‹ Autour du catholicisme socialChapitre 6 sur 38 · ALTRUISME, SOLIDARITE, FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

ALTRUISME, SOLIDARITE, FRATERNITÉ

objet. » Ainsi sont congédiées, peu à peu, de par Tautorité de M. Yves Guyot, toutes les notions que le sens commun se plaisait à grouper sous la rubrique de «morale»... Mais M. Yves Guyot concède àTaltruisme un étroit logis dans le cerveau délié du producteur : est-ce assez, je vous le demande, pour fonder et affermir une morale ? Je ne sais trop ce que répondront, à pareille question, ces catholiques a conservateurs » qui veulent bien reconnaître au Pape le droit de légiférer sur la piété, et prétendent, en revanche, réserver aux doctrines « libérales » de M. Yves Guyot la direction des rapports économiques. Entre leurs idées religieuses et leurs idées sociales, ils érigent une cloison étanche : d'aucuns possèdent un oratoire, et cet oratoire est comme une geôle où ils emprisonnent Dieu ; quant à la pièce qui renferme leur coffre-fort, elle est laïcisée. S'indignant à froid contre V « infâme gouvernement » qui multiplie les sécularisations, ils se font eux-mêmes les champions d'une économie politique sécularisée ; malheur au prêtre qui réclame devant eux un ordre social chrétien : il cesse, à leurs yeux, d'être Técclésiastique « comme il faut » ; et tant pis pour le pape qui s'ingère en pareil domaine, tant pis surtout pour ses interprètes : on leur objecte M. Yves Guyot. Or les maximes de la concurrence, si l'on en^'isage avec quelque précision l'instructive pensée de ce docteur, ont installé leur règne sur les ruines des maximes chrétiennes : jusqu'au milieu du xviii' siècle, la morale cherchait un fondement ; pour

la conduite humaine, que le christianisme n'avait point su régir, les économistes découvrirent enfin leressortnécessaire :làoù Nazareth avait échoué, Manchester se flatte d'avoir réussi. A ce triomphe de la morale de la concurrence, M. Yves Guyot applaudit avec l'enthousiasme d'un sectaire. « Si les doctrines de l'économie politique sont vraies, lit-on dans un roman social fort répandu en Aigleterre, si les lois de la lutte pour l'existence et de la survie des plus aptes doivent s'appliquer aussi rigoureusement à la société humaine qu'aux plantes et aux animaux, alors, disons-le nettement, le christianisme, qui vient en aide aux pauvres et aux faibles, et qui tend la main au pécheur est une folie. Jésus de Nazareth a parlé en vain ou plutôt il s'est insurgé contre les immuables lois de la nature (i). » Le romancier anglais et l'économiste français ont raison : le respect superstitieux de la libre concurrence 'et de l'absolu « laisser faire », encore prôné, dans les sphères catholiques, par de rares vétérans comme M. Théry, de Lille, ou M. Joseph Rambaud, de Lyon, est, en son essence, antichrétien; que de pareilles théories aient trouvé le plus tenace et le plus rigoureux de leurs adeptes en la personne de M. Yves Guyot, auteur d'une Etude, quasi diffamatoire, sur les doctrines sociales du christianisme, il n'est rien de plus logique ni rien de plus naturel. Prodigieuse est la fortune du « vieux

(i) The trae History of Joshua Davidson, cité par Laveleye, Le gouvernement dans la démocratie, I, p. 36.

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