‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1090 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARVED, dormant. Mon oncle, embrassons-nous encore. MalTina!;... Marie!.... Marie! quel dommage! [Catherine entre en ce moment par la porte du fond.)

ARVED, CATHERINE.

arved, se réveillant brusquement. Qui va là?., qui vive?.. Soldats, à vos armes!.. Hein?., où suis-je?.. C'est toi, Catherine?., pardon...

Catherine. Que je suis fâchée de vous avoir éveillé!

arved. 11 n'y a pas de mal. Je me croyais surpris par les Autrichiens ou par les Russes. Combien donc ai-je dormi?

Catherine. Près de trois heures.

arved , se levant. C'est une nuit entière; mais on repose si bien dans le château de ses pères!

Air de Partie et revanche.

Oui, pour nous autres militaires, Dont chaque jour menace le destin,

11 n'est que des plaisirs précaires; Mais aujourd'hui, mon bonheur est certain,

Et je crois mènîe au lendemain.

Dans un bon lit la nuit s'achève, Sans qu'un houra trouble notre sommeil.

Pour des dangers, on n'en a plus qu'en rêve, Et le bonheur nous attend au réveil.

Catherine. Au moins, étiez-votis bien?

arved. Tu me demandes cela, à moi qui, depuis longtemps, n'avais pas d'autre chambre à coucher que le bivouac? je me'trouve ici clans un palais.

Catherine. Dame! c'est la plus belle chambre du château! c'est celle qu'occupait M. de Barentin; et, pendant qu'ils sont à la chasse, je l'ai déménagé pour vous y installer.

arved. J'en suis fâché.

Catherine. Et moi , j'en suis ravie. Qui donc sera bien logé, si ce n'est le fils de la maison? c'est aux étrangers à lui faire place.

arved. Tu aurais pu attendre, vu qu'il part demain.

Catherine. Dieu soit loué ! il part, et vous voilà! on a bien raison de dire qu'un bonheur n'arrive jamais seul. Aussi, j'étais venue pourvous dire... que... attendez donc... pourquoi étais-je venue? ah!.... d'abord, pourvous voir.., car je ne peux pas m'en lasser... et puis, pourvous donner cette lettre qu'on vient d'apporter... C'est charmant; depuis que nous avons ici un officier supérieur, les estafettes et les courriers se succèdent à chaque instant; le château a l'air d'un quartier général, sans compter qu'il faut donner à boire à tous ces gaillards-la, et que, pendant qu'ils boivent, je les fais causer de vous et de vos campagnes.

arved, pendant ce temps, a ouvert la lettre. Ah ! ce sont les renseignements que j'avais demandés sur M. de Barcnlin. [Usant.) « Mon général, nous con-

te naissons parfaitement le jeune compatriote dont « vous nous parlez. On le nommait autrefois Duha- « mel ; mais il est très-vrai qu'il avait près de Rouen, « à Barentin, une fabrique assez considérable, d'où il « aura pris probablement son nouveau nom. » (S'interrompant.) C'est la mode maintenant! et si ce n'est que cela, il n'y a pas grand mal. [Continuant la lecture de la lettre.) « C'est un excellent garçon. Sou père, « qui jouissait de l'estime générale, était un des pre- « miers confiseurs de Rouen. »

Catherine. 11 serait possible! lui qui nous donnait toujours à entendre qu'il était un grand seigneur déguisé à cause des événements politiques.

arved, lisant. « M. Duhamel le père laissa en mou- « rant vingt-cinq à trente mille livres de rentes, qu'il « avait mis quarante ans à amasser, et que son fils a « mangées en quelques années, d'une manière origi- « nale. Né avec une complexion assez délicate, les mé- « decins de Rouen ne lui avaient donné que cinq ou « six ans à vivre. Alors, et pour ne rien laisser après « lui, il s'était imposé, pour système financier, de dé- « penser cent mille francs par an. Mais à mesure que « sa fortune s'en allait, sa santé revenait; de sorte, « qu'au bout de sixans.il s'est trouvé guéri et ruiné; « et il n'a conservé de sa maladie que son goût pour « la dépense, qui, probablement, ne le quittera ja- « mais.

« Forcé de partir ensuite dans les gardes d'honneur, « il s'y est fort bien conduit, et était très-aimé du réce giment auquel il donnait tous les jours à dîner. « En un mot, mon général, c'est ce que les pères de « famille appellent un mauvais sujet , et ce que, nous « autres militaires, appelons un bon enfant. Tels sont, ce mon général, les renseignements que nous avons « l'honneur de vous faire passer à son avantage, etc. » [Il ferme la lettre.)

Ils sont jolis! Un mauvais sujet, un dissipateur, qui cherche à refaire ses affaires par un bon mariage, et qui mangerait la fortune de sa femme, comme il a cléjà mangé la sienne. Du reste, cela ne me regarde pas; c'est à mon oncle d'en juger : tu lui remettras cette lettre.

Catherine. Et avec plaisir; Monsieur qui ne voulait jamais me croire, quand je lui répétais... Mais, puisqu'il s'en va, je n'en dirai pas davantage; je suis trop heureuse aujourd'hui pour en vouloir à personne. Adieu, monsieur le général; adieu, mon fils Arved.

arved. Adieu, ma bonne nourrice. (Catherine sort par la droite.)

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