TENDANCES MODERNES XVII
science s'est successivement enrichie d'un nombre immense de faits généraux ou partiels, qui constituent en définitive la seule médecine traditionnelle qui commande notre respect.
Nous pouvons borner là cette revue rapide. Les exemples que nous avons donnés suffisent pour nous permettre d'apprécier les ressources de la méthode d'observation appliquée à la médecine, alors même qu'elle se renferrue volontairement dans la sphère des phénomènes extérieurs de la maladie, . c'est-à-dire des symptômes.
Mais il est en même temps aisé de reconnaître qu'une pathologie ainsi privée de ses appuis naturels ne saurait aboutir, même entre les mains les plus habiles, qu'à un empirisme plus ou moins élevé. C'est là sans doute ce qui constitue au fond les assises communes de toute construction scienti- I fique, et l'on a même pu établir sur de tels fondements une médecine pratique, que rien n'empêche de parvenir à ^n certain degré de perfection. Mais l'œuvre reste inachevée, et l'esprit humain, poussé en avant par une force irrésistible, ne saurait s'arrêter en chemin.
Les efforts qu'il a tentés pour compléter sa tâche ont dû nécessairement rester stériles, aussi longtemps que l'anatomie et la physiologie n'étaient pas constituées. C'est ce qui doit nous rendre indulgents pour les systèmes qui se sont successivement élevés depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Mais enfin les temps sont venus, la réforme s'est accomplie, et l'on peut apprécier aujourd'hui les fruits qu'elle a portés et prévoir ceux qu'elle portera dans l'avenir.
Franchissant d'un seul bond un espace de deux mille ans, nous allons maintenant mettre les résultats de l'observation CiiARcoT. Œuv. conipl. T. va. Malad. des Vieillards.
XYlll ANATOMIK l'ATHOLOGIQUH
pure eu prosonce des travaux de l'esprit moderne, armé de tous les moyens d'investigation qu'il possède aujourd'hui. El pour rendre le contraste plus l'rappant, nous passerons sous silence les époques de transition, pour ne nous occuper que du mouvement scientifique qui appartient en propre au siècle oii nous vivons.
Plusieurs l'ois, sans doute, messieurs, vous avez entendu parler d'une anatomie pathologique nouvelle, qu'on oppose volontiers à l'anatomie pathologique ancienne. 11 convient de rechercher tout d'abord ce que signifient ces expressions.
Nous rencontrons ici un point d'histoire sur lequel je dois arrêter un instant votre attention ; c'est de l'histoire toute moderne, car il n'y a pas longtemps (pie l'anatomie pathologique s'est pour la première l'ois al'firmée comme discipline particulière. Un des premiers essais de systématisation qui aient fait loi, en France, date de 1812. L'exposé de la doctrine, son code, si l'on peut ainsi dire, se trouve consigné dans un des premiers articles du grand Dictionnaire des sciences médicales. Ce document, précieux à tant d'égards, est signé de deux noms illustres, Bayle et Laënnec.
Je voudrais essayer, messieurs, de caractériser en quelques mots cette anatomie pathologique première qui, pendant près d'un demi-siècle, a régné sans consteste.
Ses moyens d'investigation sont très-simples : elle prend le mot anatomie dans la rigueur étroite du sens étymologique et ne connaît encore que le scalpel.
Pour elle, les altérations des organes peuvent être déterminées seulement d'après, des changements survenus dans leurs rajoports, leur volume, leur consistance, leur densité, leur couleur, leur aspect général.
Il n'est pas possible, dans la règle, de chercher des ca-