‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1049 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GEORGES, avec une petite table, près le bureau n° H 5 (.R1ARDET, en noir, avec une médaille, se promenant au bas de l'escalier du fond; ARMAND ; MA- DAME DE VERSAC, sortant du bureau à droite.

madame de versac Oui , mon cher Armand , Vous avez beau dire, je parlerai pour vous, et je réussirai.

ahmand. Je n'en doute point, ma jolie cousine; mais pourtant je vous prie de n'en rien faire.

madame de vERSAC. Eh ! pourquoi donc? Quand on ne demande pas pour soi on est bien hardi. L'entrée de votre ministère m'avait d'abord effrayée ; 6S3 grandes portes, ce concierge, ce (actionnaire. . Oit valÙadame? Que demande Madame? Votre suisse a un air rébarbatif! mais vos chefs de bureau, c'est bien diflïi eut ! Quel air gracieux ! quel ton prévenant ! comme le son de leur vo x s'adoucit quand ils vous oflVont le fauteuil obligé! c'est charmant de soliciter! je ne m'étonne plus si tant de gens s'en mêlent.

armand. Et voilà justement ce qui me désespère.

Air : Il me faudra quitter l'empire.

Qu'un intrigant vante ses artifices, Prône en tous lieux et son zèle et sa foi,

Loin de parler de mes services, Eux seuls ici doivent parler pour moi.

Oui, riionnête homme qu'on oublie, Loin de se plaindre et de solliciter, Met a servir son prince et sa patrie Le temps qu'un autre emploie à s'en vanter.

madame de versac . Entendons-nous cependant : c'est fort bien d'avoir du mérite , mais faut-il que le mérite parle.

Air : Le premier pas.

Il faut parler :

Le talent et le zèle A la faveur doivent se rappeler.

Du's protecteurs la mémoire est rebelle, Et, près des grands, comme auprès d'une belle,

Il faut parler.

Et si vous gardez le silence, le minisire ira-t-il deviner que vous êtes un officier distingué? que vous avez payé de votre personne sur le champ de bat tille? que depuis un an vous travaillez gratis dans ses bureaux?

armand. Quoi ! vous voulez que j'aille demander moimême?

madame de versac. Non, certes ; mais si je prends ce soin, qu'avez-vous à répondre?

armand. Je répondrai que ce n'est pas ie mi.iistre qu'il m'importe le plus de fléchir.

madame de versac. Que voulez-vous dire?

ARMAND

Air d'Agnès Sorel.

Il est une personne encore Qui peut bien plus pour mon bonheur!

Vous la connaissez, mais j'ignore

Si vous voudrez parler en ma laveur.

Loin de croire à la réussite, Tout espoir est pour moi perdu.

Depuis un an, hélas! je sollicite,

Et n'ai rien encore obtenu.

madame de versac. Comment ! vous sollicitez qnclque chose de moi? eh mais ! il l'ail iitd me parler, Je suis comme le ministre : je n'entends pas les gens qui se laiseid, et ne peux accorder ci; qu'on ne nie de-" mande pas.

armand. Pouvez-vous blâmer mon silence? Vousètcs riche, moi, sans état dans le mon le, sans place...

mad\me de versvc Raison de pl-is pour en avoir une. Votre chef m'a fait espérer aujour Phui une audience du ministre; et j'étais si empressée à venir, que je n'ai oublié qu'une chose, assez essentielle : c'est v itre pétition, que j'ai laissée sur ma toilette. Vous aviezraison, po if une solliciteuse, je n'ai pas une trop bonne tete. Mais il est encore de bonne heure, et je vais...

armand. Vous avez K; I lissez-passer pour rentrer? madame de versac Oh! j'ai toot ce qu'il faut.

Air : Bonsoir, noble dame (Comte Ory).

Pren z confiance.

Moi j'ai l'assurance Que ce projet-là Nous réussira.

ARMAND

Sans peine on défie Le sort et ses coups, Quand femme jolie Veille ainsi sur nous.

ENSEMBLE

MADAME DE VERSAC

Oui, c'est mou g iliie Qui veille sur vous.

ARMAND

Quand femme jolie Veille ainsi sur nous.

(Armand conduit madame de Versac.)

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