Voir V Association catholique^ 15 août 1900, p
2. Voir sur co congrès l'article de M. de Seilhac dans VAssociation catholique du 15 novembre 1902, p. 384-397.
3. Association catholique, 15 janvier 1903, p. 85-87. — A son tour Pie X, à la date du 24 mars 1904, a fait écrire par le cardinal Merry del Val au conseiller national Scherer, président de r Association internationale pour la protection légale des travailleurs, une lettre des plus importantes. « Sa Sainteté, lit-on dans cette lettre, a constaté avec joie que vos efforts visent à obtenir, par une action commune et résolue, profitable à tous les pays, la protection législative des ouvriers et surtout des femmes... Le Souverain Pontife a conscience que cette entreprise aura des résultats favorables, non seulement sous le rapport purement physique et économique, mais encore au point de vue moral et social. Il y voit une preuve de l'admission générale du principe si souvent exprimé par Léon XIII du respect dû à la dignité humaine.» Le texte intégral de cet important document est publié dans V Association catholique^ 15 mai 1904, p. 475-476.
4. Voir Goyau, Autour du catholicisme social, 2« série, p. 20-46. (Paris, Perrin, 1902.)
que d'agnosticisme où, pour jugerd'un arbre doctrinal, on on regarde les fruits beaucoup plus qu'on n'en sonde les racines. C'est à Pefficacité sociale d'une foi que nos contemporains sont tentés d'en mesurer la valeur ; et s'il est vrai que la morale de TKvangile, que les masses depuis longtemps considéraient exclusivement comme une gêneuse, commence de leur apparaître comme une protectrice, Léon XIII, propagateur du catholicisme social, aura peut-être la gloire posthume d'avoir donné l'essor à la meilleure et à la plus vivante des apologétiques populaires «.
Vivre en société, telle est la vocation de l'être humain. Il n'est pas surprenant qu'au surlendemain des doctrines du dix-huitième siècle sur l'état de nature, l'Église ait spécialement affecté de remettre en honneur le lien social. Léon XIII, qui semble avoir fait de ce soin son principal labeur, acheminait ainsi les fidèles, non seulement vers des conclusions économiques qui s'efforçaient de ramener l'harmonie entre le capitaliste et le travailleur, mais aussi, et par une marche analogue, vers des conclu-
1. Sous le titre : Le développement du catholicisme social depuis VencycliqueRGrum novarum: idées directrices et caractères généraux y M. Max Turmann publiait, huit ans après Tencyclique, un tableau détaillé des effets des ensei^cments sociaux de Léon Xllldans les divers pays. (Paris, Alcan, 1900.) — Cf. dans Y Association catholique, 15 mars 1904, p. 193-211, un autre travail de M. Turmann sur « l'œuvre des catholiques sociaux de France depuis l'encyclique Rernm Novarnm ». — Cf., dans la Sociologie catholique de Montpellier, janvier 1902, p. 14-20, un excellent article de M. le chanoine Dehon : Dix ans après V Encyclique,
sions politiques. Pie IX s'était donné pour tâche, en des actes retentissants, de défendre TEglise contre ce qu'elle appelait les empiétements de la société civile ; Léon XIII voulut défendre la société civile contre les périls dont elle était à son tour menacée et que parfois elle semblait créer elle-même contre elle-même. On pouvait tirer des enseignements de Pie IX la théorie de ce que n'est pas l'État, et de ce que ne peut pas l'État, et de ce que ne doit pas rÉtat ; les enseignements de Léon XIII, non moins inspirés par la théologie traditionnelle, expliquèrent ce qu'est TÉtat, ce qu'il peut, ce qu'il doit ; et, de part et d'autre, on reconnut la même doctrine, mais elle était, si Ton peut ainsi dire, différemment campée ; immuable en son essence, elle avait, d'un règne à l'autre, changé d'attitude, non de contenu.
Ce qu'on a coutume d'appeler la politique de Léon XIII fut, en tous pays, la suite naturelle de cette attitude nouvelle. Qu'en 1878, il s'adresse à Guillaume I®"^ *, ou bien, en 1882, au président Grévy 2, c'est au nom de la société civile, autant qu'au nom de l'Église, qu'il déplore les luttes religieuses entre concitoyens d'un même pays. Léon XIII, au cours de son long pontificat, ne dénonça jamais le mal qu'un État fait à l'Église, sans dénoncer, tout ensemble, le mal que se fait à lui-même cet État ; et les Etats apprirent sans cesse, si d'aventure ils risquaient de l'ignorer, que l'intégrité du lien social est compromise par une politique de Cultarkampf.
Inversement, parce que Léon XIII voulait faire de la force religieuse un étai pour la charpente sociale, et parce qu'il ne voulait point permettre que le facteur religieux devînt un diviseur, il prohibait, tant
1. Lefebvre de Béhainc, Léon XIII et le prince de Bismarck^ p. 290-293. (Paris, Lethie lieux.)