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SES CANAUX ET SES MERS

§ 1. — Géographie et météorologie de Mars.

Voilà sans contredit, de toutes les planètes, grosses, petites ou moyennes, celle qui nous est le mieux connue, au point de vue physique et météorologique s'entend, caries éléments de Torbite (ou asironomiques) sont à peu près également bien calculés pour toutes. Si nous la connaissons mieux, c'est que périodiquement elle se présente à nous de la façon kt plus favorable aux observations suivies.

Aux époques où Mars, dans son mouvement ie circulation autour du Soleil, passe à Topposé de cet astre, non seulement il se trouve

alors à une dislance relativement faible de la Terre, mais encore il reste sur nos horizons une bonne partie des nuits, à une hauteur généralement suffisante pour être dégagé des brumes des couches inférieures. De plus, il présente à l'observateur un disque pleinement éclairé par la lumière solaire, dans les meilleures conditions pour être étudié à loisir au télescope.

Les oppositions de Mars ont lieu à des intervalles d'un peu plus de 2 années (un à deux mois en plus), d'où il résulte que les époques d'observation, pour chacune d'elles, tombent successivement dans toutes nos saisons. Comme d'ailleurs l'orbite de Mars est une courbe Passez excentrique, il s'ensuit que les distances de la planète à la Terre varient dans d'assez fortes proportions. Par exemple, tandis que le 5 février 1837, Mars était à une dislance de 0,67, c'est-à-diré égale aux deux tiers environ de la distance moyenne de la. Terre au Soleil (99 millions de kilomètres environ), le jour de l'opposition de 1845, il n'en était plus qu'à 0,38 (66 millions k.); même circonstance s'est

encore présentée le 5 septembre 1877. On voit dès lors que, pour un même grossissement télescopique, le diamètre apparent de Mars se présente àTœil sous des dimensions très variables et qu'ainsi, de ce fait, les oppositions ne sont pas également favorables.

Une condition plus importante encore que celle de la distance, c'est celle du choix d'un bon instrument et surtout du calme et de la pureté du ciel pendant les nuits d'observation.

Un premier résultat important des nombreuses observations dont Mars est l'objet depuis deux siècles et demi, c'est la détermination exacte de son mouvement de rotalion. Grâce à la netteté et à la permanence des taches vues sur son disque, l'incertitude que nous venons de constater dans les durées de rotation de Vénus et de Mercure, n'existe pas pour Mars. Dès 1666, Cassini trouvait qu'il tourne autour de 3on axe en 24 heurçs 40 minutes. Depuis, on a pu obtenir, un nombre plus précis çt c'est ^ quelques secondes près qu'il se trouve fixé à 24 heures 37 minutes et 23 secondes. De même on a

MM

pu mesurer Finclinaison de Taxe de rotation sur le plan de Torbite, élément d'une si haute importance pour la climatologie de Mars : cette inclinaison est un peu inférieure à 63°. La nôtre, on le sait, est un peu supérieure à 66^

Ainsi pour la rotation, Mars diffère peu de la Terre, et n'était la durée de son année de 687 jours, et aussi la forte excentricité de l'orbite, qui rend plus sensibles les variations de la distance de Mars au Soleil, on pourrait considérer les deux planètes comme deux astres présentant de grandes analogies dans les conditions météorologiques de leurs surfaces.

Mais les saisons sur Mars nous sembleraient bien longues; sur l'hémisphère boréal, le printemps et l'été réunis durent 372 jours moyens de Mars, plus qu'une de nos années; Tautomne et l'hiver, quoique moins longs (296 jours) dépassent encore de beaucoup les nôtres. Pour l'hémisphère austral bien entendu, l'inverse se présente. C'est ausisi cet hémisphère qui, dans les oppositions, tourne son pôle vers nous, de sorte que nous

fe connaissons beaucoup mieux que riiémisphère opposé.

Encore un chiffre fourni par la mécanique eélesle, celui de la masse de Mars rapportée à la masse du Soleil : 3 093 000 globes eomme celui de Mars seraient nécessaires pour équilibrer la masse solaire; ce n'est guère plus du dixième de celle de notre globe. Enjoignant à celte donnée le volume, calculé comme celui d'une sphère ayant pour diamètre 0,528 du diamètre équatorial de la Terre, on en déduit aisément le nombre 3^9 qui mesure la densité moyenne de Mars rapportée à Teau. On connaît enfin Tinlensité de la pesanteur à la surface de la planète, à son équateur; elle est presque égale aux 2/5 de celle qui retient les corps à la surface de la Terre.

Tout cela est certainement plein d'intérêt ; mais cela ne donne pas la physionomie de Mars; ce sont abstractions qui parlent à l'esprit, non aux yeux, et notre curiosité va plus loin, cherchant à connaître le caractère particulier qui distingue Mars des autres planètes, de la Terre surtout.

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Ce caractère le voici : c'est Tenseinble des taches obscures et brillantes que le télescope a découvertes sur son disque, la distribution, la forme de ces accidents, les uns permanents, les autres variables, mais périodiques, d'autres enfin n'ayant qu'une durée limitée et des apparences fugitives ou passagères.

L'élude approfondie des taches de Mars, poursuivie avec persévérance par plusieurs générations d'astronomes, a permis de dresser des cartes de sa surface, bien vagues d'abord et bien incertaines, ainsi qu'il arrive toujours pour des régions jadis inconnues et peu à peu explorées, puis plus parfaites à mesure ques'accumulaientlesobservalionsetqueleur précision même allait en progressant. Que de tâtonnements, que d'hésitations, de rectifications avant d'en arriver là, avant de pouvoir assurer qu'il y a une géographie de Mars, une aréographie, comme disent les astronomes!

Les taches de Mars, on le sait, sont de deux sortes : les unes, se détachant comme des masses sombres, d'un gris bleuâtre, ont été dès l'origine assimilées à des mers; les

autres, brillantes, d'une teinte légèrement rougeâlre, sont les continents de la planète. Oulre ces deux genres de taches dont la forme, rétendue apparentes varient selon les circonstances, on a noté depuis longtemps des régions du disque tout à fait blanches, ayant à peu de chose près pour centres les pôles de rotation de Mars ; on a conclu de cet éclat et de cette situation des taches blanches qu'elles sont produites par Tacumulation de neiges ou de glaces analogues aux glaces et aux neiges qui environnent les pôles de la Terre. Et cette hypothèse acquiert un haut degré de probabilité lorsqu'on constate, comme Tout fait les observateurs de Mars, que rétendue des taches blanches est touj ours plus grande à l'un des pôles qu'à l'autre ; que cette inégalité passe alternativement de l'hémisphère boréal à l'hémisphère austral, et enfin que leur maximum d'extension correspond à la saison d'hiver de chacun d'eux.

C'est ainsi que les choses se passent sur notre planète ; c'est ainsi qu'elles doivent se passer sur Mars, si l'on admet qu'il est entouré d'une atmosphère, que cette atmosphère est

en partie formée d'une vapeur aq^ueuse susceptible de se précipiter et de se congeler par le refroidissement, recouvrant la surface de la planète de couches neigeuses réfléchissant fortement la lumière solaire. Ces couches envahissent naturellement, pendant Thiver, des régions de moindres latitudes, de même que pendant Tété, la fusion due à l'action des rayons solaires les refoule vers le pôle.

Or l'existence d'une telle atmosphère sur Mars est doublement confirmée par l'observation directe et par la spectroscopie.

Secchî et Lockyer ont vu sur le disque des taches mobiles traversant les taches permanentes; d'après Schiaparelli, les contours de celles-ci sont fréquemment altérés par l'interposition de taches plus blanches que le reste du disque; il pense que ce ne sont autre chose que des nuages dont la surface extérieure réfléchit vivement la lumière du Soleil.

D'autre part, l'analyse spectrale a fait voir, dans la lumière de Mars, des raies sombres semblables à celles qu'on observe dans les couches basses de notre propre atmosphère

el qui sont dues à une absorption par la vapeur d'eau. Secchi, Huggins, Vogel s'accordent sur ce poinl, et en concluent que Mars possède une atmosphère vaporeuse el aqueuse. Cela même est une confirmation indirecte de rhypolhèse qui fait des taches grisâtres les mers de la planète.

L'évaporation de la surface de ces masses liquides donne lieu à des vapeurs qui se précipitent sous forme de nuages, dans les hauteurs de l'atmosphère, et tombent ensuite soit en pluie, soit en neige, selon rabaissement plus ou moins fort de la température.

Nous assistons donc, de la Terre, aux vicissitudes atmosphériques de Mars; nous pouvons, avec de grandes probabilités, nous faire une certaine idée de sa météorologie, laquelle, dans son ensemble, paraît ressembler fort à la nôtre. Mais il ne faudrait pas pousser trop loin cette ressemblance, car sur bien des points, il est problable que Mars a une constitution qui diffère beaucoup de celle de la Terre.

Sans insister sur la longueur des saisons,

AMt^Mi^

dont nous avons déjà dit un mot, sur la moindre intensité du rayonnement solaire dépendant de la plus grande distance, nous signalerons un élément qui a sur les phénomènes météorologiques une importance capitale. Je veux parler de la distribution des terres et des eaux. Cet élément joue un grand rôle sur noire Terre où les courants, tant océaniques qu'aériens, sont en grande partie sous la dépendance de cette distribution.

§2. — Distribution des terres et des eaux;

les canaux de Mars.

Jelez les yeux sur le disque de Mars, tel que le représente la figure qu'en donne Schiaparelli, dans ses beaux mémoires sur cette planète : vous y distinguerez aisément deux zones, Tune couverte des taches sombres constituant les mers, l'autre, claire, formée des terres, continents, îles ou presqu'îles. Or il est visible que la grande majorité des terres de Mars dessinent une zone équatoriale continue, ou du

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moins qui n*est interrompue ou découpée que par des sortes de canaux ou bras de mer très étroits, les uns dirigés selon le méridien, d'autres obliques; queiques-uns ayant la direction des parallèles. Dans l'hémisphère austral, on voit encore, parallèles à la première, deux autres zones de terres, mais séparées par des mers beaucoup plus larges. Au pôle sud, une tache blanche de forme triangulaire marque la région couverte de glace, la calotle polaire dont nous avons parlé plushaul. En résumé, les terres de Mars sont accumulées en une ceinture compacte qui entoure Téqualeur jusqu'à la latiludc australe d'environ 30% et du côté du nord jusqu'à plus de 40**; les limites de ce côté sont d'ailleurs plus incertaines.

Mais, comme je viens de le dire, tout un réseau de canaux allant des côtes australes aux côles boréales divise celle ceinture en autant de continents séparés, de grandes îles de forme polygonale, qui ne ressemblent en aucune façon aux parties continentales de notre Terre.

11 est probable que Ton n'a découvert

encore que les plus larges de ces canaux qui donnent à l'aspect de Mars une si étrange physionomie. La plupart d'entre eux n'avaient jamais été observés avant l'opposition de 1877-78, où Schiaparelli, profitant de conditions atmosphériques exceptionnelles et en outre muni d'un excellent télescope, les décrivit pour la première fois. Dans les oppositions suivantes, celles de 1879 et de 1881, l'habile et savant astronome acheva de dresser, d'après ses mesures micrométriques et de nombreux dessins, le planisphère de Mars, sur lequel il est aisé d'étudier le réseau compliqué de ces singuliers accidents du sol de la planète.

Ce qui fait penser que le nombre des canaux de Mars est plus grand que ne l'indiquent les cartes actuelles, c'est une particularité d'observation assez curieuse que cite Schiaparelli dans ses mémoires. Il a observé que certains d'entre eux, qui semblent formés d'un trait sombre unique et d'une certaine largeur, se montrent en réahté, si la vision devient plus nette, formés de plusieurs canaux plus étroits,

trop déliés pour être, dans les conditions ordinaires, vus isolément. « Pendant le cours de mes observations d'octobre 1877, dit-il autre part, il m'est arrivé deux ou trois fois d'avoir des moments très courts d'une atmosphère absolument calme, ou à peu près telle. Dans ces circonstances, il semblait que tout à coup un voile épais se levait de la surface de la planète qui se montrait comme une broderie de plusieurs couleurs. Mais telle était la petitesse de ces détails et si fugitive la durée de cet état de choses, que l'on ne pouvait se former «ne idée bien claire de ce qu'on voyait, et qu'il reslail seulement l'impression confuse d'un réseau fixe, formé de lignes déliées et de petites taches. »

Une vingtaine d'années avant celle observation, faite dans le ciel calme et pur de la Lombardie, Secchi avait remarqué quelque chose de semblable. 11 faut espérer que, dans des conditions meilleures encore, on finira par fixer ces résultais fugitifs d'une vision accidentelle, et que la géographie de Mars sera connue dans ses plus minutieux détails.

Déjà, un pas a été fait dans ce sens par la découverte, qui date de dix années à peine, du dédoublement de certains canaux de Mars, du phénomène auquel Schiaparelli a donné le nom de gemmation. 11 ne s'agit plus du phénomène que nous venons de signaler, c'est-à-dire ici de la décomposition des canaux connus en plusieurs canaux plus étroits, mais de la formation, au voisinage d'un canal, d'un second canal parallèle au premier, à une certaine distance de celui-ci.

C'est pendant l'observation de 1881-82 que Schiaparelli découvrit cette étrange formation : une trenlaine de canaux l'ont présenlée et voici comment à une ligne sombre unique, telle que l'avait jusque-là constatée l'observateur, se substituait un système de deux lignes à peu de chose près parallèles ou équidistantes. D'abord on voyait le canal primitif, puis au bout d'un temps variable, entre un jour et un peu plus d'un mois, apparaissait le nouveau canal. Cette apparition est ordinairement précédée de phénomènes qu'on peut qualifier de préparatoires : l'ancien canal parait plus large;

près du point où il se joint à Tune des mers qu*il met en communication, il se forme un appendice, qui est comme Tamorce du nouveau canal.

Schiaparelli a comparé entre elles les observations de dédoublement des canaux dans Irois oppositions successives, en 1882^ 1884 et 1886. Il a cru pouvoir en conclure que le phénomène est soumis à une certaine périodicité : il est réglé par Tannée tropique de Mars, commençant à Téquinoxe du printemps (boréal); environ deux mois après, il atteint son maximum pour disparaître au solstice d'été. Il semble donc lié à certaines ciirconstances météorologiques. D'autre part, comme les canaux doubles se reforment toujours aux mêmes endroits et sous le même aspect, on doit croire que leur formation est déterminée par des accidents permanents du sol de Mars. De quelle nature peuvent bien être ces accidents?

Je hasarde une hypothèse. La forme rectiligne de la plupart des canaux, leur largeur uniforme > petite en comparaison de

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leur longueur, la facilité qu'ils doivent offrir pour la communication d'une mer à l'autre , devaient naturellement suggérer Tidée qu'ils sont des ouvrages artificiels, dus aux habitants de Mars, beaucoup plus avancés que nous en procédés techniques ou industriels. C'est une hypothèse qui plaît à l'imagination, partant séduisante; mais percer par centaines des tranchées de plusieurs ^milliers de kilomètres, d'une largeur comprise entre 200 à 700 kilomètres, c'est une série de bien grosses entreprises qu'il nous paraît bien plus vraisemblable d'attribuer au jeu naturel des forces physiques qu'à une industrie humaine, fût-elle de beaucoup supérieure h la nôtre. Il suffit d'admettre qu'à l'époque où se sont formées les parties continentales de la planète, ou postérieurement, des fissures se sont produites en raison du retrait de la matière solide et de son refroidissement graduel, et que ces dépressions ont été alors envahies par les eaux.

A peu de distance de ces fentes du sol^ d'autres accidents pareils, parallèles aux premiers, mais moins profonds, ont cons-

tilué les canaux doubles. Le plafond de ces canaux est, dans les circonstances ordinaires, plus élevé que le niveau des mers australes ou boréales, et Feau de ces mers n'y peut pénétrer. Mais lorsqu'au printemps, la fonte des neiges polaires amène l'inondation qui submerge nombre de régions de la seconde zone des terres australes de Mars, le niveau maritime s'élève assez pour dépasser celui des canaux géminés jusqu'alors à sec, et ils sont envahis par les eaux dont la teinte sombre suffit à révéler leur existence. L'évaporalion pendant les 194 jours du printemps boréal, est assez forte pour les mettre à sec de nouveau et expliquer leur disparition vers ^ l'époque du soltice d'été.

Est-ce à une explication de ce genre q^ie faisait allusion l'éminent observateur milanais, lorsqu'il constatait que le phénomène de la gémination est à la fois variable et périodique, et néanmoins déterminé par des accidents géographiques permanents? Cela nous semble plausible, mais nous donnons aotre hypothèse sous toute réserve.

Mars est de formation plus ancienne que la Terre. En se basant sur les principes de la thermodynamique, Helmholtz a calculé que la température de condensation de la matière qui a formé le globe terrestre, avait dû relever à environ 9000"*, tandis que celle du globe de Mars atteignait 2000Và peine. Ainsi la chaleur interne primitive de cette dernière planète a été à Torigine moindre que la nôtre. Qu'on y joigne cette circonstance d'une moindre masse et d'un moindre volume, et l'on en conclura que le refroidissement de Mars a été plus rapide que celui de la Terre. Tout fait donc croire que la phase géologique où il se trouve depuis un temps très reculé, est caractérisée par le repos complet du noyau intérieur : la prédominance des forces physiques internes y a cessé depuis longtemps. C'est le tour de l'action dénivellatrice exclusive de ses mers ^t de son atmosphère.

S'il en est ainsi, on s'explique l'uniformité <\e la conformation du sol de Mars, où l'on voit de grands espaces de terre découpés par -de longs et étroits canaux. La forme recti-

ligne de ceux-ci suppose qu'ils traversent de grandes plaines dépourvues d'accidents saillants; si Mars a eu jadis des chaînes de montagnes un peu élevées, des régions accidentées comme sont les régions montagneuses de notre Terre, l'action érosive des eaux de pluies, des marées, des glaciers s'il y en a eu à l'origine, a fini par niveler le sol, en comblant peu à peu les dépressions des détritus enlevés sur les sommets. Bien plus, à certaines latitudes, les terres subsistantes émergent à peine au-dessus du niveau des mers qui les baignent; de là ces inondations périodiques que Schiaparelli a constatées, en observant que des espaces auparavant brillants prenaient une teinte grisâtre intermédiaire entre celle des parlies continentales et la teinte plus foncée des mers.

§ 1. — Impossibilité de la vie organique dans le Soleil et les Étoiles.

La Terre est-elle le seul corps céleste qui ait des habitants? Ou, d'une façon plus générale, est-elle le seul astre à la surface duquel se manifeste la vie, sous sa double forme de végétaux et d'animaux? C'est une question qu'on devait se poser inévitablement, dès qu'on fut arrivé à la conviction que la Terre est un corps céleste, voyageant périodiquement dans l'espace éthéré, tout comme Mars, Jupiter, Saturne par exemple.

Quant à répondre autrement que par des hypothèses, il n'y fallait pas songer; aussi

Hmagination, qui joue toujours le principal rôle dans la solution des questions, sinon insolubles, du moins bien obscures, s'en est-elle donné, comme on dit, à cœur joie.

Littérateurs, poètes, philosophes, métaphysiciens, humoristes, chacun devait dire son mol et n'y a pas manqué. On écrirait des volumes, rien qu'à relater les opinions émises sur l'habitabilité des astres, et un tel ouvrage ne manquerait pas d'intérêt, bien que la plupart de ces opinions ne soient que fantaisie pure.

Au risque d'ajouter un chapitre de plus à celte histoire, je me propose d'examiner ici, au point de vue unique des connaissances astronomiques actuelles, ce que la science peut apporter d'arguments plausibles pour ou contre l'existence de la vie dans les astres autres que notre planète.

Je commence par une élimination nécessaire. II n'y a pas plus d'un demi-siècle, des astronomes d'un grand mérite, sir J. Herschel, François Arago, par exemple, croyaient encore que le Soleil peut être habité. Ils parlaient de la théorie de Wilson sur la cons-

tituUon physique du Soleil; de ThypolUèse de trois atmosphères superposées, à travers lesquelles se voyaient la surface du globe solide relativement obscur ; les taches et leurs pénombres s'expliquaient par les trouées que des éruptions volcaniques faisaient dans ces enveloppes. La photosphère seule était lumineuse, soit par incandescence, soit par quelque action électro-magnétique ; une almosphère de nuées grisâtres sousjacentes jouait le rôle de modérateur et d'écran qui tempérait le rayonnement interne. Les habitants supposés du Soleil vivaient à Tabri sous cette double enveloppe, dans une troisième atmosphère respirable.

Personne aujourd'hui n'accepte plus ce roman. La mesure de l'intensité des radiations solaires, l'impossibilité d'expliquer sa constance pendant des milliers d'années avec une telle dépense d'énergie, oblige à considérer la masse tout entière de l'astre comme douée d'une température qui ne peut être moindre de plusieurs milliers de degrés centigrades. Quel que soit l'état physique de cette masse en partie solide, Hquide ou

gazeuse, une telle température est incompatible avec Fexislence d'êtres organisés quelconques. Il est en eiïel démontré que les organismes les plus résistants sont complètement détruits, lorsqu'ils sont dans un milieu dont la température s'élève seulement à cent soixante degrés. Imaginer des êtres vivants susceptibles de résister à la température solaire, c'est donc se placer dans le pur domaine de la fantaisie.

Le Soleil n'est donc ni habitable ni habité.

On voit tout de suite de quelle importance est cette conclusion pour le reste de l'univers. En effet toute la population sidérale que nous observons à la vue simple ou dans les télescopes, est formée d'astres plus ou moins semblables au Soleil, rayonnant comme lui, par voie d'incandescence, incapables dès lors de renfermer des êtres vivants, des organismes quelconques. Leurs effluves, calorifiques ou lumineux, sont indispensables à la vie, Tentreliennent et la donnent peut-être dans des conditions que la biologie terrestre a constatées; mais le foyer d'où ils émanent est par lui-même destructeur de la vie.

Tels sont les enseignements de la science sur ce point.

§ 2. — La vie à la surface des planètes et de leurs satellites. — La Lune.

Il ne reste plus qu'à examiner la question pour les astres secondaires, qui, comme les planètes de notre système, ne sont pas lumineux par eux-mêmes, au moins dans toute une période de leur existenee.

Nous avons pour terme de comparaison notre planète, où la vie, ainsi qu'on Ta vu plus haut, ne remonte pas au delà de cent millions d'années.

Les recherches paléontologiques ont prouvé que la vie, sur la Terre, n'a pas été toujours ce que nous la voyons maintenant. D'abord rudimentaire, aux premiers temps géologiques, aussi bien pour le règne végétal que pour le règne animal, elle s'est progressivement développée avec le temps. Les formes se sont multipliées ; les organismes, de plus en plus complexes, se sont perfectionnés et, par une lente évolution, ont fini

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par atteindre le développement qu'on leur voit aujourd'hui. Quelles que soient les causes de celto succession de formes animales et végétales, il parait évident qu'elle est liée aux changements physiques des milieux, aux modifîcations qu'ont subies le soU les eaux, l'ulmosphère. On pourrait donc eu conclure que là où les conditions physiques donl nous parlons se trouvent réunies, là aussi il y a probabilité pour que la vie s'y présente sous des formes, sinon identiques, du moins fort analogues. L'homme, étant apparu des derniers, aux époques géologiques dites quaternaires et peut-être ternaires, on pourrait supposer que, dans les autres planètes, un être semblable existe ou existera aux mêmes phases de développement de ces astres.

Pour se faire une idée juste de la probabilité de l'existence de la vie sur les planètes de notre système, les seules que nous puissions observer, nous n'avons donc pas d'autre critérium que celui-ci : s'assurer, par l'observation ou par les inductions de la théorie, que les conditions nécessaires à la

vie sont, ont été, ou seront réalisées à leur surface ; constater, s'il esl possible, la phase évolutive où chaque planète est sans doute parvenue.

Essayons de préciser cela par des exemples.

Deux astres sont assez voisins de nous et se présentent, vus au (élescope, dans des conditions assez favorables pour qu'on ait cru pouvoir y saisir des témoignages probants de l'existence d'êlres vivants à leur surface. Ce sont la Lune et Mars.

Notre satellite surtout a longtemps excité à cet égard la curiosité des observateurs.

Dès que, pour l'observer, on fît usage d'instruments tant soit peu bons, un grossissement même 1res modéré permit de distinguer une foule de détails très nets des accidents de son disque. Ses taches, sombres ou brillantes, qu'on prit d'abord pour des mers et des terres, convenablement éclairées par la lumière du Soleil, se montrent parsemées d'une multitude de cavités en forme de coupes ou de cratères, que jamais aucune nuée ne vient masquer ou ternir. En certaines régions, une élude plus approfondie fit reconnaître

Texistence de longs sillons étroits. On crut y voir des canaux creusés par les habitants.

L'imagination aidant, on aperçut des traces de fortifications, des villes, etc. Mais ces fantaisies ont été bientôt réduites à leur juste valeur par des observations plus attentives et une discussion plus approfondie. Les meilleures lunettes ne permettent de voir distinctement à la surface de la Lune que des objets dont les dimensions surpasseraient de beaucoup les édifices terrestres les plusvolumineux. Quant aux prétendus canaux, aux rainures reclilignes, qu'on voit en effet traverser le sol lunaire, tantôt dans les parlies planes, tantôt dans les régions montagneuses, dont quelques-unes franchissent même les pentes volcaniques, ce sont des accidents naturels, non des travaux effectués par des habitants de notre satellite. Leur largeur qui atteint 1 ou 2 kilomètres, leur profondeur de plusieurs centaines de mètres eussent exigé des efforts qui paraissent dépasser toute mesure.

En résumé, rien sur la Lune ne semble indiquer Texistence d'êtres animés, si l'on

se borne à consulter les investigations directes. Jusqu'ici du moins, le télescope est resté impuissant à révéler rien de pareil.

Ce résultat négatif est corroboré par des inductions décisives. En effet, il est prouvé que la Lune n'a pas d'atmosphère; si elle en a une, elle est si peu dense que sa rareté ne peut être comparée qu'à celle du milieu restant sous le récipient des meilleures machines pneumatiques où l'on a fait le vide.

Voudrait-on imaginer des organismes susceptibles de vivre dans un milieu aussi rare? Dans ce cas, il faudrait encore qu'ils pussent se passer d'eau ou de tout liquide analogue.

Car l'eau manque également à la surface de la Lune. On a bien donné le nom de mers à de grands espaces de teinte grisâtre ; recouvrant une notable partie de son disque.

Mais on sait depuis longtemps que ces taches sont formées de vastes plaines, pauvres en accidents cratériformes, dues sans doute à d'anciens épanchements boueux... Si elles étaient recouvertes d'un liquide quelconque, l'ardeur du rayonnement solaire qui, à chaque lunaison, frappe sans discontinuer le sol

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présidé à la formation des plaaètes comme de leurs satellites, et par conséquent être caractérisée, à Tune de ces phases, par un noyau entouré lui-même de vapenrs . Ces vapeurs consliluaient alors Tatmosphère de la Lune. Pourquoi ont-elles plus tard complètement disparu ? Se sont-elles entièrement précipitées, puis combinées avec les matières en fusion du noyau; ont-elles subi Tattraclion prépondérante de la masse de la Terre ; laquelle aurait ainsi sans vergogne dépouillé son propre satellite? C'est ce qu'on ne saurait dire. Toujours est-il que si la Lune aété,dans une période antérieure de son existence, pourvue d'une atmosphère, il est permis de supposer qu'elle a été alors peuplée d'organismes en rapport avec sa constitution physico-chimique. En tout cas, c'est une simple hypothèse, invérifiable.

On a bien supposé encore que les habitants supposés de la Luno, les Séléaites ou Séléniens^ comme on les appelle, s'ils n'existent point sur l'hémisphère vu de la Terre, occupent précisément l'hémisphère opposé; il nous paraît inutile de discuter une idée

tiii A( iiiKS M,).\;)::s.

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j:^ 3. — La vie sur les planètes. — Mars.

Après la Lune, le corps céleste le mieux placé en vue d'observalions directes, est la planète Mars. Ce n'est pas seulement en raison de la faible dislance relative où elle se trouve de la Terre à Tépoque de ses oppositions, c'est aussi, comme on Ta vu plus liaut, parce qu'alors elle présente à l'observateur sa face éclairée dans les meilleures conditions possibles et pendant un temps assez long pour rendre fructueuse une étude détaillée de son disque.

Seulement il ne faut pas s'attendre à voir h la surface de Mars des accidents du sol, lîomme ceux que montre la Lune. Cette ilernière n'est pas à une dislance de la Terre qui dépasse sensiblement trente diamètres terrestres (entre 28 et 32 environ), de sorte qu'elle n'est jamais plus loin de nous de cent mille lieues. Un grossissement de 1200 fois la rapproche donc environ à 80 lieues. En

outre, sa surface est toujours parfaitement nette, quand lair est lui-même limpide. Au contraire, Mars, à Tépoque de ses oppositions les plus favorables, est encore éloigné de la Terre de 55 millions de kilomètres, près de 14 millions de lieues. C'est cent quarante fois la plus grande distance de notre Lune. Et comme l'observation a prouvé que le disque de la planète est fréquemment recouvert, au moins en partie, de taches vaporeuses, on ne peut raisonnablement espérer qu'il offrira jamais aucun détail de structure comparable à ceux que la Lune nous présente. Ainsi l'investigation directe peut être regardée comme incapable de rien fournir comme témoignage de l'existence de ses habitants.

Restent les inductions qu'on peut tirer des données que l'astronomie a recueillies sur la constitution physique de Mars. De ce côté au contraire, tout semble favorable à l'hypothèse que cette planète est probablement peuplée comme celle que nous habitons, d'êtres vivants. Les taches sombres permanentes qu'on découvre à la surface de son

disque sont des mers; tout le fait croire. Les pôles de Mars sont recouverts, on le sait, de lacties blanclies, brillan grandeur suivant les sf dimensions les plus gn ques où le pôle recouv son hiver. On en coac neigea et des glaces co taches mobiles indiquer blablement la présence résultats de l'analyse s| trent en effet que l'alm riche en vapeur d'eau.

Voilà des analogies fj et la Terre. On peut do ne s'arrêtent pas là, et Teste aussi sous ses deu> des végétaux et des ai plus hardis ajoutent, e pourquoi ils n'auraient | mes ou du moins des telligence et de moralil même supérieur à celui maine est douée. Dans cet ordre d'idées, l'hypothèse a beau jeu, et l'imagination

aussi. Des observations récentes, faites dans des conditions exceptionnellement favorables, avec des instruments excellents et sous un ciel serein et calme, ont permis de distinguer, à la surface de Mars, des détails qui jusqu'ici avaient échappé aux yeux. L'éminent directeur de l'observatoire de Brera, près de Milan, a vu et dessiné ce qu'il a nommé les canaux de Mars, minces filets d'eau reliant les mers ou séparant les parties continentales. Ces réseaux ont été vus et dessinés ailleurs, à Nice par exemple, par notre savant compatriote M. Perrotin. Chose curieuse, à certaines époques, ces canaux ont paru doubles. Dans le chapitre qui précède, nous avons décrit ces phénomènes avec quelque détail. Or, la forme rectiligne de ces singuliers accidents du sol de Mars, le parallélisme des canaux géminés ont suggéré à quelques-uns l'idée que c'étaient peut-être là des travaux des habitants. Beaucoup plus anciens que nous, puisque Mars a précédé la Terre dans la genèse des planètes, probablement beaucoup plus avancés en civilisation, en possession de procédés industriels supé-

rieurs, les Martiens auraient créé sur leur planète un réseau de communications maritimes, sous forme de canaux reliant les plages opposées de leurs mers.

L'idée est ingénieuse, comme on voit.

A-t-elle pour elle des probabilités suffisantes? C'est une autre question, que chacun résoudra selon la tendance de son esprit. Je vais me borner à citer quelques nombres propres à éclairer ceux qui voudront en juger.

En se reportant aux cartes de la surface de Mars dressées et publiées par Schiaparelli, il est aisé de se rendre compte des dimensions des canaux en question. La plupart s'étendent sur plusieurs degrés en latitude : plusieurs atteignent et dépassent 40 de ces degrés. Quant à leur largeur, elle est en moyenne de plusieurs degrés; il en est de beaucoup plus larges (10 à 12 degrés), et fort peu sont plus étroils.

Traduisons ces chiffres en mesures métriques. Sur la planète Mars^ un degré du méridien vaut environ 60 kilomètres. Un canal de 40 degrés mesure donc 24C0 kilomètres de longueur, 180 à 240 kilomètres en

largeur selon que celle-ci est de 3 ou 4 degrés. Les plus larges ont de 6 à 700 kilomètres. Si ce sont des travaux humains, on conviendra qu'ils laissent bien loin derrière eux Suez et Panama !

Mars, avons-nous dit, est plus ancien que la Terre. Sans prétendre connaître de combien son humanité supposée est plus avancée en civilisation que la nôtre, on peut se demander, comme l'a fait l'astronome milanais, à quelle phase géologique elle se trouve.

Les mouvements qu'il a observés dans les parties maritimes de la planète, lui font croire que les phénomènes dus aux forces intérieures ont cessé de s'exercer et ont cédé la place à l'action des eaux. C'est ce qui arrivera peu à peu pour la Terre. L'écorce solidifiée augmenlant d'épaisseur par le refroidissement, les éruptions volcaniques, les soulèvements deviendront de plus en plus rares; les reliefs continentaux incessamment entamés par les érosions des marées, ravinés par les eaux pluviales, les torrents, les rivières, s'affaisseront à la longue, et l'océan reprendra son empire, envahissant les régions les plus basses

^l nivelant peu à peu toute la surface aujourd'hui émergée. C'est ce qui semble arrivé maintenant pour Mars.

Si ces phénomènes se sont produits ainsi, il est clair qu'il a dû en résulter de graves conséquences pour l'existence des êtres organisés, végétaux et animaux. Mais ce sont là des questions bien difficiles à résoudre, et nous ne devons pas oublier que des savants autorisés ont émis des vues tout à fait opposées, et pensent que, plus une planète vieillit, plus la masse des eaux, par ses combinaisons avec les solides de l'écorce, diminue. La planète se dessèche, disent-ils, pour se désagréger à la fin, et se réduire en fragments, origine des météorites.

Ce qu'il faut retenir ici, c'est que. si de puissantes analogies nous portent à considérer Mars comme peuplé d'êtres vivants, nous ne savons rien de plus, rien qui puisse nous faire préjuger de la nature des organismes qui se développent à sa surface. Mars a, comme la Terre, des terres et des mers, une atmosphère chargée de vapeurs ; sa rotation a la même durée à 40 minutes près

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que la rolalion de la Terre, et rinclinaison de son axe sur le plan de son orbite est très voisine de celle qui caractérise notre planète. Mais, il est à une autre phase géologique que la Terre ; son année, ses saisons sont doubles des nôtres en durée, sa densité moyenne est les sept dixièmes de la densité de notre globe, eirintensiléde la pesanteur àlasurfacelesdeux cinquièmes du même élément terrestre . Toutes ces différences influent probablement sur la constitution des organismes qui vivent *à la surface de Mars; il est donc vraisemblable que les flores et les faunes y ont une physionomie bien différente de celle qui appartient aux nôtres.

On voit que nous savons peu de chose sur celle question de l'existence de la vie dans les astres qui composent le monde solaire.

Ou pour mieux dire, notre science est, sur ce sujet, soit négative, soit conjecturale.

Elle est négative pour Tastre principal, foyer et régulateur des autres, négative pour la Lune. Pour Mars, ce que nous pouvons dire, c'est que l'analogie milite en faveur de l'habilabilité. C'est également par analogie que

251 Al THES MONDES.

nous supposerons Fexistence de la vie dans les autres planètes, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune d'une part, Vénus et Mercure de Taulrc. Seulement les premières de ces planètes sont si éloignées de la Terre et les deux autres si peu favorablement placées pourTobservalion, qu'on ne sait presque rien sur la configuration de leurs surfaces.

Toutefois le disque de Jupiter, avec ses bandes parallèles à Téquateur, bandes variables, mobiles, indique une atmosphère chargée de vapeurs nuageuses, que la rapidité de la rotation dispose en rangées parallèles à la direction du mouvement. Analysée au spectroscope, sa lumière, outre les raies de la lumière solaire, offre des raies d'absorption analogues à celles de la vapeur d'eau, et en outre une bande qui parait signaler la présence de quelque vapeur n'existant pas dans l'atmosphère terrestre.

Si les bandes brillantes de Jupiter sont des nuages, les parties obscures qui les séparent sont des éclaircies laissant voir le corps même de la planète. Mais aucune tache ne révèle la configuration du sol. Comme la

densité moyenne du globe comparée à celle de Teau n'est guère plus grande que d'un tiers, il est bien probable que la surface est en grande partie liquide. Qui sait? Les habitants de Jupiter appartiennent peut-être tous à la faune marine. ^

On sait moins encore sUr Saturne, et sur les conditions physiquegq^ii. peuvent favoriser ou non la vie à sa s.urf$ice. D'Uranus et de Neptune, on ne connaît rien que certains éléments tels que la densité, là pesanteur à la surface. On en est donc réduit aux pures conjectures, et si l'on parle de leurs habitants, c'est simplement parce qu'on supposé qu'en leur qualité de planètes, elles doiveni être semblables en quelque point à la planète qui nous sert de demeure. Il y a gros à parier que, dans cette hypothèse même, la ressemblance est bien faible, la constitution physique de la Terre étant, sous bien des rapports, singulièrement différente de celles des grosses planètes.

Pour ne relever qu'une seule différence^ mais qui a une importance très grande dans les phénomènes de la vie, faisons observer

que la durée de Tannée est considérable sur les quatre grosses planètes. Elle vaut 12 fois la nôtre sur Jupiter, 29 fois sur Saturne, 84 fois sur IJranus, 165 fois sur Neptune. La succession des saisons s'y accomplit donc avec une lenteur croissante, qui contraste précisément avec la rapidité de succession des jours et des nuits. Enfin, à (nesure que la durée de Tannée augmente, il en est de même de la distance, et par conséquent Tintensité des radiations solaires, ces facteurs de la vie organique, va en diminuant progressivement. Sur Neptune, elle n'est plus qu'une faible fraction de la même intensité à la surface de la Terre, à peine la 900* partie. Jupiter est mieux partagé : néanmoins la lumière et la chaleur solaires y sont déjà 25 fois moins intenses qu'à la surface de notre globe. Il faut faire remarquer que ces nombres se rapportent aux radiations reçues aux limites extérieures des atmosphères; mais on ne peut rien dire de ce qu'elles deviennent après leur absorption parles couches atmosphériques.

Si, du groupe des grosses planètes, nous passons aux deux planètes moyennes plus

rapprochées du Soleil que la Terre, Tobservation directe ne nous instruit pas davantage sur les conditions favorables ou défavorables à la vie où peuvent se trouver leurs surfaces. C'est à grand'peine que les astronomes ont pu constater Texislence de quelques taches permanentes assez précises pour déterminer les durées de rotation de Mercure et de Vénus. Jusqu'à ces dernières années, on admettait pour ces durées des nombres sensiblement égaux à la durée de la rotation de la Terre. Or, nous avons vu que les récents travaux de Schiaparelli sur cette question indiquent une rotation beaucoup plus lente pour chacun de ces corps : Mercure tournerait sur son axe en 88 jours, c'est-à-dire dans le même temps qu'il met à effectuer sa révolution autour du Soleil. Ce serait un cas singulier analogue à celui de la Lune et de quelques autres satellites qui, dans le cours de leurs révolutions autour de la planète principale, tournent toujours vers celle-ci la même face.

Vénus serait dans le même cas, de sorte que sa rotation s'effectuerait en 225 jours.

Si ces résullals, qui ont besoia d'êlre confirmés, sont bien conformes à la réalité, il est aisé de comprendre en quoi ils modifient ridée qu'on pouvait se faire de la constitution physique des deux planèles. Avec les durées de rotation admisesjusqu*àces derniers temps, de 24 heures pour Mercure, de 23 heures 21 minutes pour Vénus, les phénomènes des jours et des nuits, dans le cours de l'année de chaque planète, se déroulaient à peu près les mêmes que sur la Terre, aux chiffres près. Les saisons ne différaient que par leur plus grande brièveté, et les contrastes des climats se trouvaient seulement plus accentués par le fait de la plus forte inclinaison des axes et de Tiniensité notablement plus grande des radiations solaires.

Dans Thypothèse de l'égalité entre les durées de rotation et de révolution, il en irait tout autrement. Tandis que l'hémisphère tourné vers le Soleil aurait un jour perpétuel ^ l'hémisphère opposé serait constamment dans la nuit. Sans parler des mouvements de libration qui atténueraient un peu ces conséquences pour les régions limitrophes des

deux hémisphères, on voit combien se trouveraient modifiées les conditions climalériques des régions de Vénus et de Mercure soumises ainsi aux rigueurs extrêmes de la chaleur et du froid. La vie, dans ces conditions, y seraitelle possible? Cela nous paraît tout au moins douteux. D'un autre côté, il faut se rappeler que, selon les hypothèses cosmogoniques admises, Vénus et Mercure sont toutes deux de formation plus récente que la Terre. Dès lors, il est naturel de penser que leurs globes en sont encore à des phases de développement géologique plus rapprochées de Télat de fusion; si Vénus, par exemple, se trouve aujourd'hui à l'époque secondaire. Mercure sort peutêtre à peine de celle qui a vu se former les premiers dépôts. Dès lors, les premières ébauches de la vie organique sont sans doute tout ce que ces planètes pourraient offrir à qui aurait la faculté d'en explorer la surface. Pour achever de passer en revue tous les corps du monde solaire, il faudrait parler des petites planètes, si l'observation avait pu fournir quelques données, ce qui n'est pas.

Enfin il y aurait lieu de mentionner les co-

mëies qui passaient encore, au siècle dernier , pour des astres susceptibles de porter des habitants. Aujourd'hui, il n*est pas un astronome qui émettrait le moindre doute sur ce point. Tout ce qu'on sait de la constitution physique des comètes, de leur faible masse, de leur extrême rareté, des phénomènes de transformation incessante qu'ont présenté leurs noyaux et enfin de l'identité très probable de la matière dont elles sont formées avec les essaims de corpuscules météoriques, s'oppose à la pensée que ces corps puissent être peuplés d'êtres vivants.

En résumé, la science n'est en étal de fournir, sur cette intéressante question de l'existence de la vie organisée dans les astres, que des renseignements très vagues. Tout se réduit à énumérer celles des conditions favorables qui paraissent réalisées dans quelques planètes, dans Mars par exemple. Toutes les conclusions qu'on peut tirer de l'examen des faits, c'est l'analogie qui les dicte et les formule. C'est l'analogie qui nous porte à regarder les étoiles comme des foyers envoyant leurs radiations à des corps secondaires sem-

blables aux planètes de notre système, et c'est elle encore qui nous suggère la pensée que, sur tant de millions, de milliards d'astres pareils, la Terre n'est pas la seule planète portant la vie à la surface. Il me semble bien évident qu'une telle probabilité équivaut à la certitude.

Et alors, on ne peut s'empêcher de faire la remarque que voici : si la vie est répandue à profusion dans l'Univers, au sein de ces agglomérations stellaires innombrables qui brillent dans le ciel de nos nuits, elle est précisément absente dans les étoiles, c'est-à-dire dans les astres qui, par leurs radiations, la rendent possible, et elle réside au contraire dans les astres invisibles, dans cette population d'astres obscurs dont les mouvements sont réglés par les premiers.

Si le problème de l'existence actuelle de la vie dans les astres est encore enveloppé de tant d'obscurité, que dire de cet autre, qui s'impose comme le premier, aux méditations du philosophe, et aux recherches de l'homme de science : de P origine de la vie dans les astres?^ Là tout est mystère.

26i AUTRES MONDES.

A l'origine, chaque système stellaire s'est présenté, nous l'avons vu plus haut, sous la forme d'une nébulosité indistincte, au sein de laquelle ont pris naissance des noyaux où la matière nébuleuse condensée a fmi par donner naissance à des étoiles. Pendant toute la durée de cet état embryonnaire, on ne conçoit pas qu'aucun germe, aucune cellule, aucun être ayant vie, ait pu subsister. Ce n'est qu'après de longues périodes où la matière primitive a subi des transformations physico-chimiques profondes, où elle s'est progressivement refroidie par son rayonnement extérieur, que les organismes les plus rudimentaires ont pu faire leur apparition.

Comment cette apparition s'est-elle produite? A cette question, nul encore n a pu répondre ; la science est muette et sans doute le sera longtemps encore. En faisant intervenir la volonté divine, ne l'oublions pas, on fait un acte de foi, que les uns peuvent admettre, que les autres peuvent rejeter, mais auquel la science reste nécessairement étrangère. D'autres ont parlé de génération spon-

lanée, mais la solution n'est pas plus scientifique que la précédente, puisqu'il faudrait, par voie d'expérience, prouver la possibilité d'un pareil mode de génération, et indiquer les conditions précises de sa production. Or jusqu'ici toute vie a eu pour génératrice un germe préexistant, et la génération spontanée reste une pure hypothèse sans base expérimentale.

La question reste donc entière. Un moment est arrivé, dans l'évolution de notre nébuleuse, où les corps nés des condensations successives de la matière, cessant d'être incandescents, ont vu la température de leur surface s'abaisser assez pour que les premières cellules organiques pussent s'y développer et vivre. Mais dans quelles conditions se sont formées ces cellules? Et si elles étaient étrangères au milieu, comment y ont-elles pénétré et d'où venaient-elles? Tant que la science ne saura pas répondre à ces questions que nous nous posons invinciblement, le secret de la Vie restera pour elle un mystère. Jusque-là, elle doit se contenter d'inscrire sur le livre de la Nature, où elle a déjà réussi à dé-

chiffrer tanl d'énigmes, ces paroles inscrites sur le frontispice du temple de Sais : Je suis ce qtd est, ce qui a été, ce qui sera^ et nul mortel n'a encore levé le voile qui me couvre.

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