SCÈNE d'intérieur JOI
Monsieur d'Alaly. — Mais vous savez que je vous aime, moi?
Paulette. — Mais, moi aussi, je vous aime... et beaucoup même!...
Monsieur d'Alaly. — Je voudrais tant le croirai Nous pourrions être si heureux si tu le voulais.
Paulette. — En quoi faisant? Exposez vos plans, et s'ils sont bons...
Monsieur d'Alaly. — Nous vivrions doucement, tranquillement, serrés l'un contre l'autre, nous...
Paulette. — Mais je connais déjà cette douce vie!
Monsieur d'Alaly, interloqué. — Comment?...
Paulette. — Eh ! oui ! Elle me rappelle le Lion de Lucerne, le Righi, les petites fêtes à deux sur les lacs, la cathédrale de Fribourg et le tombeau de Mirabeau-Tonneau, que je n'ai pas vu, du re? te ; la visite à celui du maréchal de Saxe m'avait suffi; il ne faut pas abuser des choses gaies...
Monsieur d'Alaly. — Cependant...
Paulette. — Franchement, mais là, bien franchement, est-ce que, à ce régime-là, vous ne fini riez pas par vous ennuyer aussi?
Monsieur d'Alaly, avec conviction. — Jamais!,..
Paulette. — Passer notre vie tous les deux tout seuls, comme ça... toujours tout seuls?...
Monsieur d'Alaly, très tendre. — Mais nous ne serons pas toujours seuls, ma Paulette adorée, j'esoère que bientôt, iJ y aura quelqu'un entre nous...
Paulette, intriguée. — Ah 1 1 Qui donc?
Monsieur d'Alaly. — Mais un bébé, rose et blanc comme toi, malin comme toi ; est-ce que cela ne te ferait pas plaisir, dis?
Paulette, sans enthousiasme. — Si, si, mais je ne suis pas pressée... je préfère attendre quelques années...
Monsieur d'Alaly. — Quelques années?
Paulette. — Ouil On a beau dire, ça abîme toujours un peu, et...
Monsieur d'Alaly. — Mais non, il est des femmes, au contraire, que cela embellit et complète, et je suis sûr que...
Paulette. — Je me trouve très suffisamment complète; la beauté est fragile, comme on dit dans les livres, et j'ai la faiblesse de tenir énormément à la mienne.
Monsieur d'Alalv. — Mais cela ne nuirait en rien à ta beauté, te dis-je; et quand bien même cela serait, ne sais-tu pas que je te trouverais, moi, cent fois plus jolie encore?...
Paulette. — Vous, peut-être? Mais les autres?
Monsieur d'Alaly. — ...
Paulette. — Quand partons-nous?
Monsieur d'Alaly. — Mais, vers le 2 5 novembre, comme c'est convenu; je trouve plus naturel de passer cet affreux mois à la campagne, à chasser, qu'à Paris où nous n'avons rien à faire...