LES CONVERGENCES ENTRE LE SOLIDARISME ET LE CATHOLICISME
Sifîers qu'ils soient d'une telle doctrine, et quelque droit qu'elle leur donne d'être sévères pour les lacunes et les défaillances du solidarisme, les catholiques doivent néanmoins noter avec joie certaines convergences entre le sens du mouvement solidariste et leur propre orientation. Dans cette préoccupation même d'une dette sociale à exiger et à payer, on pourrait aisément discerner — que les solidaristes le voulussent ou non — un mouvement de réaction contre l'individualisme révolutionnaire. Le xviii« siècle et la Constituante avaient mis en relief exclusivement les droits de Thomme ; voilà cent ans que les publicistes catholiques reprochaient à la Déclaration des droits de n'être point complétée par une Déclaration des devoirs ; et l'année 1900 nous réservait l'instructive surprise d'entendre M.Léon Bourgeois, le plus illustre apôtre du solidarisme, dire à son tour, après eux et comme eux: « La Révolution a fait la déclaration des droits ; il suffit d'y ajouter la déclaration des devoirs *. »
Mais les de Maistre, les Comte et les Taine n'accusaient pas seulement la Déclaration des droits de manquer d'une indispensable contre-partie, mais aussi de reposer sur des erreurs historiques et philosophiques; et la sociologie contemporaine, succé-
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dant à un siècle entier de protestations catholiques et de protestations positivistes, professe que cette phrase primordiale : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit», contient une absurdité. Or, ce fut en vain que M. Léon Bourgeois, parlant au nom du solidarisme, se flatta de ne détruire en rien l'œuvre de la Révolution* : par cela seul qu'il affirmait, en termes excellents, que la «liberté n'est pas quelque chose dUndéfini et d'infini pouvant être revendiqué sans mesure >, que « nous ne sommes pas libres, dans la société, avant d'avoir payé aux autres ce que nous leur devons», et qu'enfin «notre liberté ne commence qu'avec la libération de notre dette sociale * », M. Bourgeois donnait une irréparable entorse à cet article initial de la Déclaration des droits^ d*après lequel l'homme naît libre.
M. Bourgeois exposait que nous devons, par des institutions d'enseignement, d'assistance et d'assurance, travailler à réaliser entre tous les hommes ce qu'il nommait une « égalité de valeur sociale », et 4c les rapprocher tous, ainsi, du point oii ils pourraient contracter librement les uns avec les autres, sans autre inégalité que celle qu'il ne dépend pas de la volonté humaine de faire disparaître * » ; et de pareilles déclarations dépassaient singulièrement l'étroit horizon des hommes de la Constituante, qui, dupes ou captifs de leur phraséologie, croyaient avoir tout fait pour le bien-être social en proclamant que les hommes « naissent » égaux en droit. A cette date de 1900, M. Ferdinand Buisson n'avait encore rien d'un socialiste ; et sa parole retentit, à plusieurs reprises, pour conjurer le Congrès de ne point « désavouer les idées fondamentales de la philosophie libérale et
i. Congrès, p. 351.