FRISSON
nous permettront de vous présenter quelques considérations sommaires sur les modifications que subit dans l'âge sénile la température pendant l'état fébrile aux différentes phases de son évolution, et de comparer, sous ce rapport, cet âge avec les autres périodes de la vie. Mais nous aurons surtout à cœur de vous montrer tout le parti qu'on peut tirer de la thermométrie dans la clinique des vieillards. Il est à peine nécessaire de rappeller ici que c'est sur la fièvre concomitante de la pneumonie lobaire que porteront surtout nos descriptions ; nous ferons allusion cependant plusieurs fois aux autres formes de l'état fébrile.
Les vieillards frissonnent peu, a dit Beau (1), et nous avons vu Gillette reproduire, à peu de chose près, la même opinion. Cette proposition est beaucoup trop absolue ; nous avons plus d'une fois constaté chez les vieillards des frissons violents et prolongés, au début d'une pneumonie, d'un érysipèle ou d'une fièvre synoque, affection très commune à la Salpêtrière, à certaines époques de Tannée. Ces frissons caractérisés par un tremblement convulsif, par la cyanose et l'algidité des membres, se montrent avec une intensité plus grande encore dans les. accès de fièvre intermittente symptomatique qui accompagnent si souvent les suppurations profondes, les phlébites viscérales, et ces inflammations des voies biliaires que la présence de calculs hépatiques détermine si volontiers dans l'âge sénile (2).
Et cependant, au milieu de tous ces phénomènes, à l'in-
1, Études clin, xuv les maladies des vieillards. iom-iyd\ de Beau, 1843, p. 292.
2. Si les coliques liépaliques sont peu communes à un âge avancé, il est au contraire très fréquent de voir des calculs, et surtout la {^ravelle inlrahépatiqiie, donner lieu chez les vieillards à des suppurations des unies biliaires. Cette lésion se traduit au dehors par une pèvre intermittente si/mptomatique, dans laquelle le début de chaque accès est remarqué par \m frisson violent :
30 CHALEUR DES l'AUTIES CENTRALES
sLanL mcine où la surface extérieure du corps oflre tous les indices d'un refroidissement considérable, la chaleur centrale se maintient à un degré très élevé ; la thermométrie axillaire, il est vrai, ne permet pas de constater toute l'intensité de cette réaction(l): mais dans le rectum, il existe une température de 40 à 41 degrés, ainsi que j'ai eu maintes fois l'occasion de le constater moi-même.
Cette brusque élévation de la température, au début des maladies, correspond assez exactement à ce que nous observons chez l'adulte, et, sous ce rapport du moins, le vieillard ne le cède en rien aux sujets d'un autre âge. Mais cette rapidité de l'invasion ne se rencontre que dans certaines maladies ; il en est d'autres oii la chaleur fébrile s'accroît d'une manière lente et graduelle; et, pour rester dans le domaine de la pathologie sénile, nous citerons comme exemples la broncho-pneumonie et la fièvre catarrhale. 11 est rare, d'ailleurs, dans les affections de ce dernier type, de voir la température s'élever au même degré que dans la pneumonie lobaire ; nous aurons bientôt l'occasion de le démontrer. Voyons maintenant quels sont les caractères de la réaction générale dans cette phlegmasie, que nous avons choisie pour type des affections fébriles de la vieillesse.
Le frisson a marqué le début de la maladie, qui suit, à partir de ce moment, une évolution régulière. C'est
dans rinlervalle, le Ihernionièlrc pcriiicl do consUiler qiril cxislo souveiil une apyrexic complète. La morl a lieu pi'esque loiijours à la suite de ces accidents. M. Cornil a publié, dans les Mém. de la Soc. de Bioloij. (1865) plusieurs cas de ce genre recueillis dans mon service. On sait (juc Monncrel avait déjà signalé l'cxistcuce d'une [ièvro à type rémittent ou intei'niittenl dans les aiïcctions du foie. (Arch. de méd., 1861.) 1. Il existe presque toujours, en pareil cas, une dill'érence de quelques frac-