SCÈNE VIII
Les précédents; MARIE, entrant par la droite; BARENTIN, rentrant par la gauche.
dubreuil, à Marie. Qu'est-ce que tu viens faire ici?
marie, tristement. Je venais vous avertir...
dubreuil. Eh tuais! tu as les yeux rouges.
marie, les essuyant vivement. Moi, mon oncle, au contraire... je venais vous avertir que voilà du monde qui arrive au salon.
barentin. C'est pour cela que je venais...
marie. Et puis votre commis qui attend vos ordres pour partir.
dubreuil. C'est vrai; mais plus tard, car cette pe* tite fiile vient nous déranger au moment le plus intéressant, quand j'allais apprendre un secret que ma fille a déjà assez de peine à m'avouer.
marie. Si ce n'est que cela, mon oncle, je crois que je connais ce secret.
malvina et barentin. 0 ciel !
marie. Et je puis lui éviter la peine de vous le dire. (A Malvina.) Aussi bien, cousine, c'est te rendre service.
malvina. Je me meurs !
dubreuil, à Marie. Eh bien donc ! parle vite.
marie. Eh bien! mon oncle, c'est que Malvina, qui ce matin vous avait résisté, qui s'était opposée à vos volontés, ne sait comment faire pour vous avouer qu'elle aime mon cousin Arved.
malvina. Que dis-tu?
barentin, à part. Qu'entends-je!
dubreuil, embrassant Malvina. Mon enfant! ma chère enfant ! c'est là ce secret que tu craignais de m'avouer, ce secret qui me comble de joie.
malvina, à Barentin. Non, Monsieur; (A Dubreuil.) non, mon père, ne la croyez pas; elle s'abuse ellemême.
marie, tristement. Oh ! je le sais, je l'ai vu, j'en ai la preuve.
dubreuil, avec joie. C'est cela; nous la tenons! nous en avons des preuves ! (A Marie.) Tu en as, n'estil pas vrai ?
marie Oui. Tout à l'heure, en revenant de la chasse, elle est entrée au salon, et, sans s'apercevoir seulement que j'y étais, elle a regardé le portrait d' Arved, avec une expression... et en portant la main là !.. Si ce ne sont pas des preuves...
malvina. De mon amitié pour lui.
dubreuil. A d'autres. (A Barentin.) Nous n'en croyons pas un mot, n'est-il pas vrai? {A Malvina.) Et maintenant, tu auras beau dire et beau faire... (Se retournant, et voyant Arved qui entre.)