Autour du drapeau
Dans mon ‘Prêtre vengé,” j'ai voulu vous faire voir ce que le prêtre avait fait pour le Canada. “Dans le camp ennemi” j'ai montré ce que les ennemis du clergé avaient fait et faisaient encore. Ces derniers n’ont pas aimé cela. Il y en a qui se sont fâchés tout rouges, et ont fait une ‘grosse colère malgré leur douceur ‘“prover-
biale.” Certains journaux m'ont dit des dou-
ceurs. Dans ma bouche, ca serait de gros mots. Maintenant voulez-vous savoir ce qui les a choqué dans mon livre ? Je vais vous le dire.
S1jen’avails pas parlé des francs-maçons, des juifs, des ennemis de l'Eglise en général, aucunmau vais journal ne m'aurait blamé. Trente mille volumes de mon ‘ Prêtre vengé ” se sont écoulés sans qu’on ait dit un mot contre cet opuscule. On pensait que la conspiration du silence le tuerait. Comme j'ai pris un autre moyen que la réclame faite par les journaux pour ropager mes œuvres, leur conspiration a raté et mes livres sont parvenus à mes amis.
Lorsque ma quatrième mine parut, mes adversaires changèrent de tactique; il fallait arrêter la vente de mon livre, ou mieux arrêter l’auteur et l'empêcher d'éecrire de nouveau. D'après quelques-uns, mon langage était celui d’un édiot, d'un hystérique, d'un sauvage ivre, d'un pois-
sard, d’un malpropre, d’un cuistre ensoutané, d’un homme qui n'avait plus droit au respect des Canadiens, d'un révolté qui écrivait sans la permission de son évèque, etc, etc.
D’autres se sont réjouis de tout cœur des injures qu’on m'’adressait.
Quelques-uns qui n'ont jamais lu une seule ligne de mes écrits ont dit que je faisais beaucoup de dommage à notre religion qui est une religion de mansuétude et de paix.
Les amis et les intéressés de la cause ont parlé eux aussi, et ont écrit après avoir lu mon livre {out d'un trait. Que de surprises je causerais, si je voulais me venger tant soit peu !! Attendons.
On m'a dit que je n'avais pas employé un style assez relevé. J'ai lu un jour les deux ou trois pages les plus critiquées à une vingtaine d'habitants. Ils m'ont dit que je parlais justement comme eux:
j'étais vengé.
Ecrivant dans les intérêts de l'Eglise catholique, je ne dis que ce que je sais; je parle de choses qui ne peuvent blesser en rien l'honneur des individus ou des familles
Depuis vingt ans, les discussions politiques sont entrées si souvent dans l’intérieur des familles et ont dévoilé des actes plus ou moins cachés de tant d'individus que les conséquences ont été bien désastreuses pour la morale publique.
En temps d'élection, 1l n’y a peut-être pas un homme parmi tous ceux qui parlent sur un husting qui nesoit en butte à la calomnie. J’ai vu un jour trois politiciens, envoyés pour pérorer dans un comté bien éloigné de leur demeure. A peine étaient-ils arrivés en cet endroit, qu'on chuchotait de bouche en bouche des mots terribles: enfant dénaturé, il a laissé mourir son père de faim... faussaire sales maisons... iyromnes...……. usurler, Je connaissais ces trois politiciens qui,
dans leur canton, jouissaient d'une bonne réputation.
La mauvaise conséquence de ce manque de charité est d'encourager les autres— surtout les jeunes gens—à se laisser aller à leur passion, disant : on ne fait toujours pas pis que les autres.
Je me croirais bien coupable si j'avais manqué à la charité ; mais une lettre que j'ai reçue d’un docteur Romain me rassure. Elle est de nature à fortifier grandement ma position auprès des catholiques de cette province. Devant la théologie, j'ai fait un acte de charité. Car je me suis attaqué à nos ennemis en tant que fauteurs d'idées anti-catholiques, je ne suis pas sorti de là et je n’en sortirai pas.
Les idées sont la nourriture des peuples:
a dit un écrivain. Ce sont les mauvaises :
idées qui empoisonnent une nation.
Tuons les erreurs (inlerficite errores). Ces mots doivent servir de devise à tout catholique, soit laïque, soit prêtre. En cher-
chant à mettre mes compatriotes en garde contre certaines idées malsaines qu'on veut répandre dans le pays, j'ai fait un acte de charité dont Dieu, je l’espère, daignera se souvenir à l'heure du jugement.
En écrivant ma quatrième mine, j'avais prévu ce qui est arrivé; je savais que pendant le cours de la vie qu'il me reste a parcourir, je serais le point de mire des ennemis de Celui dont j'ai fait le serment de soutenir la cause au prix de mon sang, s’il le fallait.
“ Bienheureux ceux a souffrent persécution pour la justice.”
Bienheureux ceux qui expient dans la pénitence leur trop nombreux péchés et se rendent dignes d’être recus au ciel après leur mort.
Vous voyez, chers lecteurs, que je suis convaincu. Quand je trouverai dans un journal ou dans un livre une idée favorisant le règne social du démon, je veux la combattre de toutes mes forces avec l’aide
de Dieu.
Dans notre province, il y en a qui veulent entraver la liberté de l'Eglise, essayer de persuader le peuple que les évêques et les prêtres sont des tyrans, qu'ils n’ont rien à voir dans l'éducation des enfants etc. ete. Ce sont des idées fausses, des principes mauvais qu'il faut combattre.
C’est une question de vie ou de mort. Peu importe le nom de Pierre ou de Jacques qui soutient ces idées-là, que celui-ci ou celuilà se dise catholique ou non, dès qu'il cherche à répandre une erreur— même à son insu—il est du devoir d’un soldat catholique d'arrêter dans la mesure de ses forces, la diffusion de cette dangereuse doctrine.
Pour arriver à ce but; j'écris des livres pour être lus du peuple, de ce peuple dont je connais le langage, qui me comprend et me lit. Je tâche d'éviter les fautes de grammaire. Quant à la rhétorique, j'avoue qu'elle a des lois qui me trouvent assez indifférent, sans que je les
méprise aucunement; mais je veux être compris de vous tous, chers lecteurs, et je ne rêve d'autre gloire pour mes livres, que celle d’être placés ‘sur les tablettes de votre armoire.” |
Un français littérateur qui ne connaît pas le langage canadien, m'écrit qu'il a lu mon livre d’un seul trait. Un autre me dit de continuer à écrire: continuez à faire des phrases que le peuple trouve belles, que ce soit là votre ambition ; il y a trois siècles que les écrivains catholiques auraient dû consulter le goût du peuple avant d'écrire. Les hâbleurs de tribune ont su parler son langage et l'ont maintenant à leur service.
Dans tous les cas ma ligne de conduite est toute tracée par une autorité plus haute, beaucoup plus haute que celle de tous ces écrivains, dans une lettre du vingt novembre... “Vous vous êtes crée là une spécialité vraiment digne de votre vocation de missionnaire. Vous prêchez
par la plume les pauvres et les simples, vous les mettez en garde contre les faux prophètes, les fauteurs de mensonges et les ennemis de l'Eglise ; vous les affermissez dans Jeur foi et dans la fidélité aux traditions catholiques qui font l'honneur du Canada... continuez à écrire de la sorte et comptez sur la reconnaissance des enside biens.2.Cécr me suihit- Cet écrit sera ma consolation et ma force dans les moments de persécution. à
Dans cette cinquième mine, je viens, amis lecteurs, vous demander de vous ranger autour du drapeau de la foi et de la discipline catholiques. Dans notre pays, la foi est vivace chez nos habitants et artisans mais beaucoup veulent briser lelien de la discipline chrétienne, sans laquelle pourtant, il nous est impossible d’être disciples de Jésus-Christ. Que Dieu me soit en aide !!