‹ Autour du catholicisme social (volume 3)Chapitre 76 sur 97 · UN CONCILE DE RÉSURRECTION L'ASSEMBLÉE DE WURZBOURG · texte numérisé non relu

UN CONCILE DE RÉSURRECTION L'ASSEMBLÉE DE WURZBOURG

Il y a cinquante -huit ans, au théâtre de Wurzbourg, installé dans une vieille église désalQFectée, archevêques et évêques de la Confédération Germanique donnaient un somptueux spectacle. Ayant affublé de tabliers blancs leurs soutanes violettes dont une ou deux, bientôt, allaient passer à la couleur pourpre, ils allaient de table en table, porteurs de plats, porteurs d'assiettes ; leurs mains habituées à bénir se faisaient un instant servantes des pauvres. Ils offraient à dîner — un dîner en musique — à trois cents indigents de la ville ; c'est par cet acte symbolique qu'ils terminaient le concile qui venait de ressusciter l'Eglise d'Allemagne.

Non loin de leurs séances conciliaires, s'élevait l'admirable palais qu'avait décoré Tiepolo pour les princes évoques d'autrefois. Où donc était-il, le temps où les hommes d'Église, dans ce coin de Bavière, avaient le loisir et le moyen d'appeler sous leur toit les prestiges de l'art italien, le temps où Tiepolo, lointain disciple du Véronèse, faisait flotter aux plafonds, parmi le fouillis des architectures,

1. Cf. notre livre : V AllemsLgne religieuse : le catholicisme 1800-1848, 2 vol. Paris, Perrin, 2*' édit., 1906.

l'assemblée de wurzbourg 239

parmi rencombrement des dieux et des hommes, ces belles et careisantes écharpes de ciel bleu, qui mettent dans les fresques vénitiennes une note d'allégresse et comme une bouffée d'air pur ? Les hôtes épiscopaux qu'en cette année 18i8 Wurzbourg abritait ne songeaient point à regretter la confortable et fastueuse époque où l'on faisait resplendir chez soi, en convoquant un peintre, un peu du ciel de Venise. Redevenus prélats d'une église militante, c'est à la terre, au pèlerinage de l'humanité sur la terre, que s'attachaient désormais leurs regards anxieux; ils n'élevaient leurs yeux en haut que pour une prière ; et tout près de l'endroit où leurs nobles prédécesseurs vivaient en Mécènes, ils s'en allaient présenter la soupe aux pauvres, en apôtres.

Le ciel ne semblait bleu que sur les plafonds de Tiepolo, partout ailleurs il était noir. On pouvait se demander si aux vexations de la veille, infligées par les princes, n'allaient pas succéder, pour l'Eglise, d'autres vexations, infligées par la démocratie naissante.

La veille, en certains pays d'Allemagne, un évoque était passible de peines s'il promulguait un jubilé ou bien s'il ordonnait un jeûne sans l'assentiment de l'Etat ; un curé ne devait allumer, dans son sanctuaire, que le nombre de cierges permis par la préfecture, et n'y laisser dire qu'une messe par jour ; les confréries étaient surveillées, les pèlerinages limités ; et chaque fois qu'une âme pieuse voulait offrir à la Vierge un ex-voto, il en résultait toute une affaire entre l'État et la Vierge, représentée par le curé. Publier une lettre ou une décision du pape sans que le ministère eût dit Amen passait pour un grave délit. Nos tyranneaux ruraux qui dans ces dernières

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