‹ Autour du catholicisme social (volume 3)Chapitre 55 sur 97 · Thureau-Dangin, op, cit., I, p · texte numérisé non relu

Thureau-Dangin, op, cit., I, p

une forte dose de catholicisme romain, de peur que les âmes qui avaient les mêmes besoins que Newman ne s'éloignassent d'elle à leur tour; et l*on entendit les autres, joséphistes d'outre-Manche ou théologiens 4c latitudinaristes », acclamer d'un cri de triomphe le désastre de leur Église et proclamer que le mouvement « tractarien » devait logiquement aboutir à la trahison, et que depuis longtemps ils l'avaient prévu. Et les uns et les autres redoublaient de zèle, les premiers pour introduire dans Panglicanisme des innovations catholiques, les seconds pour sauver l'anglicanisme du péril catholique en y fortifiant encore la mainmise de l'Etat. Dans certaines fractions de l'Eglise anglicane, dans celles où prédominaient les tendances d'un Keble ou d'un Pusey, on avait des couvents, des confessionnaux, des communions hebdomadaires ; on s'efforçait de mettre à la disposition des âmes religieuses toutes les ressources dont disposait l'Église sœur, l'Église de Rome ; et Ton affectait de mettre en relief tout ce que le Prayer Book recelait d'inspirations catholiques. Mais au môme instant TÉtat tuteur de l'Église faisait volontiers étalage des liens qu'il avait noués en 1841 avec le protestantisme prussien et de l'initiative commune par laquelle Londres et Berlin avaient fondé un évôché à Jérusalem. A mesure que le catholicisme s'infiltrait dans l'Église anglicane, il semblait que l'État voulût faire front en s'alliant avec les autres confessions filles de la Réforme. Le péril, aux yeux de l'État anglais, n'était pas du côté de l'incroyance, mais du côté de la foi. Un clergyman du nom de Gorham, en 1849, fut exclu d'une cure par l'évoque d'Exeter, à cause des opinions fort incorrectes qu'il professait sur le baptême : le Comité judiciaire du Conseil privé prit fait et caus« pour Gorham; et, de par la volonté des juridictions d'État, Gorham devint curé, — curé malgré l'évô-

202 LA RENAISSANCE CATHOLigUE EN ANGLETERRE

que. « Par jugement, écrivait Gladstone, un principe est posé qui permettra d'ôter toute leur force aux articles du Credo, l'un après l'autre, à mesure que, par degrés successifs, l'opinion publique l'admettra et Tencouragera. Ainsi également un principe est posé, qui permettra à l'Etat d'assumer habituellement la charge d'interpréter le Credo aussi bien que les autres documents de TËglise ^ » Maxwell, Allies, Manning, parlaient et écrivaient comme Gladstone ; et leur conversion au catholicisme fut la réponse des « tractariens » au verdict imprévu par lequel l'Etat justifiait Gorham. Manning, au lendemain de ce verdict, sentit en sa conscience une sorte de vide, un vacuum, disait-il *; comme Nevirman s'était fait romain, Manning à son tour se fit romain; et les mômes commentaires de s'eotre-croiser : « C'est la faute de l'État », disaient les « tractariens » demeurés fidèles à l'anglicanisme. — « La faute en est aux « tractariens », ripostaient les anglicans attachés à l'hégémonie de TÉtat... A deux reprises, le clergé anglican de l'église de Saint-Saviour, dans laquelle Pusey avait institué de nombreuses pratiques romaines, causait à Pusey la surprise de faire acte d'obédience à l'Église de Rome, et le dialogue reprenait entre Tanglo-romain qu'était Pusey et les protestants de Tanglicanisme. « Voilà le résultat de vos persécutions contre les tractariens», disait l'un. — « Voilà, bien plutôt, lui répliquaient les autres, le résultat de vos concessions au papisme. »

Chaque jour le duel devenait plus âpre. La politique religieuse de l'Etat trouvait, dans les sphères d^Eglise, des avocats ardents: Stanley, Jowett, tous deux professeurs à Oxford. Sur le terrain même où le mouvement « tractarien » s'était développé, lord

1. Thureau-Dangin, op. cit,, II, p. 144 et suiv. 2. Thureau-Dangin, op, cit., II, p. 223.

Palmerston avait installé ces deux personnages, hommes de science plutôt qu'hommes de foi, imbus des conclusions de la critique allemande, ennemis élégants et subtils de Torthodoxie traditionnelle. « La suprématie de la couronne, disait Stanley, est pour PÉglise d'Angleterre une rare bénédiction de Dieu S » — « Je crois réellement, reprenait Jowett, que si la religion peut être sauvée, c'est par les hommes d'État, non par le clergé *. »

Si en effet l'Église d'Angleterre, ainsi que l'expliquait lord Aberdeen, était en réalité c composée de deux Églises qui n'étaient maintenues ensemble que par des forces extérieures, > il convenait que l'État fournît le cadre commode à l'abri duquel Tincroyance cléricale pouvait continuer d'occuper des chaires en affrontant les susceptibilités dogmatiques de l'épiscopat. Des suffrages aussi distingués que celui d'un Stanley, qui en 1862 escortait en Palestine le prince de Galles ', ajoutaient une force singulière aux prétentions de TÉtat. Mais il résultait, de ces suffrages mômes, que l'autorité de l'Etat, non contente de mettre entrave aux progrès de la piété dans l'Eglise anglicane, ouvrait cette Eglise, toute

Page 1