SCÈNE VII, DE GUIBERT, HERMINIE, RAYMOND
RAYMOND, qui est entré en lisant un papier, lève les yeux et aperçoit Herminie et Guibert. Ah ! bonjour, ma petite sœur! [Donnant lamain à Guibert.) Bonjour, mon cher Guibert.
herminie. Vous avez fait un bon voyage?
Raymond. Excellent!
herminie. J'en suis ravie, et je le suis, surtout, de vous voir!., vous savez qu'il y a longtemps que je ne vous ai rien demandé...
raymond. Je le crois bien... j'arrive!..
herminie. Aussi, j'ai deux pétitions à vous adresser!., ça vous étonne?
raymond, souriant. Non, parbleu!., ce qui m'étonnerait, ce serait si tu n'en avais pas !..
herminie. La première... mais je vous préviens d'abord qu'elle ne compte pas... c'est pour un ami... une personne de cette ville... M. Coquenet!
raymond. Coquenet!.. justement... {Montrant le papier qu'il tient à la main.) J'étais à lire sa pétition... une pétition qui m'a été remise au moment de mon arrivée !..
herminie. 11 demande la place de receveur.
raymond, montrant la pétition. Je le vois bien!
de guibert. Que sollicite aussi un M. Rabourdin, mais Coquenet est notre ami...
herminie. Un ami intime...
raymond, avec intention. Que tu connais... tu es sûre de le connaître?..
herminie. Pas beaucoup!., mais mon mari...
raymond. Tu me permettras alors d'attendre de plus amples informations... car quelqu'un de ce pays .. quelqu'un tout à fait désintéressé dans la question, m'a fait sur lui un rapport très-défavorable...
herminie. Quelque envieux!..
r.wmond. Il n'en avait pas l'air; quoique paraissant le connaître mieux que personne, il y a mis une discrétion... enfin, comme je te l'ai dit... je m'informerai, et saurai qui de vous deux a raison... voyons maintenant ta demande principale!..
herminie. Ne l'avez-vous pas devinée... le peu de mots que vous a dits mon mari... la tendresse que j'ai pour lui... et que vous prenez pour de l'ambition...
raymond. Je comprends... c'est toi qui lui as donné ces idées de pouvoir.
herminie, avec câlinerie. Eh bien! oui... toute ma joie, tout mon orgueil, seraient de le voir votre collègue...
raymond, imitant son ton. Eh bien! non... ce n'est pas possible...
herminie. Et pourquoi donc?., il est capable ou il ne l'est pas?
raymond. C'est évident ! voyons le dilemme ?
herminie. S'il est capable... faites-le nommer...
raymond. C'est juste... et s'il ne l'est pas?..
herminie, vivement. Raison de plus... car vous l'êtes, vous!., et vous ordonnera, vous gouvernerez sous son nom... tout n'en ira que mieux... il y aura enfin unité dans le gouvernement...
raymond. Le raisonnement est supérieur, et je n'ai rien à y répondre, qu'un seul mot : non.
herminie, avec colère. Vous osez dire : non !..
Raymond, froidement. Je l'ose, et je t'engage même à ne plus m'en parler... et à n'y plus penser.
herminie. Moi, j'y penserai toujours... je vous en parlerai
sans cesse, et il faudra bien que vous cédiez, ou je dirai par tout de vous un mal affreux...
raymond. Permis à toi... et tu trouveras de l'écho... il ne manquera pas de monde pour faire ta partie...
herminie. Ils font bien... ils ont raison... je suis de leur avis... c'est indigne de traiter ainsi une sœur qui vous aime...
de guibert. Il est de fait, mon beau-frère, que vos procédés envers nous...
raymond. Et toi aussi... qui t'en mêles?., c'est charmant d'être ministre... on vous accuse de tout immoler à votre famille, et votre famille se plaint qu'on la sacrifie...
herminie. Ah! j'aurais plus de pouvoir, plus de crédit sur vous, si au lieu d'être sœur... j'étais votre pupille... (De Guibert lui fait signe de se taire.)
raymond. Sans contredit; car si tu étais Cécile, tu ne demanderais que des choses raisonnables.
herminie. Raisonnables ou non, je serais sûre de les obtenir...
de guibert, à demi-voix. Ma femme, au nom du ciel... (Haut, et pour interrompre la conversation.) Voici toute la société des bains qui se rend au salon, car tous les soirs or fait de la musique.