‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 34 sur 213 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

De la compression lente de la moelle épinière. — Modifications anatomiques dans les cas qui se terminent par la guérison. — Symptômes. — Des pseudo-névralgies. — De la paraplégie douloureuse des cancéreux.

Sommaire. — Modifications anatomiques que subit la moelle au niveau du point comprimé. — Changements de forme ; ramollissement, induration. — Myélite interstitielle. — Scléroses consécutives ascendante et descendante. — Les fonctions peuvent se rétablir malgré l'existence de lésions profondes. — Régénération des tubes nerveux au niveau du point comprimé.

Des symptômes. — Symptômes extrinsèques, symptômes intrinsèques. — Anatomie topographique de la région vertébrale.

Des symptômes extrinsèques : pseudo-névralgies. — Des pseudo-névralgies dans les cas de tumeurs rachidiennes, de mal de Pott et dans le mal vertébral cancéreux.

Paralysie douloureuse des cancéreux. — Douleur ; ses caractères : paroxysmes. — Hyperesthésie tégumentaire. — [Eruption de zona sur le trajet des nerfs douloureux-; anesthésie cutanée circonscrite; atrophie et contracture musculaires partielles. — Déformation de la colonne vertébrale. — Difficultés du diagnostic dans certains cas : ostéomalacie, pachyméningite cervicale hypertrophique, irritation spinale, etc.

Messieurs,

Vous savez comment, dans la dernière séance, nous avons passé en revue les principales lésions organiques qui peuvent déterminer la compression lente de la moelle épinière. Actuellement, il nous faut étudier les effets que cette compression produit sur la texture de la moelle.

ALTÉRATIONS DE LA MOELLE y»

Il ne s'agit pas là, Messieurs, de phénomènes purement mécaniques -, la moelle réag-it à sa manière et s'enflamme tôt ou tard sous l'influence de la compression quelle qu'en soit d'ailleurs la cause. C'est là un fait qui, je l'espère, sera facilement mis hors de doute.

Examinons d'abord ce qui se passe sur la moelle épinière au niveau du point où elle est comprimée.

Il est possible que, dans les premiers temps, il n'y ait là qu'une compression simx)le, sans modification autre que celle qui résulte de la pression exercée sur les parties. C'est ce qui a eu lieu très certainement dans les deux cas suivants. Dans le premier^, rapporté par Ehrling, la compression était due à une luxation d'une vertèbre cervicale. lia réduction fut opérée et, au bout de huit jours, tous les symptômes de compression s'étaient dissipés. — Le second cas, communiqué par M. Brown-Séquard, concerne un individu qui était atteint de mal de Pott et chez lequel se manifestèrent tout à coup les symptômes de compression marqués par une paraplégie complète : l'application d'un appareil prothétique convenable fit disparaître en cinquante heures toute trace de paralysie. Dans ces deux cas, assez exceptionnels, d'ailleurs, la compression s'est opérée brusquement. Ils diffèrent, par conséquent, de ceux qui doivent nous occuper d'une manière spéciale.

Les nombreuses observations que nous avons faites avec M. Michaud, dans le courant des deux dernières années et relatives soit à des tumeurs, soit au mal de Pott, nous ont toujours montré, même à une époque voisine du début des accidents, une altération de texture plus ou moins profonde, en plus du changement de forme causé par la compression.

Page 1