UN CONCILE DE RESURRECTION
semaines voulaient imposer à nos prêtres certaines façons d'enseigner le catéchisme pourraient saluer comme d'aventureux précurseurs les bureaucrates de celte vieille Allemagne. Des circulaires officielles, en ce temps-là, prétendaient imposer au prêtre une méthode pour confesser, et lui conseillaient d'absoudre les pénitents sans leur demander l'énumération de leurs fautes. La bureaucratie wurtembergeoise, gardienne de la tranquillité des citoyens, avait décidé qu'il leur suffirait de dire: j'ai péché,et que le curé, tout de suite, devait pacifier, par une non moins laconique absolution, ces consciences qui n'avaient pas de temps à perdre. Les petits Etats de l'Allemagne s'amusaient à ces jeux dignes de Byzance, lorsque l'orage de 18i8 leur apporta d'autres soucis.
Mais cet orage même était gros de menaces pour rÉglise. Au parlement de Francfort, un courant radical se dessinait^ qui la voulait laïciser. On parlait d'introduire dans l'organisme catholique le principe démocratique ; de faire élire les curés par les fidèles, de confier les paroisses à la tutelle des municipalités, de soumettre l'épiscopat au contrôle de certains synodes auxquels auraient pris part, non seulement tous les membres du clergé, mais aussi des délégués laïques. On proclamait, bien haut, qu'on voulait séparer l'Église de l'État ; mais on ne Témancipait du pouvoir central que pour l'exposer à l'ingérence impérieuse et pointilleuse des communes. L'année 1848 sonnait le glas, en Allemagne, de certains gouvernements qui avaient causé à l'Église les plus graves dommages ; mais parmi les vainqueurs, un certain nombre voulaient qu'à son tour l'Église eût son « Quarante-huit > ; qu'en elle, comme en dehors d'elle, le principe d'autorité chancelât, que dans la société religieuse comme dans la société civile le pouvoir, désormais, vînt d'en bas. La même /• évolution qui libérait l'Eglise de certaines entraves
l'assemblée de wurzbourg 241
suscitait contre elle d'autres hostilités auxquelles devaient faire front d'autres méthodes.
Comment les évoques d'Allemagne, dans trentesix séances consécutives, élaborèrent ces méthodes, avec quelle lente et mûre patience ils les adaptèrent à Timprévu des temps ; quelles luttes s'engagèrent entre leur intransigeance disciplinaire et certaines utopies niveleuses; à quelle altitude enfin ils surent maintenir le prestige et la dignité de leur Église, lorsque partout autour d'eux, contre toutes les autres puissances, la révolution grondait : c'est de quoi, désormais, chacun peut se rendre compte en lisant, avec le recueillement ému que cette lecture comporte, J'érudite plaquette de M. l'abbé Sauze : « Pour la réorganisation catholique ; V Assemblée épiscopale de Wurzbourg * » ; ainsi s'intitule cette brochure, et l'on sent, dans ce titre, le frémissement des préoccupations présentes, la vibration de l'action prochaine.
Le spectacle de ces évoques est imposant ; jamais l'autorité ne fut plus fière, jamais la bonne volonté plus souriante. Ils passent en revue, d'une façon précise, détaillée, tous les besoins de leurs églises ; ils pèsent toutes leurs chaînes, tolèrent les unes, secouent les autres. Avec une sérénité qui ne redoute personne et qui ne brave personne, ils disent Non possumus lorsqu'ils le doivent, ils disent Possumus lorsqu'ils le peuvent; ils sont, tout ensemble, inflexibles et généreux.
Le mot de liberté, qu'on aimait alors d'un sérieux amour, semble s'attarder sur leurs lèvres et se prolonger sous leur plume ; ils le répètent, ce mot, ils le commentent, ils le caressent; ils prient le peuple