Turgot, Œuvres, édit. Daire, I, p. 114 (Paris
trouva, au xi» siècle, pour dégager TÉglise de toute apparence de solidarité avec le régime féodal ; un Léon XIII s'est trouvé, au xix*» siècle, pour commencer à la dégager de toute apparence de solidarité avec le régime capitaliste *• A neuf siècles de distance, les
1. Combien pénétrant et profond fut cet effort de Léon XIII, et quelle influence durable il exerça sur la pensée catholique, c*est de quoi tous se purent rendre compte lorsque, en 1904, M. Brunetière, examinant dans sa controverse avec M. Georges Renard le programme de M. Millerand à Saint-Mandé, risquait sans crainte les conclusions suivantes :
€ Eh bien, monsieur Je voudrais avoir établi pour quelquesuns de vos lecteurs que, si € Tidée socialiste se résume tout entière dans la volonté énergique d'assurer à chaque être, au sein de la société, le développement intégral de sa personalité », d'une part ; et, d'autre part, s'il n*y a rien de plus faux que de définir le socialisme comme ayant « pour objectif la sup pression de la liberté, la confiscation de la propriété individuelle, et pour moyen le recours à la force,» — ce sont, vous les reconnaissez, les propres paroles de M. Millerand, je voudrais donc avoir établi ;
1® Qu'il n'y a rien dans ces formules qui soit incompatible avec ridée chrétienne ;
2« Que peut-être les idées qu'elles expriment et qui les fondent n'ont pu naître qu'en milieux chrétiens ;
3" Qu'un chrétien peut donc tomber d'accord de plus d'un point,et de plus d'un point essentiel, avec les socialistes qui s'intitulent réformistes;
4° Que, cela étant, il leur est inutile de s'opposer les uns aux autres sous des étiquettes ennemies, et qu'ils feraient mieux do s'entendre sur les réformes précises dont ils sont unanimes à reconnaître la justice, l'urgence et la nécessité. » (Les Questions actuelles^ 23 avril 1904, p. 179-180). —Cf. les commentaires de M. Edouard Berth dans son article : M, Brunetière et le socialisme réformiste (Mouvement socialiste^ 15 avril 1904, p. 449-455.) — Le R. P. Sertillanges, professeur de philosophie morale à l' Institut catholique de Paris, ne pensait pas autrement que M. Brunetière, lorsqu'il disait en 1905 au terme de son carême de Saint- Pierre -du-Gr os-Caillou : « L'idéal social chrétien n'a jamais été réalisé jusqu'ici sur la terre : L'union des catholiques et des soifialistes de bonne foi le pourrait accomplir. Pourquoi résistons-nous de part et d'autre à cette ofTusion de grâce que représente pour nous l'aspiration sociale
deux actions se sont ressemblé. Les régimes sociaux passent : TÉglise, pour vivre, s'y doit insérer, mais elle ne s'y enlize point *. Ils passent, et elle demeure. Et c'est le rôle des catholiques sociaux de rappeler aux socialistes cette vérité, qui domine et résume l'histoire même de l'Église.
de ce siècle ? » (Sertillanges, Socialisme et christianisme ^p. 307. Paris, Lecoffre, 1905.) — L'abbé Gayraud, dans sa brochure: Un catholique peut-il être socialiste? (Paris, Bloud, 1905), soutient à son tour cette thèse, que Thorizon du catholicisme social est aussi large que celui du réformisme socialiste. » — Cf. Fidao, Association catholique^ 15 mai 1903, p. 411-416.
1. En deux pages excellentes, le P. Sertillangos explique que € rÉglise fournit l'esprit qui doit guider nos organisations temporelles, » mais qu'elle € n'a rien à approuver ni à condamner dans les systèmes sociaux en ce qu'ils ont d'exclusivement scientifique. » (Socialisme et christianisme, p. 123-124.)
Au cœur do la charité est la perle de la justice.
S. CaTHERIRB DB SiBIfNB.
« Il faut que les riches aient la conviction intime qu'ils sont moins que rien, qu'ils sont de la boue dorée, plus méprisable que la plus hideuse populace, s'ils n'accomplissent pas les grands devoirs sociaux. » Ainsi parlait en 1836 un publiciste converti au catholicisme, et dont l'action littéraire et politique eut un instant de célébrité, le baron d'Eckstein *. C'est pour prendre enfin connaissance de ces grands devoirs, qu'un certain nombre de femmes du monde, en 1902, étaient rassemblées dans Phôtel de M""« la baronne Piérard * ; sous le titre : Idées sociales et faits sociaux, les conférences qui leur furent offertes ont été réunies en volume •. Définir