‹ Autour du catholicisme social (volume 3)Chapitre 51 sur 97 · Sicard, op. cit. y III, p · texte numérisé non relu

Sicard, op. cit. y III, p

2, Sicard, op, cit., III, p. 424,

observatoire le confessionnal, révoque de Luçon,lui, avait pour observatoire la lointaine solitude de Ravenne, où s'ennuyait son exil. Absents, les évoques régnaient ; ils pouvaient môme, absents, avoir l'illusion de gouverner: mais l'esprit de la nouvelle Église de France se formait sans eux et en dehors d'eux.

Il fallait que le peuple eût lui-môme relevé ses autels pour que Tépiscopat fût admis à les revenir bénir; il fallait que l'Église de France renaquît dans les âmes avant de reprendre figure d'institution ; il fallait enfin que la jeune démocratie préparât les voies au retour de la hiérarchie.

Le 18 brumaire survint : en une pâmoison, cette démocratie se donna, séduite par l'espoir d'un régime stable reposant sur une autre assise que celle de la monarchie héréditaiire. L'âme française saluait en Bonaparte son verbe ; elle attendait de ce verbe les paroles de paix religieuse dans lesquelles se devaient condenser les innombrables soupirs des consciences. Mais par là même que le 18 brumaire avait cette portée politique, par là même qu'il paraissait assurer à l'œuvre historique de la Révolution française une prolongation régulière et durable, il était pour Louis XVIII et pour les évoques fidèles au trône une terrible occasion d'inquiétudes et de scrupules. On vit s'engager une lutte entre les évoques qui voulaient rentrer en reconnaissant l'ordre de choses nouveau, et le roi qui les voulait retenir auprès de lui, comme des confesseurs émigrés et attardés de la vieille foi monarchique ; mais cette lutte intéressait peu les populations ; elle se cantonnait sur des sommets où la vie nationale avait cessé d'avoir ses sources. Ce qui était plus important que ces débats un peu prétentieux, c'étaient les pétitions naïves, obsédantes, tantôt caressantes et tantôt impérieuses, qui circulaient dans les villages, se couvraient de signatures, et prenaient ensuite le chemin de

Pétranger,pour rappeler à quelque vieux curé, longtemps disparu mais nullemeat oublié, que ses paroissiens l'attendaient, qu'il fallait qu'il reconnût Bonaparte, et qu'il revînt *. Ainsi se griffonnaient, dans les campagnes de France, des brouillons un peu frustes de Concordats.

Les lois interdisaient encore l'usage des cloches pour le culte ; mais le peuple, au lendemain du 18 brumaire et par la vertu môme de l'acte du Premier Consul, se sentait au-dessus des lois de persécution. Aussi beaucoup de communes firent-elles à leur tour leur petit coup d'Etat, dans lequel les < sonneurs », qui mettaient les cloches en branle pour les cérémonies religieuses, obtinrent le plein succès des grenadiers de Bonaparte, et dans lequel les € antisonneurs », qui représentaient le parti de la tracasserie légale, finirent par se terrer à la façon des Cinq-Cents 2. Et tandis que les cloches des lieux publics de culte faisaient plus de bruit que les anciens Jacobins ne l'eussent souhaité, on assistait, d'autre part, à la multiplication des oratoires privés ; les prêtres qui n'étaient pas tout à fait en règle avec le Gode y célébraient la messe, sous la protection de la tolérance qu'accordait le Premier Consul et des libertés supplémentaires que les populations s'accordaient elles-mêmes ; le réveil religieux allait croissant. Les chrétientés ressuscitées avaient des allures de sauvageonnes : les évêques, au loin, en demeuraient surpris ; les préfets, tout près, en étaient troublés. Bonaparte sentit qu'il fallait organiser ce réveil, et le Concordat se prépara ^

1. Sicard, op. cit., III, p. 515-517. — Cf. Vandal, Revue des Deux Mondes, 1"' février 1907, p. 490 et 497.

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