‹ Autour du Tonkin (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · FINANCES · texte numérisé non relu

FINANCES

D'une mauvaise administration découle néce:»sairement un mauvais système financier; saiK> chercher à étudier ici la question de la répartition et de la levée de l'impôt, nous croyons répondre aux sentiments de la plupart des colons, en résumant les principaux reproches adressés au gouvernement :

l^La généralisation des monopoles. La ferme de l'opium en particulier, dans rétablissement de laquelle on a négligé de tenir compte de Tavis des intéressés, et où Ton a pratiqué un gaspillage analogue à celui du chemin de fer de Lang-Son. encourage la contrebande et par suite la piraterie : empêche des cultures qui seraient très productives dans la contrée; nuit au commerce général, en

prohibant remploi comme d'un objet d'échange, d'une matière qui, au Tonkin jadis, comme en Chine aujourd'hui encore, tenait souvent lieu de monnaie en raison de son peu de volume, de son prix élevé et de son usage répandu.

Les monopoles indisposent souvent l'indigène. Un résident me citait à ce propos l'exemple des forêts du Thanh-Hoa. Des radeaux entiers de bois flottants ont été abandonnés par les habitants obligés de payer des droits exorbitants aux concessionnaires de l'exploitation. Les Annamites privés ainsi de leurs anciens moyens d'existence sont de la graine de pirates.

i^ Les difficultés apportées à satisfaire toute demande de concession ;

Le long délai entre la demande et l'obtention (H propos des mines de Hong-Hai, j'ai cherché à ' n donner un exemple) ;

Le cort^e de formalités, de paperasseries, d'impedimenta de toutes sortes par lesquels on cherche à retarder la mise en train de toute entreprise qui paraît bonne. On croirait ici, rien qu'à voir les faits, que le but du gouvernement est d'arrêter autant qu'il le peut la 'moindre initiative personnelle de ses employés et des colons

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à la fois. Â^Ml, par ces précautions, mis une barrière à tous les abus possibles des premiers: je ne le crois pas.

3^ Le favoritisme :

c Vous connaissez, m'éerit de làtbaa un ami payé d'expérience pour être renseigné* les marchés de gré à gré qu'il (M. de Laoessaa) a passé^. Après avoir prœnis à tous les entrepreneurs de leur donner à chacun leur lot dans la série des grands travaux à exécuter, il a fermé la bouche aux gros en leur donnant les hôpitaux. d'Hanoï, la ligne de chemin de fer de LangrSon, et las caa^me^ de Dop-Gau. Quand le tour des petits est venu pour les ouvrages de- moindre importance, il a mis sous un prétexte quelconque ceux^iâ eu adjudication, laissant, bien entendu, ceux qui étaient déjà pourvus, soumissionner pour ces travaux, si bien que les petits n'ont rien ou à peu près. Jamais nous n'avons eu ici un favoritisme aussi grand. »

4** Les petites dôpenst^s accumulées lorsqu'elles n'amènent que le provisoire, sont plus coûteuses que les grandes qui font le durable.

Partout nous voyons les tristes résultats de ce système de fausses économies.

âOTOUR DU T0NK1N i3&

C'est ainsi que les baraquements de Phu^Lang- Thuong et des Sept-Pagodes, qui ont coûté cent quatre-vingt raille piastres, sont à refaire.

Un poste avait été coastruitià Yen^Lang. On veut en établir .un ^uire .à «une heure de là, à DoQg-Trieu ; la maison est b&tie et revient à quinze mille • piastres ; pour la couvrir^ il ne reste plus d'argent. N'estnce que cela? il suffira de démolir tuile à tuile la toiture de Yen^Lang et de venir les re^acer à Dong-Trieu. Privée de toit l'ancienne constouction s'abime, et quand les pirates nous ioreent'à y revenir, tout esta recommencer. De tels exemplessont malheureusement nombreux.

0° La volonté de. faire argent de tout, même en employant les moyens «lesiplus vexatoires.

Quand on traite une aQaire avec l'administration, il faut déposer auparavant un cautionnement ; autrefois la caisse des dépôts et consignations en prenait garde et donnait trois pour cent (dans an pays où l'argent vaut dix à douze pour c>ent).

Cette caisse est maintenant remplacée par une caisse locale qui ne donne pas d'intérêt. De plus, quand on a à toucher un mandat sur le trésor, il faut pour être payé attendre parfois trois ou quatre mois.

Les embarras financiers du gouvernement

peuvent à la rigueur expliquer ces procédés ; mais il n'y a pas d'excuse possible à certains faits illicites. Je ne veux en citer qu'un ici :

Le Chinois qui avait l'entreprise des poussepousse à Hanoï, avait versé cinq mille piastres de cautionnement. Sous prétexte de les mettre à la caisse des dépôts et consignations de France, l'administration les convertit en francs, soit environ dixneuf mille francs. Quand au bout de trente mois le propriétaire vient redemander la somme, la piastre valait quatre francs vingt-cinq. Que fait-on alors? On divise les dix-neui mille francs par quatre francs vingt-cinq et on lui rend le produit en piastres, soit environ quatre mille cinq cents piastres ; l'opération en avait donc rapporté cinq cents au trésor. Le Chinois réclame ; on lui répond de faire un procès ; faute d'argent pour payer la procédure, il doit se résigner à perdre plus de deux mille francs.

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