‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1010 sur 1121 · DE JORDY, CAROLINE (MADAME DE NÉRIS · texte numérisé non relu

DE JORDY, CAROLINE (MADAME DE NÉRIS

Caroline entre en lisant. L'insipide promenade! ce parc est si grand et si triste; tout ce qu'on y lit est ennuyeux : ce sont pourtant des romans nouveaux.

de jordy. Me permettrez-vous, Madame, de vous présenter mes hommages ?

Caroline. C'est vous, monsieur de Jordy ; venez donc à mon secours: je ne sais que faire, que devenir, et vous m'abandonnez! cela n'est pas bien.

de jordy. Notre conversation d'hier soir, ces comptes de fermage avaient l'air de vous fatiguer tellement.

Caroline. C'est égal, je l'aime mieux • il n'y a rien de plus terrible que de s'ennuyer sans savoir pourquoi ; et au moins, quand vous êtes là, c'est un motif, un motif raisonnable.

de jordy, parcourant les papiers. Vous êtes bien bonne. Voici les différentes notes que je voulais vous soumettre.

Caroline. Est-ce bien long?

de jordy. Une ou deux petites heures seulement. (Lisant.) « Ferme d'Hauterive. Le fermier Simon n'a « payé, cette année, que six mille francs. » Mais, comme je l'ai augmenté d'un quart en sus...

Caroline. Vous l'avez augmenté! et pourquoi?.... Ha une si jolie fille; Marguerite, ma petite fermière, | qui ce matin m'apportait du lait, j de jordy. Ah! Marguerite, celle qui est brouillée avec Julien, son amoureux?..

Caroline. Marguerite est brouillée avec son amoureux!., je me charge d'arranger tout cela, de les raccommoder. Cela me fera une bonne matinée; c'est à vous que je le devrai. C'est plus amusant que je ne croyais, de parler d'affaires. Et puis, nous aurons ensuite une noce de village, un grand repas, un bal. La jarretière de la mariée, c'est gentil; et je sais quelqu'un qui va être heureux.

de jordy. Qui donc ?

Caroline. Edouard, mon filleul, qui aime tant la danse. Je vais lui écrire de venir.

de jordy. Ce n'est pas la peine. Il est ici; il vient d'arriver.

Caroline. Sans ma permission?

de jordy. De ce matin : il est dans votre parc, le fusil à la main; et il a fait un carnage de lièvres et de faisans...

Caroline. Oh! quec'estméchant! Où estM. Edouard!.. I qu'il vienne tout de suites

, de jordy. Bah ! il est bien loin ; il est parti au grand ' galop, à travers vos plates-bandes de tulipes et de ca- I mélias.

' Caroline. Mes camélias !.. il serait possible !.. Je lui | aurais tout pardonné ; mais des camélias, des fleurs , superbesque jeréservais pour me faire une garniture! . . j car vous ne savez pas comme c'est joli, une garniture | de fleurs naturelles! surtout en camélias, en roses du i Japon, c'est charmant, c'est délicieux.

Air du vaudeville de la Lune de miel (musique de M. Heudier).

\ De l'innocence la plus pure

Elle est l'emblème virginal.

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