UN CONCILE DE RESURRECTION
de pendre l'Église libre, vraiment et pleinement libre ; ils constatent et ils expliquent que dans Tordre nouveau tel qu'il est issu du désordre révolutionnaire, rÉglise, en tant que grande personnalité morale ayant pignon sur rue, sera ce que le peuple la fera. Puis, cela dit, leurs mitres et leurs accents s'exaltent : ce peuple, il est leur pupille, ce peuple sera ce queTÉglise le fera. Alors, dans leurs attachantes délibérations, les discussions s'animent et les vœux se multiplient, au sujet de l'instruction et de l'éducation, au sujet de la formation des clercs et de la formation de l'enfance. Ils se demandaient, tout à l'heure, comment défendre l'Église, le cas échéant, contre les impérieuses importunités des pouvoirs parlementaires ou municipaux ; et voici désormais qu'ils avisent à entrer en contact avec l'Allemagne réelle, avec l'Allemagne populaire et vivante, avec le peuple qui fait et défait les pouvoirs, et à imprégner ce peuple de christianisme. Dans les modestes salles de l'évêché de Wurzbourg, le souffle d'apostolat a passé : ces évoques sont des conquérants.
En un de ces gestes confiants et hardis qui préparent les conquêtes, ils appellent parmi leurs soutanes la redingote d'un avocat, Maurice Lieber, père du futur chef du Centre allemand, et ils le chargent de rédiger un brouillon de manifeste, qu'ils adressepont aux diverses souverainetés de l'Allemagne. Lieber se met aux écoutes, et puis au travail ; devant lui, l'assemblée épiscopale pense tout haut; il entend, il note; et ce qu'il entend et ce qu'il note, il le traduit en une langue qui porte le millésime de 1848 ; il revêt de la phraséologie politique du temps la pensée traditionnelle dont l'épiscopat est le gardien ; il la rapproche, ainsi, des oreilles et des cœurs du peuple ; et les vingt-cinq évêques rassemblés signent le brouillon rédigé par Lieber. Un mouvement d'orgueil ébranle les catholiques d'Allemagne ; au moment
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où le Parlement de Francfort venait de creuser un abîme entre le Nord et le Sud, Tassemblée-de Wurzbourg leur apparaît comme un signe de résurrection de TAUemagne unifiée, et rassemblée parle à cette Allemagne un langage qui retentit au loin, un langage compris par le l'or intime des âmes.
Lorsque les prélats se séparent, ils emportent dans leurs diocèses une sorte de grande charte, énumérant ce qu'ils peuvent consentir et ce qu'ils doivent refuser : pour vingt années au moins, toutes les revendications des catholiques d'Allemagne se régleront sur les décisions prises à Wurzbourg. Entre évoques et fidèles, l'union est faite. On est sûr désormais, comme le disait le futur cardinal Geissel, archevêque de Cologne, « que les princes de l'Eglise ne se laisseront pas coudre, sans mot dire, dans le sac radical, pour être jetés à la mer. » Pie IX se réjouit; il approuve, félicite, bénit ; aucune sécurité ne fait plus défaut pour Faction du lendemain.
Montalembert exulte, toutes ses aspirations sont rassérénées par le succès de Wurzbourg. Catholique, il voit une église renaître ; libéral, il l'entend sans relâche invoquer la liberté ; parlementaire, il aime à saluer enfin, dans cette réunion épiscopale, un parlement raisonnable. « Au sein des orages sanglants de la politique, écrit-il, le calme et la gravité de ces délibérations ressortent admirablement. Les décrets de ces évêques sont accueillis avec respect, leur autorité est contemplée avec étonnement, leurs vœux exaucés sans répugnance apparente. »
Le catholicisme français avait alors les yeux sur l'Allemagne ; en 1907, le catholicisme du monde entier a les yeux sur la France.