DIAGNOSTIC
des symptômes du tabès spasmodique qui lui appartienne réellement en propre. La contracture permanente, précédée de parésie aussi bien que la trépidation peuvent en effet — comme en témoigne, par exemple, l'histoire de l'hystérie, — se produire sans qu'il existe aucune trace d'une lésion spinale, appréciable du moins par nos moyens d'investigation. Ces mêmes phénomènes, d'un autre côté, sont, vous le savez par nos précédentes études, l'accompagnement pour ainsi dire obligatoire de toutes les inflammations scléreuses de la moelle épinière, quelle qu'en soit l'origine, à la condition seulement qu'elles intéresseront le système des faisceaux latéraux dans une certaine étendue ; soit qu'il s'agisse de la forme insulaire ou, au contraire, de la forme fasciculée de la sclérose spinale. C'est pourquoi vous les voyez figurer dans la symptomatologie des affections très diverses où les faisceaux en question sont en cause : contractures hémiplégiques durables, consécutives à une lésion cérébrale en foyer, paralysie générale progressive, myélite partielle transverse primitive ou déterminée par compression, sclérose latérale amyoti-ophique, sclérose en plaques disséminées, etc. Dans le diagnostic du tabès spasmodique, ce seront donc bien moins les symptômes en eux-mêmes qu'il faudra considérer, que leur mode de répartition et d'évolution-, leur isolement surtout, d'où résulte la monotonie du tableau clinique si particulière à la maladie, devra être envisagé aussi comme un élément de premier ordre : car on peut dire qu'à moins de complication fortuite, toute affection spinale dans laquelle des troubles de la sensibilité ou de l'intelligence, des désordres fonctionnels de la vessie ou du rectum, des paralysigs des muscles moteurs oculaires, des lésions musculaires trophiques, etc., se montrent associés à la contracture, n'est pas le tabès dorsal spasmodique. Cela étant posé, je laisserai de côté certains états morbides, comme les contractures hysté-
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riquesi, par exemple, celles des hémiplégiques dont la distinction, dans l'espèce, n'offre pas de difficulté sérieuse, pour ne m'arrêter qu'aux affections qui pourraient égarer quelquefois un œil même exercé.
J'ai fait placer devant vous une femme nommée Seb..., âgée d'une quarantaine d'années, confinée au lit depuis deux ans, incapable qu'elle est devenue de marcher et même de se tenir debout : vous pouvez remarquer que ses membres inférieurs, auxquels il lui est impossible d'imprimer volontairement le moindre mouvement, ne sont pas flasques et inertes, comme cela a lieu dans certaines formes de paraplégie ; ils sont au contraire rigides dans l'extension et dans l'abduction ; on éprouve autant de résistance, lorsqu'on veut les fléchir, qu'on en éprouverait à les étendre s'ils avaient été, au préalable, placés dans la flexion. La trépidation s'y produit à volonté lorsque l'on redresse la pointe du pied et souvent elle survient spontanément, sous forme d'épilepsie spinale. J'ai connu cette malade pendant plusieurs années pouvant encore faire péniblement quelques pas dans la salle, s'appuyant sur les barreaux des lits ou poussant devant elle une chaise dont elle saisissait vigoureusement le dossier et qu'elle faisait glisser sur le parquet-, à chaque pas, le tronc se renversait fortement en arrière, inclinant, en même temps, successivement sur un côté, puis sur l'autre. En somme, la démarche était alors à peu près celle que j'essayais de caractériser tout à l'heure dans la description du tabès spasmodique. Si l'examen n'était pas poussé plus loin, vous pourriez croire qu'il s'agit ici d'un exemple de cette dernière affection. Pour vous détromper, il suffira d'insister sur quelques détails que révèle une observation moins superficielle.
1. Sur le diagnostic de la contracture hystérique, voir : Cliarcot. — Leçons sitr les maladies du système nerveux, t. I, pp. 346 et suivantes. — Bourneville et Voulet. — De la contracture hystérique, etc.
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Un jour, il y a huit ans de cela, après s'être beaucoup fatig-uée, elle resta, le corps étant en sueur, quelque temps placée dans un courant d'air très frais. Peu après, elle éprouva une sensation qu'elle compare à celle qu'aurait pu déterminer un courant d'eau glacée qu'on aurait fait couler le long de son dos. A cette sensation a succédé bientôt une douleur assez vive, accompagnée d'un sentiment de constriction et occupant a la fois le dos et les reins. Cette douleur, qui se répand sous forme de ceinture de chaque côté de la base du thorax, persiste encore aujourd'hui. En même temps sont survenus dans les membres inférieurs des picotements, des fourmillements. Il lui semble qu'ils sont parcourus tantôt par un courant d'eau très chaude, tantôt par un courant d'eau très froide, qu'ils sont enveloppés par moments dans des liens très fortement serrés -, ces phénomènes n'ont pas cessé d'exister depuis.
Quelques jours après l'apparition de ces troubles de la sensibilité est survenue la parésie, à laquelle se sont surajoutés bientôt la rigidité d'abord temporaire, puis permanente, la trépidation, les accès d'épilepsie spinale.
Actuellement, vous pouvez constater, comme nous l'avons fait maintes fois depuis cinq ans que la malade est admise dans l'hospice, l'existence d'une obnubilation très prononcée de la sensibilité dans ses divers modes, sur toute l'étendue des membres inférieurs et de l'abdomen. Quand on pince la peau sur un point quelconque des jambes ou des cuisses, ou lorsqu'on chatouille la plante des pieds, il se produit, en outre des secousses musculaires déterminées par action réflexe, les divers phénomènes de dysesthésîe sur lesquels j'ai appelé votre attention à propos des paraplégies consécutives à la compression lente de la moelle épinière^ J'ajouterai, pour compléter le tableau, que, dès l'origine, le besoin de la miction
1. Leçons sur les vialadiea du aysleme nerveux, t. II, p. 116.
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était devenu impérieux et voulait être promptement satisfait-, que, depuis plusieurs années, il est survenu de la parésie vésicale, nécessitant de temps à autre l'emploi du cathéter^ qu'enfin les urines sont habituellement fétides, troubles, et laissent constamment déposer un sédiment muco-purulent plus ou moins abondant.
Les divers symptômes qui viennent d'être passés en revue, leur mode de succession et d'enchaînement, tout, en un mot, concourt, vous l'avez compris, à établir que la lésion spinale dont notre malade est atteinte n'est autre que la myélite j transverse dorsale chronique avec dégénération scléreuse descendante consécutive des faisceaux latéraux. Il me paraît inutile d'insister pour faire ressortir que les troubles sensitifs variés, énumérés plus haut, que la parésie vésicale et l'émission d'urines muco-purulentes, doivent être comptés surtout parmi les symptômes propres à accentuer la démarcation entre cette forme de myélite et le tabès spasmodique.
Dans les cas où la myélite partielle se rattacherait à la compression lente de la moelle épinière, elle se caractériserait en outre, en l'absence même des déformations vertébrales, par l'existence de cq^ pseudo-névralgies dont je me suis appliqué dans le temps à faire ressortir l'importance clinique, et dont l'intérêt, dans la catégorie que nous envisageons, serait d'autant plus grand, que ces douleurs se manifestent déjà à titre de prodromes, avant même que les symptômes parétiques se soient dessinés ^
Si, au lieu de comprendre la moelle dans toute son épaisseur en travers, la lésion, quelle qu'elle soit, restait limitée à une moitié latérale du cordon nerveux, la symptomatologie s'accuserait, suivant le type hémiparaplégie spinale avec