‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 165 sur 232 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Douleur. \a\ douleur peut siéger exclusivement dans les jointures; mais, assez souvent, elle occupe en même temps le corps des membres ; et alors, elle paraît résider soit dans les extrémités osseuses, soit dans les muscles, soit dans les troncs nej-veux, ainsi que nous chercherons à le démontrer. La douleur articulaire est très variable dans son intensité ; au niveau des petites jointures, elle est souvent vive, superficielle, comparable à celle qu'excite une brûlure au premier degré, accompagnée de rougeur et de gonflement ; dans les grandes articulations, elle est habituellement sourde, profonde ; eUe consiste alors en une sorte d'engourdissement, et s'accompagne de gonflement diffus sans rougeur.

Lorsque l'envahissement successif d'un grand nombre de jointures a rapidement produit l'infirmité, la douleur articulaire a pu être incessante pendant plusieurs mois, plusieurs années, et disparaître ensuite presque complètement. Mais le plus ordinairement, elle persiste indéfiniment, tout en présentant des exacerbations et des rémissions, sous diverses influences, et à des époques que nous aurons à déterminer ; elle n'est pas mobile, elle nè paraît pas sous forme d'accès véritables et ne se transporte jamais rapidement d'une jointure à une autre.

Il est des cas où la douleur articulaire est à peine sensible, pendant tout le cours de la maladie, alors même que les déviations des membres se prononcent avec une rapidité extrême ; c'est ce qu'on peut voir dans l'observation suivante :

Observation L — Pas d'antécédenls héréditaires ni d'habitation humide. — Emotion vive suivie de la suppression des règles, et deux mois plus tard, du début des manifestations articulaires (17 ans). — Apparition rapide des rétractions musculaires. — Ténotomie : Amélioration. — Réapparition des rétractions mus-

culaires. — Caractères des déformations. — complète de douleurs articulaires.

Absence presque

La nommée Eulalie Rolin, âgée de trente-quatre ans, couturière (Salpètrière, bâtiment Saint-Jacques, rez-de-chaussée). — Les parents de cette femme n'ont jamais eu de douleurs articulaires ; elle n'a jamais habité d'endroit humide, et n'a jamais été exposée au froid. Elle a été réglée à l'âge de onze ans ; elle a toujours joui d'une bonne santé; elle est d'une forte constitution, plutôt sanguine que nerveuse ; elle n'a jamais eu d'attaques de nerfs. Elle avait dix-sept ans, et était dans ses règles, lorsqu'on vintlui annoncer que son père était mortsubitement. A la suite de l'émotion que lui causa cette nouvelle, ses règles, qui jusque-là coulaient fort régulièrement, se supprimèrent tout à coup, et elles ne reparurent, par la suite, qu'à l'âge de vingt-deux ans. Deux mois après la suppression des règles, les articulations métacarpo-phalangiennes des deux mains, et presque en même temps celles des genoux, deviennent rouges et un peu gonflées, mais sans douleur notable et sans fièvre. Presque immédiatement, comme dit la malade, les nerfs se retirent, et la rétraction symétrique des deux extrémités supérieures, d'abord, puis quelques mois après, la flexion forcée des genoux, se manifestent également, sans douleurs véritables, mais avec un sentiment de crampes se propageant le long des membres. Au bout de deux ou trois mois, pendant lesquels aucun désordre n'a été remarqué dans l'accomplissement des fonctions des viscères, E. Rolin était réduite à l'état d'infirmité où nous la voyons. Elle n'avait jamais suivi aucun traitement, lorsque M. Maisonneuve, aux soins duquel elle fut confiée, en 18-41, opéra la section des tendons des muscles postérieurs de la cuisse, et plaça ensuite les membres inférieurs dans un appareil. Trois mois après cette opération, les membres avaient pris à peu près leur longueur normale, et la malade commençait à marcher; mais bientôt la rétraction se manifesta de nouveau, aussi marquée que par le pass:'', Depuis ce temps, la uialade, complètement

3r)8 DOULEUR OSSEUSE ET MUSCULAIRE

incapable do se mouvoir, est entrée à. la Salpôtrière. Les épaules sont libres, les coudes et les poignets sont incomplètement ankylosés, les bras sont demi-fïéchis sur l'avant-bras ; les mains, qui sont dans une pronation complète, présentent l'attitude que nous désignerons sous le nom de l"'' type. Les jambes sont fléchies à angle presque droit sur les cuisses ; les articulations des genoux presque complètement ankylosées; les articulations des hanches sont libres, les articulations des cous-de-pied et des orteils sont complètement mobiles et n'ont jamais été atteintes. La malade ne peut marcher ; mais on la porte de son lit sur une chaise, où elle s'occupe toute la journée à travailler à l'aiguille, les deux pouces ayant conservé une mobilité suffisante pour le permettre. Elle jouit d'ailleurs, depuis qu'elle est infirme, d'une santé florissante, et n'a jamais éprouvé la plus petite incommodité.

Cette absence presque complète de la douleur articulaire doit être considérée comme un phénomène exceptionnel, et c'est la seule fois que nous l'ayons notée.

La douleur osseuse est profonde, térébrante, plus pénible que la douleur articulaire; elle arrache souvent des pleurs aux malades, qui indiquent quelquefois fort bien le trajet qu'elle suit le long des extrémités des os; elle est toujours plus intense la nuit que le jour ; elle n'existe guère que dans les cas où la maladie est depuis longtemps constituée. Nous avons cru remarquer que, chez certains malades, une percussion légère, exercée sur le corps des os, l'exagérait manifestement.

Douleur musculaire. La variété de la douleur qui paraît résider dans les muscles se montre ordinairement plus ou moins longtemps après l'apparition de la douleur des jointures; d'autres fois, au contraire, elle la suit de très près.

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