‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 140 sur 232 · G UÉGLKS UE SON EMPLOI · texte numérisé non relu

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Or, c'est à l'aible dose, ou du moins lorsqu'il est lolérc, qu'il agit favorablement dans la goutte; il faut, en l'administrant, éviter les phénomènes inflammatoires du côté du tube digestif : d'ailleurs son action paraît être d'autant plus efficace, que les effets visibles {operatioe effecls) sont moins accentués.

Son action spécifique se manifeste par la disparition de la fluxion goutteuse et delà douleur qui l'accompagne; la résolution s'opère, comme par enchantement, au bout de huit à quatorze heures, Il est loin de posséder le même degré d'influence sur les autres inflammations, et sur les diverses formes du rhumatisme articulaire, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer.

Quel est donc son mode d'action ? Question jusqu'à présent insoluble. On a attribué les effets qu'il produit à l'élimination de l'acide urique; cette opinion, appuyée par Chélius, Maclagan et Gregory, est combattue par Garrod, Bocker et Hammond. L'opinion de ces derniers observateurs est fondée sur des analyses attentives de l'urine, qui ne paraissent laisser aucune prise à la critique.

On a invoqué son action sédative sur le système circulatoire ; mais là n'est point le secret, car il n'agit pas de la même façon dans les autres inflammations.

Il ne s'agit pas non plus de son action purgative; car la vertu spécifique peut se manifester sans aucune évacuation intestinale.

On ne saurait enfin s'appuyer sur sa puissance narcotique, car il présente encore ici un efi'et tout spécial à la goutte.

Quoi qu'il en soit, son efficacité est hors de question. Mais il faut envisager le revers de la médaille ; voyons donc quels sont les dangers qu'il présente.

Il est incontestable que lorsqu'il est imprudemment adminislré, des accidents fort graves peuvent en être la consé-

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qiience. Quelles sont les règles qui doivent présider à son emploi ?

1" La goutte est une maladie à rétrocession, comme nous l'avons établi plus haut. Si donc vous supprimez brusquement l'accès, des (roubles viscéraux peuvent se développer : mais on n'a aucun danger de ce genre à redouter lorsqu'on emploie de faible doses. D'ailleurs, on ne doit pas administrer le colchique immédiatement au début de l'accès (Halfort, Trousseau); on laisse s'écouler quelques jours avant d'en commencer l'usage. Enfin, on doit redouter son action irritante sur les voies digeslives ; c'est une raison de plus pour n'en prescrire que des doses minimes.

2" Non seulement il faut éviter les doses élevées, mais encore, il importe de suspendre à temps l'emploi du médicament; car chez certains individus, ses effets paraissent s'accumuler. On peut alors avoir à craindre l'impression brusque qui peut être produite sur le système nerveux. Je serais disposé à croire que plusieurs cas dans lesquels la goutte a paru rétrocéder sous l'influence du colchique, et déterminer la mort sont des cas d'empoisonnement par cette substance (Potton).

3° 11 ne faut point habituer le malade à l'usage de ce médicament, car alors il est forcé d'en prendre des doses toujours croissantes. 11 y a des buveurs de colchique, comme des mangeurs d'opium et des ivrognes (ïodd.) Dans ces conditions, il se produit une modification plus ou moins profonde de l'organisme, et la goutte peut, sous cette influence, passer à Vétat alonique.

4" Le colchique ne doit pas être employé dans la goutte asthénique, mais on peut l'utiliser cependant dans certains paroxysmes de la goutte chronique. On l'accuse quelquefois de prolonger les accès; mais souvent, au contraire, il paraît abréger la durée du mal (Goupil, de Rennes).

278 MOYENS ACCIiSSOIRES

T)" l/ucLion du colchique doit (Hre [avorisée par un régime conveutible (diète, repos au lit) et par des adjuvants; tels sont les alcalins qui combattent la surcharge urique; il faut donner la préférence aux sels de potasse et de lithine. Enfin les purgatifs seront souvent employés avec fruit, mais il faut éviter les mercuriaux, dont l'expérience a montré les graves inconvénients.

Il est des cas où le colchique ne peut pas être employé. La médecine n'est point pour cela complètement désarmée : 11 existe d'autres moyens auquels on peut utilement recourir.

A l'intérieur, dans des accès aigus, on donne les narcotiques, surtout la jusquiame. On peut aussi prescrire l'opium, mais il a l'inconvénient de ralentir les sécrétions, ce qui peut entraver l'évolution régulière de la maladie. Il détermine aussi, chez certains sujets, des effets hors de toute proportion avec les doses employées : plusieurs fois j'ai vu ce médicament occasionner des phénomènes cérébraux inquiétants, et même provoquer, dans des cas d'affection rénale, l'apparition d'accidents urémiques. On devra surtout redouter les accidents de ce genre, lorsque la goutte est déjà ancienne et que les lésions du rein goutteux se sont déjà prononcées. Un fait remarquable de ce genre a été rapporté par Todd.

On peut administrer aussi, avec quelques chances de succès, le sulfate de quinine; mais son action est loin d'être aussi efficace dans la goutte que dans le rhumatisme aigu.

Dans les exacerbations de l'état chronique, le sulfate de quinine est encore utile. En dehors des accès, les douleurs plus ou moins permanentes dont les jointures peuvent être le siège seront quelquefois efficacement combattues par l'iodure de potassium et la teinture ammoniacale de gaïac (20 à 40 gouttes par jour).

A l'extérieur, pendant l'accès, on peut employer divers

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topiques. Oa a souvent fait des applications d'eau froide sur les jointures malades ; rien n'est plus apte à provoquer les rétrocessions, comme nous l'avons déjà montré.

On prescrivait autrefois les sangsues loco dolenti. Ce moyen est aujourd'hui abandonné, car on a remarqué qu'après son emploi, les jointures ne reprenaient que difficilement leur mobilité normale. Les narcotiques, au contraire, et surtout l'atropine, peuvent être appliqués, avec avantage sur la jointure malade.

Les vésicatoires sont souvent utiles, soit dans les cas aigus, soit dans les cas sub-aigus. Un petit vésicatoire, dont la dimension ne dépasse pas celle d'une pièce d'un franc, appliqué sur la jointure rouge et tuméfiée, agit souvent d'une manière efficace au milieu d'un paroxysme (Todd, Cartwright). J'ai quelquefois employé cette méthode avec de bons résultats.

Enfin, on a quelquefois employé des moxas. On peut citer, à cet égard, l'exemple du chanceHer William Temple, qui s'en appliquait lui-même, chaque fois qu'il avait un accès de goutte.

G. Traitement de rétat constitutionnel. — L'indication par excellence serait ici, non-seulement de modifier la crase du sang, mais encore d'empêcher la formation d'acide urique en excès. Ce serait là l'idéal du traitement ; mais comment le réaliser. On ne peut guère agir dans ce sens qu'en combattant la dyspepsie, en prévenant les excès, en condamnant le malade à une diète appropriée.

Mais une fois que l'acide urique est formé dans le sang, on peut combattre les effets qui résultent de sa présence en excès. On doit favoriser l'excrétion de ce produit par les reins, et les remèdes ont ici une action puissante ; on doit empêcher les dépôts d'urate de soude de se former dans les tissus, et lorsque ces dépôts existent déjà, on doit chercher à les dissoudre.

280 ALCALINS ; POTASSK, SOUDE

L'empirisme avait fait connaîLro un goupe d'agents qui répondent à ces indications longtemps avant que l'acide urique n'eût été découvert. Ces agents, ce sont les alcalins. Sous ce litre, on comprend :

1" Les alcalis (soude, potasse, litliine) et leurs carbonates. Ils ont une action marquée sur l'estomac pour en neutraliser l'acidité ;

2° Les sels organiques (citrates, tartrates, etc.) à hase alcaline ;

3° Les phosphates de soude et d'ammoniaque qui ont une réaction alcaline et une action spéciale sur l'excrétion uri- .naire.

On aurait tort de croire que tous les alcalins peuvent être indifféremment substitués les uns aux autres. Qu'on se rappelle à cet égard les expériences de MM. Cl. Bernard etGrandeau répétées plus tard par Guttmann (1). Ces observateurs ont constaté qu'un gramme de sel de potasse injecté dansles veines d'un chien de moyenne taille suffisait pour le tuer ; 20 centigrammes suffisaient pour tuer un lapin. Pour obtenir les mêmes effets avec un sel de soude, il fallait une dose au moins trois fois plus forte.

Voyons donc quelle est l'action spéciale de chacune de ces substances prises séparément, et pour commencer parles deux bases les plus habituellement employées, comparons entre elle la potasse et la soude.

Les sels de potasse ont une action diurétique dont la réalité a été bien démontrée par Mitscherhch. Celle des sels de soude n'est pas aussi marquée.

L'action dissolvante de la potasse sur l'acide urique est bien plus énergique que celle de la soude. On sait que l'urate de potasse est beaucoup plus soluble que celui de soude. D'ail-

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