‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 152 sur 1121 · RAYMOND · texte numérisé non relu

RAYMOND

Et voilà justement comme on écrit l'histoire !

Croyez donc, après cela, aux récits des grandes batailles... Du re^te, après la guerre... la paix!., elle vient d'être signée... M. de Saint-André et moi avons donné à Lucien des raisons si claires, si évidentes, si positives... que celui-ci a Sendii la main à son adversaire...

coquenet. En vérité... (Il va s'asseoir près de la table à gauche, et y reste à lire les journaux jusqu'à la fin de la scène.)

Raymond, à Cécile. Maintenant... comme je te l'avais promis... plus de soupçons... ils sont tous dissipés... Lucien va venir réclamer de toi cette main qui lui appartient... pour laquelle il a combattu... et tout à l'heure, à table, devant noire brillante société de Dieppe et de Paris, nous annoncerons officiellement votre mariage...

Cécile, avec embarras. Non... non... Monsieur,je vous prie!

raymond. Qu'est-ce à dire?

Cécile. Je suis heureuse... que M. Lucien me rende juslice... quelque tardive qu'elle soit... Mais celui qui a pu me soupçonner... m'accuser...

raymond. Allons, allons... nous sommes tous sujets à l'erreur... et par son caractère... lui, plus qu'un autre peutêtre!.. Mais n'oublie pas que même te croyant coupable, il t'aimait toujours, te défendait et se battait pour toi !.. moyen qui devait te compromettre plus encore, mais qui, enfin, est une preuve, sinon de sa raison, au moins de sa tendresse.

Cécile. Oui, Monsieur... mais hier encore, vous m'avez laissée libre de mon choix...

raymond. Hier, sans doute, sur un mot de toi, j'aurais tout rompu. Mais aujourd'hui, mon enfant, ce n'est plus possible... l'éclat de ce duel, les bruits qui l'ont précédé.., ont rendu ce mariage nécessaire... indispensable... et pour toi, Cécile, pour ton honneur... je te le demande... je t'en supplie, au nom de la raison... au nom de l'amitié...

Cécile, hésitant. Ah! Monsieur...

haymond. Ton père m'a remis ses droits... tu le sais... et s'il était là... il te dirait lui-même : « Il le faut, ma fille, je l'exige! »

Cécile , à demi-voix, à madame de Savenay. Vous l'entendez, Madame!., vous avais-je.dit la vérité?..

madame de savenay, à Raymond. Mais cependant, Monsieur, s'il était des obstacles...

cixiLE, vivement et à voix basse, a madame de Savenay. Silence... au nom du ciel!.. (Haut.) Dès que vous le voulez, Monsieur... et quoi qu'il m'en coûte... j'obéirai... je ne partirai pas. (A Coquenet.) Merci, Monsieur, de vos soins, de

yos bons offices... que je n'oublierai jamais. (A madame de Savenay.) Venez, Madame. (Elle sort, avec madame de Savenay, par la porte à droite.)

COQUENET, RAYMOND.

raymond, étonné. Elle vous remercie, Monsieur...

coquenet. De ce que j'ai pu faire pour elle et pour réparer des torts involontaires... Cela, je l'espère, balancera à vos yeux tout le mal que mes ennemis vous ont dit de moi !

raymond. Des ennemis ! . . monsieur Coquenet, vous n'en avez pas d'autres que vous-même! ( Lui remettant un papier.) Voici la pétition que j'avais reçue hier en arrivant...

coquenet, y jetant les yeux. Une des miennes!., est-il possible!

raymond. Sur laquelle vous m'avez donné votre avis!

coquenet, vivement. Vous êtes trop juste pour y ajouter foi!.. Il y a eu erreur ! il y a eu calomnie!..

raymond, souriant. Non, Monsieur, ce n'était malheureusement que de la médisance!., car tous les faits allégués contre vous, et par vous, sont de la plus grande exactitude !

coquenet, vivement. C'est par hasard!., c'est sans savoir ce que je faisais!..

raymond. Mais vous le saviez quand vous avez répandu dans toute la ville les bruits les plus injurieux contre votre rivaletvotre concurrent!., quand vous accusiezM. Rabourdin de dénonciations et d'intrigues auprès de moi!., et je ne l'avais pas même vu!.. Ah! me suis-je dit, il y a contre celui-ci injure et calomnie, ce doit être un honnête homme... et c'était vrai!.. Je sors de chez lui... il a la place!..

coquenet. Est-il possible?..

raymond. C'est à vous qu'il la doit, Monsieur.

coquenet, hors de lui. Mais, moi... je vous le jure...

raymond. 11 suffit!., laisseznnoi. (// passe à gauche, près de la table, et s'assied.)

coquenet, à part. C'est une machination infernale... (Frappant sur sa pétition qu'il tient à ta main.) Il y a là-dessous une intrigue que l'on saura... On saura tout... Je vous salue, Monsieur... et vous laisse... (A part.) Mais ça ne se passera pas ainsi; je vais tout raconter par la ville, et on connaîtra dès demain la vérité par le journal du département. (Il sort.)

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