‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1098 sur 1121 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DUBREUIL, assis près de la porte à droite, et lisantla lettre qu'il tenait en entrant; ARVED, MALVINA.

malvina, s'approcliant d' Arved, et à voix basse. Tout est perdu : il croit que je vous aime et veut nous marier ; c'est fait de moi.

arved. Du courage; je viens à votre secours.

malvina, de même. 11 faut tout déclarer.

arved. Oui, mais je le vois si heureux, que je ne sais comment le préparer à une nouvelle qui peut lui donner le coup delà mort. (Dubreuil reconduit Marie jusqu'à la porte ; Marie sort et Dubreuil vient auprès d' Arved.)

dubreuil, d'un air riant. Eh bien! mon cher ami, je n'ai pas voulu te troubler dans ta conférence avec Marie; car il paraît que vous avez aussi des secrets

arved. Oui... oui, mon oncle.

dubreuil, de même. Qui, peut-être, ont rapport à cette lettre que tu m'as envoyée par Catherine, que je relisais là avec attention. Eh mais, tu parais inquiet, embarrassé.

arved. Je le suis en effet; car Malvina et moi sommes chargés tous les deux f implorer votre bonté,

MALVINA

Type .1 ■ lUttrna,

votre clémence en faveur d'une personne qui fut bien coupable s;ms doute...

malvina. Oh ! oui, plus coupable que je ne peux le dire.

dubreuil, passant entre eux deux. Eh mais ! mes enfants, qu'est-ce que c'est donc? voilà que vous m'effrayez... et ce que Mûrie te disait tout à l'heure... estce que ce serait d'elle qu'il s'agirait?

arved, hésitant. Mais... peut-être bien. (Malvina fuit un mouvement de surprise; Arved lui fait signe de se contenir, et parlant à Dubreuil:) Vous me pariiez ce matin de ma cousine Marie, et des soins que l'année dernière, que cette année encore, M. de Barentin avait l'air de lui rendre?

DUBREUIL. C'est vrai.

arved. Eh bien ! que diriez-vous si si elle l'aimait?

dubreuil. Ce que je dirais ? je dirais : Tant pis pour elle, parce qu'elle ne l'épousera pa^, parce que jamais je ne consentirai à ce mariage.

arved. El si, prévoyant vus refus, et n'osant bra-

ver votre colère... si, en un mot, sa jeunesse, son inexpérience...

dubreuil. Que dis-tu?

arved. Si elle s'était engagée à lui par des nœuds solennels...

dubreuil. Ce n'est pas possible; vous vous abusez.

arved. Non, mon oncle, c'est la vérité; ils sont unis, mariés secrètement.

dubreuil, furieux. Un mariage secret!

malvina, suppliant. Mon père!

dubreuil. Non, tu essaierais en vain de la défendre; nos lois ne reconnaissent pas de pareils mariages; il est nul, il sera rompu : j'en ai le droit.

arved. Je le sais; mais vous ne voudrez pas en user, pour son honneur, pour celui de votre famille; car enfin, mon oncle, elle est à lui, elle lui appartient, elle est sa femme.

dubreuil. Il est donc vrai?

arved. Et vous ne voudriez pas réduire au désespoir une personne que vousaimez, que nous aimons tous... quand, d'un seul mot, vous pouvez la rendre heureuse.

MALVINA

G 5 tau '. — , =

MALViNi, courant à lui. Ali 1 vous êtes la? — ,\cte 2, scciu 4.

dubreuil. Heureuse ! mais c'est ce qui le trompe, elle ne le sera jamais.

malvina. Que dites-vous?

dubreuil. Quand cette passiorï*qui l'aveugle, quand ses premières illusions seront dissipées, et ce ne sera pas long, elle pleurera elle-même sur son imprudence, et se repentira du choix qu'elle a fait.

malvina. Et pourquoi donc? A la fortune près, que pourrait-on y blâmer ? n'cst-il pas d'une honnête naissance, d'une famille distinguée?

- dubreuil. Oui, le fils d'un confiseur.

malvina. 0 ciel! ce n'est pas possible!

dubreuil, montrant la lettre qu'il tient. J'ai là ses titres et ses parchemins.

arved. Eh! qu'importe? le fils d'un honnête négociant n'en vaut-il pas un autre? Et après tout, mon oncle, qui sommes-nous? N'est-ce pas aussi dans le commerce que notre famille s'est enrichie?

dubreuil. Oui; mais moi j'en suis fier, je m'en vante.

A.IR du vaudeville de Partie carrèu.

De père en fils, quand on a l'avantage.

Et l'honneur d'être commerçant, On ne va pas d'un noble personnage Prendre le nom et le déguisement!

Oui, quelque état que le sort nous désigne, On en est lier alors qu'on l'ennoblit; Mais je me dis qu'on n'en est jamais digne Sitôt qu'on en rougit.

Et ces grands malheurs, ces persécutions dont il se vantait... Lui! persécuté! et par qui? par ses créanciers.

malvina. -Grands dieux!

dubreuil. Un prodigue! un dissipateur ! un mauvais sujet!

arved, voulant l'arrêter. Mon oncle, je vous en supplie...

malvina. Mon père !

dubreuil, à Malvina. Oui, ma chèrt enfant, c'est comme je te le dis, j'en ai les preuves! et voilà pourtant comme, avec de grandes phrases et une feinte passion, une jeune personne se laisse séduire. Ojeu-

t.AG.NV — Imprimerie àu Vialat ei Cio. — Si» 4 —

nesse imprudente! quand vos parents, quand un père lui-même, malgré toutes les recherches, toutes les précautions, tous les soins de la tendresse la plus vive, peut encore se tromper sur le choix d'un gendre, vous, n'écoutant que les rêves de votre imagination, vous jouez ainsi au hasard votre bonheur et l'espoir de voire vie entière.

arved, cherchant toujours à l'arrêter. Mon oncle! et quels que soient ses torts, me refuserez-vous la première grâce que je vous demande?

dubreuil. Tu le veux, mon fils? puis-je rien refuser à toi, à ma fille, à vous qui êtes mes enfants; vous, qui devez faire ma joie et ma consolation?

akved. Grand Dieu!

dubreuil. Parle, mon ami; guide-moi, dis-moi ce qu'il faut faire : je suivrai tes conseils.

arved. Eh bien! à votre place, j'écrirais d'abord à M. de Barentin.

dubreuil. Lui écrire ! (Se mettant à la table à droite.) M'y voici : dicte toi-même; j'écris.

arved, dictant. « Monsieur, vous avez de grands « torts envers moi : je vous les pardonne. »

dubreuil. Lui pardonner !

malvina, supplia?it. Mon père !

dubreuil. Allons, tu le veux aussi; le mot est écrit.

arved, dictant. « Je vous les pardonne, si vous ren- « dez heureuse celle à qui votre sort est uni. »

dubreuil. Après?

arved. Voilà tout. (Regardant Malvina.) N'est-il pas vrai ?

dubreuil. Et je signe : « Votre oncle. »

arved, l'arrêtant. Non; je ne signerais pas ce mot-là.

dubreuil. Et pourquoi?

arved. Ah! c'est que... Silence! c'est Marie.

malvina, à part. C'est fait de moi.

arved, à Dubreuil, qui s'avance vers Marie, et qu'il s'efforce d'arrêter. Ne lui parlez pas encore; que devant elle, il ne soit question derien, je vous en conjure.

dubreuil. Pour quelles raisons?

arved. Vous le saurez : venez, passons dans votre cabinet. (Il va à Marie ; Malvina passe auprès de son père.)

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