‹ Autour du catholicisme social (volume 2)Chapitre 66 sur 99 · Thureau-Dangin, op, cit., II, p · texte numérisé non relu

Thureau-Dangin, op, cit., II, p

du bruit autour de l'Église et bientôten feraient dans TEglise. Les catholiques de naissance, ombrageux et timides, n'aimaient pas que le public s'occupât trop du catholicisme, et redoutaient aussi, dans leurs discrètes chapelles, Tintrusion de toute influence imprévue. Ils avaient crainte des courants d'air, dont parfois l'Esprit a besoin. Il semblait qu'à leur lit de mort le seul témoignage qu'ils souhaitassent de se rendre devant Dieu pût se formuler dans la célèbre parole de Sieyès : « J'ai vécu.» Et certes, pour leurs ancêtres, à qui chaque messe pouvait coûter la pendaison, c'était beaucoup, apparemment, de pouvoir dire en mourant : « J'ai vécu », et le Dieu caché qu'on servait en cachette ne demandait rien de plus. Mais au clair soleil du xix® siècle, les catholiques anglais, héritiers de trois cents ans d'alarmes, avaient mieux à faire qu'à « avoir vécu»; ils avaient à vivre; il leur fallait, sortant de leurs catacombes, s'arracher à cette sorte de joug que laisse encore peser sur la liberté des âmes la tyrannie des bourreaux disparus. Treize siècles plus tôt, l'Église celtique de la Grande-Bretagne, se repliant devant les Saxons et les Angles, avait envieusement marchandé à ces barbares le trésor de ses croyances et de ses sacrements ; elle s'était terrée, elle s'était tapie, comme une Eglise qui fuyait le jour, jusqu'à ce que le pape Grégoire le Grand eût envoyé le moine Augustin, pour que la lumière chrétienne se fît plus généreuse, plus rayonnante, à travers les immenses brouillards de là-bas. Les catholiques anglais, dans le premier tiers du xix° siècle, rappelaient en quelque mesure, parleur attitude débile et boudeuse, les Celtes du vi«; et ce n'est qu'en reprenant contact avec Rome que le catholicisme anglais sortit enfin de son engourdissement solitaire. Il reprit contact avec Rome par Wiseman, qui fut, sur les bords du Tibre, élève et recteur du collège anglais ; par Newman, qui, une

fois coDverli, humilia et paracheva la maturité de son génie en allant étudier au collège de la Propagande ; par Manning, enfin, d'autant plus attaché aux magnificences du « papisme romain » qu'il abhorrait les ambitions du « césaropapisme » britannique. M. Thureau-Dangin consacre d'ailleurs d'attrayants chapitres aux divergences qui séparèrent ces grands hommes, et qui leur furent, suivant la belle parole de Newman, une « occasion d'exercer la charité \ » Mais Newman lui-même, — si enclin fût-il, parfois, à craindre que l'accent impérieux de certaines définitions dogmatiques n*eût pour effet de € rejeter plus loin les temps et les moments du triom* phe de Dieu*», — Newman,cependant,sans redouter le reproche d' « ultramontanisme », se réjouissait d'acclimater sur les lèvres anglaises, à la faveur de son merveilleux petit livre : Méditations et Dévo^ lions % un grand nombre de prières d'origine italienne; et nul ne sut, comme lui, réveiller chez les catholiques d'Angleterre un besoin de communion étroite, familière, avec l'Église universelle ; nul ne sut comme lui, pour qu'ils trouvassent enfin la cime de cette Église, tourner leurs regards vers les sept collines. Ainsi les anciennes familles catholiques, qui ne pouvaient point se glorifier, — ou presque point, — d*avoir contribué à la renaissance catholique anglaise, recueillaient de cette renaissance non seulement plus de considération parmi leurs concitoyens, mais aussi un avantage intellectuel et un profit spirituel ; et grâce à ces anglicans de la veille, elles devenaient en quelque façon plus catholiques, plus romaines. C'était d'Oxford et de Cambridge, de Londres et de Birmingham que s'envolaient, pour

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