‹ Autour du catholicisme social (volume 2)Chapitre 58 sur 99 · Thureau-Dangin, op, cit., III, p · texte numérisé non relu

Thureau-Dangin, op, cit., III, p

lUH LA RENAISSANCE CVTHOLIOIE EN ANGLETERRE

ment « tractarieD » fut, à Torigine, nn soubresaut de rascélisme chrétien, assoiffé des ancieDoes sources de vie. Entre les âmes en détresse et les sources délaissées, TÉtat faisait barrière : gardien jaloux des Trente-Neuf Articles, il les interprétait sévèrement, et interdisait aux consciences serves un certain nombre desmoyensde salut que leurproposait lacsuperstition romaine ». C'est ainsi que l'Etat contraignait à des allures d'insurgé l'ascélisme « tractarien », et la piété réveillée fut tout de suite en lutte avec l'autorité légale qui gouvernait l'Église. Le discours de Keble sur 1' « apostasie nationale », qui dans Tannée 1833 donna le branle au mouvement ^n tractarien », fut provoqué par le hill qui supprimait une partie des évéchés anglicans de l'Irlande ; le premier tract publié par Newman remit en honneur la doctrine de la succession apostolique, dont les « tractariens » se firent aussitôt une arme contre l'asservissante conception de rfiglise d'État. L'hégémonie du pouvoir civil sur l'Eglise venait précisément d'être aggravée : en 1832, la cour des Délégués, composée en partie d'ccclàsiastiques,etchargéepar la Couronne du jugement de certaines causes spirituelles, avait été dépossédée (le cette juridiction au profit du € comité judiciaire du Conseil privé delà Reine », corps exclusivement laï(|ue et politique; l'autorité souveraine des laïcjuessur les ressorts les plus délicats du mécanisme anglican était désormais scellée. Mais la sainteté libère les ûmes ; et dans l'antique université d'Oxlord, où les hommes mûrs et les vieillards se conl(»ntaient d'un christianisme superficiel, quelquesjeunes luiors, Newman, Froude, Robert Wilberforce, exerçant leur fonction comme une sorte d'apostolat pastoral, avaient développé chez un certain nombre tréludiants le désir d'être des saints. Une partie de la jeunesse universitaire saluait dans les tracts successifs (le Newman une révélation et une protesta-

tion, révélation d'un christianisme oublié^ protestation contre l'encombrante médiocrité de ce tuteur qu'était l'État.

C'est le propre de la lutte d'accentuer les contrastes : une fatalité naturelle contraignait FÉtat anglais à descendre de plus en plus irrésistiblement la pente où les € tractariens » déploraient qu'il s'engageât. Alors les tracts se multipliaient, alors grossissaient leurs formats : après Newman, c'est Pusey qui prenait la plume et la parole, et l'enthousiasme suscité par ses dissertations tbéologiques soulevait les consciences contre TÉtat, qui trouvait, dans ses sermons, matière à douloureuses chicanes. Les âmes priaient, méditaient et souffraient : avec angoisse, elles regardaient Newman, qui les dépassait toutes par la profondeur de ses méditations et par l'âpreté de ses souffrances. Les démarches successives par lesquelles Newman, tantôt à contre-cœur, et tantôt à son insu, semblait s'arracher de l'Église anglicane, sanctionnaient en lui, — ses proches le savaient, — les mystérieux progrès d'une vie intérieure qui réglait son rythme sur le vouloir de Dieu, L'histoire des déchirements religieux de ce grand homme est comme scandée, sans doute, par une série d'épisodes où l'esprit vexatoire de l'État multiplie les provocations à l'adresse des âmes croyantes ; mais qu'on y prenne garde, chacun de ces épisodes succède à un acte de vie intérieure, qui préparait d'avance Newman à s'élever plus haut. La mesure par laquelle l'Etat, en 1837, impose à l'université d'Oxford un professeur incroyant, n'est si douloureuse au cœur de Newman que parce que l'habitude qu'il avait prise, depuis 1836, de lire le Bréviaire romain, rendait sa foi plus délicate encore, et plus susceptible sa piété. La condamnation portée contre lui à l'occasion du tract 90 ne fortifie ses doutes au sujet de l'anglicanisme que parce qu'en 1839, au cours de ses études sur les

Pères, il avait constaté, non sans un effort de conscience, que la situation de Tanglicanisme à l'endroit de l'autorité romaine était aussi critiquable qu'autrefois celle du monophysisme. La suspension qui interrompit les sermons de Pusey frappa Newman d'un coup d'autant plus décisif que, replié sur lui-même dans la retraite de Littlemore, il cherchait passionnément où Dieu voulait qu'il abouttt, et demandait à Dieu de rendre enfin visibles ses fins invisibles. Observez enfin par quelles réflexions suprêmes ce martyr de Texpectative divine se raccrochait à l'Eglise anglicane : les méditations à la suite desquelles il marque un instant le pas ne sont ni moins graves ni moins déchirantes que celles qui lui donnent un élan. « Ne faisait-on pas son salut dans Samarie? se demande-t-il un jour. Le sujet d'Israël n'était pas tenu de quitter Samarie pour Jérusalem *. » Un autre jour, il s'interrogeait sur les facilités de perfectionnement que l'anglicanisme offrait aux âmes : les avait-il toutes mises à l'épreuve * ? en avait-il usé, profité jusqu'à épuisement? et sinon, pourquoi quitter Tanglicanisme? Il fut, deux ans durant, « sur un lit de mort par rapport à FEglîse anglicane' »; un jour survint, où il pensa que c'était peut-être un péché mortel de n'être pas encore romain * ; de ce jour, Newman appartint à Rome. « Ah 1 Rome, si tu n'étais pas Rome ! » avait-il écrit en 1832. Rome était toujours Rome, mais Newman devenait romain *•

Alors, parmi les anglicans, on vit les uns, « tractariens » de Tavant-veille ou de la veille, conclure à la nécessité pour l'Eglise anglicane de s'assimiler

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