D'après le colon3l siamois elle date de trois cents ans
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L'extérieur a de loin l'aspect d'un grand hangar; les toits tombent; les piliers carrés penchent; les parois boisées sont étayées de poutres supplémentaires. En dépit de ces caractères de négligence et de vétusté, le monument est paiticu> lièrement curieux à visiter; les portes en bois sculpté et doré sont d'un travail très fin. A droite, Pra Noriéi (la déesse à quatre bras), portée sur le dieu des oiseaux, Kroute; au milieu, deux femmes : l'une est portée par cinq éléphants dont on ne voit qu'une patte et la trompe; un dieu est assis au-dessus, et les corniches sont formées par des femmes finissant en oiseaux; c'est Kenna^ nous dit-on, fort belle personne^ habitant le paradis. A gauche, un dieu debout sur un buffle représenterait le chef des coolies qui arrachent de l'herbe dans les pagodes. Dans l'intérieur, des piliers de bois couverts de dessins dorés et d'autres en maçonnerie surmontés de feuilles d'acanthe, des tableaux représentant les histoires de Pra Uetsandaha et de Gaudama. L autel porte une grande statue dorée appelée Pratiao ong luong (grand dieu); derrière l'autel, une pierre noire en forme de demi-cercle, montée sur un pied de bois et chargée d'inscriptions lao-
tiennes ; d'un côté on rapporte qae : c Le roi de Muong-Hai (près de Muong-Nan), venu pour faire UQe fête avec le roi de Luaog-Prabang, a laissé dans la pagode des Bouddhas et des livres en palmier vers 1198. »
(1198 veut dire, nous explique- t-on, onze cent quatr&-vingt-dix*huit ans après Tiaoman Ta^ qui aurait vécu il y a soixanU-six siècles. La date me parait bien reculée; malheureusement, je n'ai aucun moyen de contrôler le dire de Tinterprète). Au revers de l'inscription, un signe cabalistique qui, porté par un soldat, sur la poitrine, le rend invulnérable à la guerre. Je le reproduis ici tel qu'il nous a été expliqué :
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Les chiffres sont en laotien ;
Ruk est une invocation aux dieux;
Poutin éreœa veut dire (Pra dieu) Pout^ protégezmoi ;
Tom (in) éreœa veut dire (Teonda dieu) protégez-moi;
Sonkin érexa veut dire : bonzes, protégez-moi.
Nous trouvons ici, comme dans tous les temples, le canal à eau lustrale, la chaire, les ombrelles, les divinités aux mains en imposition (Pra Yune, dieu debout), les dieux ornés (Pra Trounakune, dieu orné), et les Bouddhas, les mains jointes (Pra Hopokoute), etc., et dans la pagode voisine, de construction plus récente, Ouate-Ahame, vingt rangées de petits Bouddhas dorés, collés les uns à côté des autres et couvrant tout le mur.
En rejoignant la rue du marché, nous dépassons la demeure du colonel siamois, la caserne et la maison qu'on bâtit pour les agents anglais topographes.
Nous venons jusqu'ici de décrire toute une boucle comprenant la partie la plus importante de la ville; pour ne rien omettre, il nous faut encore suivre la grande rue vers l'est jusqu'à l'important temple de Tate-Loung. Nous laissons
gwfci^
des deux côtés de la route des groupes de pagodes, entourées de massifs de cocotiers et de Huperbes palmiers à raquettes atteignant sept à huit mètres. On se croirait dans un vrai parc ; les petits bâtiments accessoires, abris pour les gongs et les tamtams, pyramides, arches, tombeaux, bibliothèques, s'élèvent au milieu des bosquets et harmonisent leur teinte grise à la verdure du feuillage ; les robes jaunes des bonzes viennent animer le paysage; l'ensemble respire un air de calme qui repose du brouhaha du marché. On se platt au milieu des pagodes de Ouate-Tàte, Sitane et Sikeute.
Les habitations se font rares ; l'interprète me fait visiter un atelier de broderie. L'étoffé est attachée sur une sorte de cage de bois ; on copie souvent des motifs religieux, des bannières ; mais le résultat obtenu au point de vue de l'art n'est pas à comparer avec les œuvres japonaises ou chinoises.
Au bout de la rue à gauche, se dresse sur un tertre de gazon auquel on accède par un escalier la pagode de Ouate-Tate-Loung (littéral grand monument) toute badigeonnée de blanc, avec un toit à deux étages de tuiles claires. La pagode
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semble aa premier abord toute jeune et pimpante à côté des vieux monuments de pierres grises déjà visités. En l'examinant de plus près on remarque entre les deux toits une série de médaillons, entourés de feuilles en bois sculpté, qui attestent de son ancienneté. Ce sont, nous dit-on, des portraits de dieux; quelques-uns ont le visage noir ; Tintérieur est moins intéressant que dans d'autres temples. Au dehors une pyramide d'une quinzaine de mètres de hauteur, garnie de plaques découpées; des personnages à genoux, en plâtre recouvrant un squelette de fer, prient aux quatre coins. Non loin, une petite allée en ligne droite marquée de piquets de bambous sert de promenoir aux bonzes qui veulent marcher la nuit. C'est ici que le roi et le peuple confèrent les grands ordres religieux ; la pagode est appelée royale.
Sur la rive droite quelques petites pagodes de moindre importance :
Ouate-Xieng-Meng.
Ouate-Khâne.
Ouate-Tiomhâle.
Dans les pages qui précèdent j'ai essayé de montrer ce qu'était un État laotien, la condition, la manière de vivre du peuple, son avenir; j'ai
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décrit ]e plus brièvement possible sa capitale, faisant l'œuvre, je l'avoue, un peu sèche et aride, d un guide. Le théâtre est maintenant connu et les décors tant bien que mal ébauchés; reste à jouer la pièce. Ici je ne serai pas embarrassé, le motif est tout trouvé; pendant mon court séjour à Luang-Prabang j'ai eu la chance d'assister aux fêtes du premier de l'an. Voici ce que j'ai vu :
9 avril.
Vers cinq heures du soir passe devant le consulat remontant le Mékong un train de pirogues, curieusement chaînées. Deux d'entre elles reliées ensemble sont surmontées d'une chapelle, d'une sorte de reliquaire, fait de tiges de bananiers, de bambous et de fleurs, retenus par delà cire jaune. Les ouvertures sont cachées par des voiles de même couleur ; on appelle l'assemblage Tonne
peunne (sorte de reliquaire en cire) et il représente l'accomplissement d'un vœu. Un présent de cette nature sera offert à la pagode par un marchand qui l'a promis en cas de bénéfices, ou un batelier à la suite d'une navigation heureuse. Les
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autres bateaux portent des femmes et des musiciens, munis de guitares ou de pianos à touches de bambous. Les femmes chantent se répondant d'une barque à l'autre, tantôt faisant des chœurs, tantôt Tune en solo dont les autres prennent le refrain. Parfois elles unissent leurs voix sur un ton et produisent un même son aussi longtemps que possible sans prendre haleine; on termine alors par un cri plus élevé.
Plus tard se détache de la rive gauche une barque de course royale ; rien de plus élégant que cette longue embarcation relevée aux deux extrémités en forme de cône doré, et portant à Pavant deux queues de cheval. La coque noire est dorée par places; la tente du milieu est faite de superbes brocarts. Il n'est pas jusqu'aux rameurs dont le costume ne soit en harmonie avec la richesse de l'ensemble ; ils portent une petite veste de soie rouge pour le premier roi, bleue pour le second, bordée d'un liséré vert, et sont coiffés d'un bonnet de même couleur, relevé par devant, et tombant en arrière par trois pans, à la manière des coiffures gauloises. Ce sont des hommes adroits; au nombre de trente, ils rament avec ensemble, tiennent après chaque coup d'aviron
les rames un moment en Tair, réglant la cadence par un cri fort ; la marche est rapide ; on ne met que sept heures pour remonter à Pak-Ou but ordinaire des courses. Aujourd'hui, on ne fait que conduire le prince à une pagode qu'il fait construire sur la rive droite et où il offre le thé aux bonzes. Al la nuit, la ville retentit de cris, de coups de tamtam, et de musique; on se réjouit en l'bonoeur de la fête du surlendemain ; nous profitons du clair de lune pour nous promener. Sur les rives, des femmes se suivent, une torche en main, ce sont les chercheuses de cigales; elles attirent les insectes avec la lumière. Dans les rues marchent des groupes de jeunes filles se donnant le bras et chantant en chœur comme sur les bateaux; elles viennent de cueillir des fleurs pour les pagodes ou de faire des offrandes aux bonzes : c'est du riz, des patates, des sucreries qu'elles déposent à la pagode. Elles jettent une pierre sur le logement des prêtres pour les avertir qu'elles ont laissé un présent, et, la charité faite, elles s'en vont, insouciantes, n'interrompant leurs chants que par des plaisanteries ou des éclats de rire, ou répondant parfois à leurs amoureux qui les suivent. Vers minuit, tout rentre dans le silence.
11 avril.
Grande fête aujourd'hui. On célèbre le Mahasm crâne pài (littéralement : le calendrier fini s*en va}. C'est le changement d'année fêlé ici le cinquième mois, à Nan le quatrième. Nous sortons de Tannée du lièvre pour entrer dans celle du serpent. Avec les réjouissances du douzième mois, ce sont les deux principales fêtes de Tannée. Je dis : principales, parce que, dans ce pays du plaisir, il ne se passe guère de semaine qui ne soit Toccasion de quelques amusements plus ou moins importants. Nous allons assister à ce qui correspond à peu près au Têt des Annatnites, avec cette différence qu'ici la fête dure au moins quinze jours.
De bonne heure nous nous rendons au marché. La rue est pleine de monde; les femmes ont sorti leurs plus belles écharpes, on ne voit que colliers et bracelets d'or: quelques élégantes ont une ombrelle. Pour nous qui collectionnons, le marché offre un intérêt tout spécial : on y vend des animaux; de petites corbeilles tressées en bambou renfermant des oiseaux vivants, généralement par paires. J'y trouve des tourterelles, des perruches, des marlins-pêcheurs, etc., pris
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arec des filets au moyen d'appeaux; les âmes généreuses ou crédules, et elles sont nombreuses, vieQoeat dépenser quelques piastres à l'achat de ces êtres vivants, pour les emporter, et leur rendre la liberté, ce qui est très méritoire aux yeux de Bouddha. Une vieille femme, qui a un inartin-pècheur d'une espèce intéressante ne veut me le céder que contre un pieux mensonge de ma part; il faut que je m'engage à le relâcher. Cette coutume laotienne de libérer les animaux est ré» pandue dans tout le monde bouddhiste, naïf. Je me rappelle à ce propos avoir vu près de Batang un soldat chinois qui, péchant à la ligne, mettait au fur et à mesure ses poissons dans un baquet plein d'eau; le soir, moyennant une rétribution fournie [>ar quelques Tibétains, il les rejetait à la rivière, pour recommencer le lendemain la même manœuvre. On reconnaît là les races ; les exploiteurs et les exploités.
A côté des oiseaux, je remarque ici des iguanes dont la chair est, dit-on, excellente; ils n'ont que cinquante centimètres de long; il y en a de beaucoup plus grands, mais ils courent très vite; on ne les attrape, me dit-on, qu'avec des chiens dressés à cet exercice.
Dans des baquets gigotent des anguilles, des tortues, des poissons; les pêcheurs vendent aussi des coquillages, des bulimes et des lymnées, très goûtés des connaisseurs.
D'autres marchands tiennent boutique de marmites qui sont données aux bonzes pleines de provisions ; petits paquets de sel dans une feuille de bananier, aulx, oignons, racines, tabac, etc.
On achète aussi des fleurs pour les répandre devant les autels; des monceaux de gardénias embaumants, cueillis dans les jardins; quatre espèces d'orchidées parasites et des fleurs d'arbre odorantes blanches et rouges.
C'est à l'ornement des temples, à l'entretien des prêtres que servent la plupart des achat*'; les fidèles n'ont pourtant pas moins l'occasion de satisfaire leur propre goût. Ils trouvent des friandises variées, de la pâte de poisson bâché, des feuilles séchées, appelées miengy de la gélatine sucrée, moune^ me rappelant celle qu'on vend en Chine, au coin des rues, pour être mangée dans des cuillers de faïence avec du caramel fondu.
Des auberges sont établies en plein vent; on y distribue du vermicelle cuit avec des cigales; un cornet de feuille de bananier sert de tasse.
Gomme au Tonkin, comme au Japon, à la fête des garçons, beaucoup de gens portent des poissons en papier souflQé; on se distribue aussi de longues banderoles avec des dessins d'animaux servant à certains jeux.
L'animation est grande ; tout le pays se trouve réuni dans la grande rue, allant et venant, achetant, discutant, mangeant, causant, fumant jusqu'à l'heure des cérémonies religieuses. C'est dans l'après-midi qu'elles ont lieu. Les bonzes ont sorti les dieux (la grande statue du fond exceptée) et ils procèdent à leur toilette; on les lave à grande eau et on les frotte avec de l'herbe.
Les femmes, durant ce temps, visitent les pagodes, changeant généralement de paroisses; celles qui habitent à une extrémité de la ville se rendent à l'autre, et réciproquement.
Le soir, mêmes cris et concerts qu'hier.
12 a?ril.
En traversant le fleuve, nous remarquons le long de la rive de minuscules radeaux portant des présents, surtout du riz ; ce sont des offrandes
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que les bateliers font aux dieux pour avoir bonne pèche et bonne navigation.
£n ville, les statues sont encore dehors; elles sont placées sur un petit échafaudage recouvert d'un toit; le canal à eau sacrée leur verse de Teau goutte à goutte par sa gueule de dragon ; l'autre extrémité est dans la pagode où les prêtres la remplissent. Devant les autels, brûlent des cierges portant de longues bandes de papier sur lesquelles est inscrit le nom du donateur.
Dans la grande rue, nous rencontrons un cortège qui vient de Ouate-Tâte et se rend à Ouate- Sieng-Tong; c'est Tannée passée qu'on a cherchée et qu'on reconduit. Il est curieux, à ce sujet, de remarquer l'orientation des pagodes ; on cherche l'année morte à l'ouest et la nouvelle viendra de l'est ; de même le roi sacré à Test célèbre les fôtes à l'ouest. Cette disposition qui marque la fin d'un cycle au coucher et la fait recommencer à l'orient n'est-elle que l'eflTet du hasard ou est-elle due à des traditions anciennes? Je ne sais.
Quoi qu'il en soit, l'ordre et la composition de la procession sont réglés par des rites anciens : en tète, des jeunes gens tenant à la main une branche de fleurs ; puis, sur deux files, des por-
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leurs d'ombrelles de temple, blanches et rouges. Derrière ceux-ci, six ou huit hommes portent sur leurs épaules une de ces chaises dorées qui servent de chaire dans les pagodes et qui, ici, renferment un grand bonze; deux gardiens l'accompagnent, tenant à la main un bambou terminé par une natte en ftMrme de feuille de lotus. A la suite du personnage, un cortège de bonzes et de bonzillons en jaune, appartenant à six pagodes, chantent des chœurs ou se répondent. A une cinquantaine de mètres plus loin, des jeunes filles se suivent [)ar rang de taille en commençant par les plus petites ; toutes ont une écharpe jaune ou orange; les ombrelles vont grandissant avec la taille, depuis les petits parasols européens jusqu'aux grandes ombrelles chinoises en papier huilé; chacune de ces demoiselles tient de la main ^uche un pot en argent plein de fleurs pour les pagodes ou d'eau pour les libations.
Le spectacle est pittoresque. Si intéressante pourtant que soit la procession, ce n'est pas encore la partie la plus curieuse de cette fête quV vec raison on pourrait baptiser fàe des femmes. Des femmes, les unes assises dans les petits abris du marché, les autres, debout tiennent à
la main des marmites pleines d'eau, dont elles arrosent le grand bonze, sa chaise et toute la suite de prêtres; certaines, plus hardies, s'approchent et viennent verser sur la tète d'un bonzillon, qui n'y peut échapper, le contenu de leur pot. Encore s'étonnerait-on moins, si elles ne s'attaquaient qu'aux prêtres et se contentaient de les mouiller, mais l'usage des aspersions, qui se retrouve à certaines fêtes au Siam et en Birmanie, et qui doit se rattacher à l'emploi de l'eau en matières judiciaires, religieuses et sacrées, semble donner ici lieu à certains abus. Les jeunes filles ramassent de la boue, de la belle boue bien noire et en jettent à qui mieux mieux sur les jeunes gens, soit à l'aide d'un petit balai, soit simplement en leur appliquant la main sur le dos ou sur la figure; elles n'ont de respect pour rien. Nos costumes blancs semblent les tenter singulièrement, et il faut toute la sévérité de nos regards pour arriver à les maintenir à distance. C'est qu'elles s'en donnent à cœur joie, ces demoiselles, et, fait curieux, par un sentiment de galanterie qu'on est étonné de trouver au fond de l'Asie, les jeunes gens leur laissent toujours le dessus. J'ai vu beaucoup de ces der-
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niera s'enfuir pour échapper à une potée de boue, je n'en ai pas vu un seul en rendre ou se fâcher. Une gaieté et une bonne humeur complètes président à ces jeux, qui me rappellent les carnavals italiens.
A côté de Teau généreusement distribuée aux bonzes, on leur offre d^s marmites pleines d'objets alimentaires ; elles sont recouvertes d'une feuille de papier serrée autour. Â mesure que les présents sont remis, deux hommes, qui accompagnent la chaise, les suspendent à un bambou qu'ils portent sur les épaules. La remise des cadeaux, pas plus que les jeux, d'ailleurs, n'arrêtent la marche de la procession. Arrivée à Ouate- Sieng-Tong, elle entre dans la cour; les bonzes, agenouillés et les mains jointes, prient dans la pagode; ils disent des phrases auxquelles répondent en chœur leurs bonziilons; on s'incline ensuite plusieurs fois, puis tout le personnel religieux entre tour à tour dans un abri entouré de quatre planches et surmonté du même canal à eau qui servait à arroser les dieux. Les femmes placées en dehors y vident leurs pots d'argent, dont le contenu vient doucher les prêtres; elles apportent un véritable zèle à remplir leur tâche tout en riant ;
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les prêtres sortent de la cabine, sacrés, purifiés, lavés, mais ruisselants et semblent, d'ailleurs, contents.
Cette cérémonie terminée, on se range en cercle autour de la cour pour assister aux danses.
Deux hommes sortent de la pagode, vêtus depuis le cou jusqu'aux pieds d'une sorte de houppelande en écorce déchiquetée, figurant des poils d'une peau de bête; sur la tête, un masque en bois noir représentant un monstre à gros yeux, à grande bouche garnie de dents pointues, à oreilles démesurées; la mâchoire inférieure est mobile; derrière est fixée une longue crinière. Que représentent ces deux personnages? C'est ce dont il nous est difficile de nous rendre compte; on nous dit d'abord qu'ils s'appell^t des Pi kdney ce qui signifierait diables à grande ou méchante figure. D'après le vieux bonze, qui est notre ami, ce sont les chefs des tigres^ on les appelle Pi Sua (race de diables).
Enfin, au dire du colonel siamois, les Laotiens les désigneraient sous les noms : l'un de Pou Yen (Pou père)y l'autre Ya Yen (Ya, mère). Il existerait une légende d'après laquelle des hommes semblables auraient vécu jadis dans une grande
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forêt; on en avait très peur, mais néanmoins on en aurait capturé deux, et les monstres que noas voyons, représenteraient ces captifs. Il est intéressant de rapprocher de cette tradition indigène le dire de nombreux voyageurs selon lesquels une race d'hommes velus aurait jadis vécu dans le Laos.
Quoi qu'il en soit de l'origine de leurs rôles, les mimes ici présents semblent amuser la foule au plus haut point. Us commencent par se mettre à genoux devant la pagode, et débitent un discours pour souhaiter la bonne année en étendant parfois le bras droit.
Puis, se relevant, ils se mettent à danser. Je sais stupéfait alors de retrouver exactement la danse que j'ai déjà vue au Lob Nor. C'est bien la m6me chose; ils tournent en se dandinant, écartant les pieds, puis joignant les talons, levant et étendant à tour de rôle un bras en inclinant I^èrement la tète dans le même sens, tandis que l'autre reste ballant. Cette similitude de pas et d'attitudes, à une aussi grande distance, est-elle due à des traditions de même origine, à des rapprochements de peuples dans le passé ? ou n'estelle qu'une simple coïncidence? Je l'ignora La
musique qui accompagne ces exercices est un tamtam sur lequel on frappe avec la main, sans rythme. De temps en temps, les diables chargent la foule qui s'écarte en criant; Tun d'eux poursuit une jeune fille et tourne à sa suite autour d'un arbre. Je ne vois dans les assistants que des Laotiens ; les Kas se tiennent à Técart. Les danses terminées, la procession repart, on réaccompagne les prêtres à leurs pagodes respectives.
En sortant de la cour de Ouate-Sieng-Tong, J8 songe aux analogies que les cérémonies dont nous venons d'être témoins peuvent avoir avec les fêtes religieuses du moyen âge, avec les réjouissances des truands, avec les processions du pape des tous ou les mystères. La légende autorise encore certaines mascarades en France, comme celle par exemple où on traîne une Tarasque eu carton ; au Tibet, dans les grandes lamaseries, on a un assortiment d'animaux, de monstres, de dragons, que des hommes font mouvoir à certaines dates fixes ; ils entrent dans leurs corps et exécutent les danses les plus variées pour divertir le peuple.
Après la tombée de la nuit, la ville est encore
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très animée; l'abord des pagodes est particulièrement fréquenté; sur le péristyle, sous les colonnades, ou à l'intérieur, ont lieu des Ngones ; voici en quoi consistent ces réunions :
Entrons à Ouate-Maï; par exemple ; un certain nombre de jeunes filles (ici une dizaine), sont assises sur les talons, les jambes repliées sous elles ; elles sont adossées à la muraille les unes à côté des autres ; la plupart ont une écharpe rouge passant sur Tépaule droite et sous le bras gauche; deux ou trois coupes en terre cuite remplies d'huile dans laquelle plonge une mèche, suffisent à les éclairer ; un plat de chiques à bétel, et un tube de bambou qui sert de crachoir sont passés de Tune à l'autre.
Devant les demoiselles, des jeunes gens sont accroupis, formant un ou deux groupes. Quelques uns font de la musique, l'un joue de la guitare, Tautre du tamtam, un troisième de l'orgue laotien en bambou. On chante aussi ; ceux qui s'acquittent de cette besogne se cachent le visage avec un pan de leur écharpe pour ne pas être vus, tous les autres reprennent en chœur le refrain. Durant la musique on peut causer avec les jeunes filles, et on ne se gène pas pour le faire. Un
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amoureux s'asseoit devant celle qu'il a remarquée, et lui fait des déclarations auxquelles i) est presque toujours répondu.
On reste ainsi parfois jusqu'à deux heures du matin à deviser ; c'est le flirt du bal d'autres contrées, avec cette différence qu'ici on ne danse pas, qu'on parle aux jeunes filles plus librement qu'aux femmes mariées, et qu'on sait à quoi s'en tenir.
Un Laotien, qui se faufile près de nous, nous désigne une jeune fille qu'il trouve belle, et ajoute : < Et sa mère est riche ! >
A une des pagodes que nous visitons tandis qu'on flirte sur le parvis, on entend les prières des bonzes à l'intérieur ; au dehors on est tout à l'amour, au dedans à Dieu ; les deux occupations ne semblent pas se gêner l'une Tautre ; les bonzilions continuent leurs litanies avec autant d'empressement que les jeunes laïques mettent à faire leurs déclarations très tendres parfois.
Je dois au colonel siamois d'avoir pu recueillir quelque»-unes des chansons amoureuses, dite:^ à Luang-Prabang par les troubadours laotiens; «n voici des échantillons présentés dans toute la simplicité et la naïveté de la traduction.
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CDANSON (lAH SOM)
t Oh I mon ange, vous qui avez de jolies joues, je vous adore et je meurs en vous, c'est la première fois que je vous vois avec votre charmant risage qui me platt énormément. Si nos père et mère me permettent d'être auprès de vous, je serai sûrement avec vous. Oh 1 ma bien-aimée, puissent mes parents consentir au mariage ! »
CHANSON (lAM CHLONG)
« Oh ! ma belle, j'apprends que vous avez une chambre superbe ; ma chère, vous avez la forme admirable, et ainsi que votre chambre, toute ti«-(le.
» Êtes-vous seule? n'avez-vous pas d'amant?
» Pour moi ce que j'aime, c'est la femme de la XMir, si la providence me permet de l'avoir. Ma t)ien-aiaiée; vous avez de beaux cheveux comme les fleurs ; c'est vous qui êtes à mon cœur, ma faère. Vos deux belles joues roses, sont à moi. i^-