ »
Nombreuses étaient les localités où l'on recommençait le culte avec des vases sacrés de fer-blanc ou de plomb, sans linges, sans ornements. On accueil-