Thurcau-Dangin, op, cit,, 1, p
trait bien distinctif de ce très curieux réveil, — se produisit eu dehors d'eux, le plus souvent sans eux, et quelquefois malgré eux : des cortèges d'âmes s'offraient au vieux clergé d'outre-Manche, généreux cadeau qu'il n'avait point eu l'idée de briguer; et ces âmes, d'elles-mêmes, s'installaient sous sa houlette, malgré les suspicions qu'il inspirait et malgré les suspicions que lui-môme éprouvait.
Qu'étaient, au début du siècle, les catholiques d'Angleterre? Newman, dans un de ses sermons les plus saisissants, les évoque devant nous, < passant silencieux et tristes, comme un souvenir de ce qui avait été. »
Les catholiques romains, explique-t-il, n'étaient pas une secle, un corps, si petit qu'il fût, représentant la grande communion du dehors, mais une simple poignée d'individus que l'on pouvait compter, comme les pierres et les débris du grand déluge... Ici, c'était une bande de pauvres Irlandais allant et venant au temps delà moisson, ou une colonie d'Irlandais dans un quartier misérable de la grande métropole; là, peut-être, c'était un homme âgé que l'on voyait se promener dans les rues, grave, solitaire, étrange, quoique de noble maintien, et dont on disait qu'il était de bonne famille et « catholique romain » ; c'était une maison de vieux style, de sombreapparence, enfermée derrière de grands murs, avec une porte de fer, des ifs: on racontait que là vivaient des « catholiques romains »; mais qui ils étaient, ce qu'ils faisaient, ce qu*on voulait dire quand on les appelait catholiques romains, nul n'aurait pu l'expliquer, on savait seulement que cela sonnait mal et parlait de formalisme et de superstition... On ne retrouvait les catholiques, en Angleterre, que dans les endroits reculés, dans les ruelles, dans les caves, dans les mansardes ou dans la solitude de la campagne, séparés de la foule au milieu de laquelle ils vivaient ; on les entrevoyait seulement dans l'obscurité, à travers le
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brouillard ou le crépuscule, fantômes fuyant de-ci, de-là, devant les fiers protestants, maîtres de la terre *.
Lorsque le progrès des mœurs contraignit « ces fiers protestants » d'adoucir les lois et d'accorder aux catholiques Taccès des fonctions *, ceux-ci, semblables à des enfants longuement martyrisés, avaient pris une telle habitude de l'effacement apeuré, qu'un évêque même se rencontrait, en pleine année 1830, pour les dissuader d'entrer dans la carrière publique à cause des dangers qu'y pourrait courir leur foi '. A l'école de ce prélat, les catholiques anglais étaient condamnés à se comporter en émigrés de l'intérieur, au temps même où devant eux les portes commençaient de se rouvrir : « Leurs chaînes étaient enlevées, disait tristement Wiseman ; non la crampe et l'engourdissement que ces chaînes avaient produits *. »
On eût pu croire que ces malheureux effarouchés, dans la retraite où ils se barricadaient, éprouvaient du moins une sorte d'attrait à garder jalousement, dans toute leur plénitude, l'intégralité des observances romaines. Mais il n'en était rien : ils semblaient bien plutôt donner au monde cette attristante leçon, qu'une foi trop longtemps « mise sous le boisseau», bien loin d'être protégée, court le risque de se décomposer et de se diminuer. Ils avaient une peur étrange des pratiques de piété les plus courantes en terre catholique, rosaire, litanies, exposition et bénédiction du Saint-Sacrement, vénération des images des saints ; et si leur répugnance pour les « dévo-