‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 163 sur 1121 · GEORGE II, CÉCILE · texte numérisé non relu

GEORGE II, CÉCILE

Cécile, entrant, suivie par le roi. Non, sire, laissez-moi. george. Eh quoi ! lady Cécile, je ne puis obtenir un instant d'audience...

Cécile. Je ne le veux pas!., le comte de Sunderland, mon père, m'attend chez la reine !

george. Mais si je vous ordonne de rester... moi le roi! Cécile. Votre Majesté sait bien ce qui arrivera. georce. Vous me quitterez?

Cécile. A l'instant! c'est ainsi que mon illustre, aïeul, le duc de Marlborough , avait coutume de répondre à la menace. (Elle fait la révérence et va pour sortir.)

george. Cécile !.. Cécile!., je vous en supplie, ne me réduisez pas au désespoir et daignez m'entendre !

Cécile, avec humeur. Eh bien donc! que voulez-vous?

george. Ah! que vous connaissez bien votre pouvoir sur moi!., et que vous abusez étrangement de cet amour que rien ne peut vaincre, et que vos caprices, vos rigueurs ne font que redoubler encore! Un instant seulement, oubliant votre fierté. . . vous avez laissé tomber sur moi un regard de pitié...

Cécile, avec effroi. Ah! taisez-vous !

george. Et depuis ce moment .où je croyais avoir désarmé votre cœur, il semble au contraire que vous ayez redoublé pour moi de hauteur et de mépris. . il y a en vous je ne s us quel sentiment de dépit, de crainte, décolore .. quelquefois même on dirait de la haine!..

Cécile. C'est vrai !

george. Est-ce vous que j'entends?., grands dieux ! et que n'ai-je pas fait pour vous fléchir ou vous rassurer!.. Faut-il

L'AMBITIEUX

vous rappeler ici cette soumission, celte crainte de vous compromettre, ce respect que n'a jamais trahi le moindre mot ou le moindre regard ; enfin ce mystère impénétrable qui cache à tous les yeux un amour que vous seule connaissez et que vous dédaignez... un amour qui vous soumet ma volonté, mon pouvoir, mon existence tout entière?., que voulez-vous de plus?

Cécile. Je veux... je veux savoir pourquoi je suis si malheureuse !

george. Que dites-vous?

Cécile Je me faisais de la cour et de ses splendeurs une image enchanteresse... Élevée dans des souvenirs de gloire, des regrets d'ambition, près de la duchesse de Marlborough, mon aïeule; lui entendant parler sans cesse de ces temps brillants où, favorite de la reine Anne, elle disposait à son gré des destins de l'Angleterre et de ceux de l'Europe... ces idées de faveur et de puissance s'offraient sans cesse à mon esprit ; c'étaient là les seules illusions dont se berçait ma jeunesse ; et quand je fus présentée à la cour, lorsque Caroline d'Anspach voulut m'attacher à sa personne, je crus voir tous mes rêves se réaliser ; il me semblait que moi aussi j'allais régner à mon tour... et que j'allais devenir...

george. Favorite?

Cécile. Oui, de la reine! mais non pas du roi... et maintenant ce séjour si brillant... me déplaît, m'est insupportable ; tout y lait mon malheur!., tout, jusqu'aux bontés dont m'accable la reine... et je veux la quitter, je veux fuir la cour.

george. Ah ! c'est que votre âme froide et indifférente ne peut comprendre la mienne!., c'est que votre cœur insensible est incapable de rien aimer!

Cécile. .Moi ne rien aimer!

georgk. 0 ciel !.. me serais-je abusé? s'il était vrai... si quelque autre affection...

Cécile. Aucune... mais nesuis-je pas maîtresse de réclamer ma liberté, mon repos, mon bonheur?.. Quels droits aviezvous sur moi, sire, si ce n'est ceux que vous teniez de moimême... et que j'ai repris?

george. Ah! ne parlez pas ainsi, ne parlez pas de vous oublier. Plutôt que de renoncer à vous... il n'est rien dont je ne sois capable... il n'est pas de sacrifice que vous ne puissiez exiger.

Cécile. Je n'ai jusqu'à présent demandé qu'une chose à Votre Majesté, et l'événement m'a donné peu de confiance en mon crédit.

george. Une telle idée ne vient pas de vous, mais de ceux qui vous entourent... c'est votre père, c'est lord Carleret, c'est ce vieux lord Bolingbroke, ennemis irréconciliables de Walpole, qui tous le détestent et veulent le renverser; mais à vous, Cécile, qu'est-ce que cela peut vous faire?

Cécile. Cela fait... cela fait... que je le veux.

george. Vous ne pouvez vouloir me priver d'un ministre dont les talents me sont utiles... indispensables; et quand même je serais assez ingrat pour méconnaître son zèle et son dévouement, quand même je voudrais renoncer à ses services, je n'en suis pas le maître : il a dans les deux Chambres une majorité à lui.

Cécile. Oh! bien à lui... car il Fa achetée... et vous qui parliez à l'instant même de tout braver pour moi, vous tremblez devant votre ministre.

george. Non pas devant lui, mais devant une injustice... et c'en serait une.

Cécile. Soit ! tel est votre bon plaisir... et le mien, à moi, est de quitter la cour, ce que je ferai dès demain... dès aujourd'hui.

george. Non, vous ne partirez pas... vous ne vous ferez pas un jeu de ma douleur, et puisqu'il le faut, je vous promets, Céclie, je vous jure...

Cécile. De renvoyer Walpole?

george Non; mais deux fois déjà il m'a offert sa démission que j'ai refusée, et s'il m'en parle de nouveau... s'il me l'offre encore... je l'accepterai.

Cécile. Grand effort de courage !

george. Mais vous me promettez au moins...

Cécile. Je ne promets rien.

george. Ah! vous qui souvent me parlez de tyrannie... est-il possible de la pousser plus loin et de l'avouer plus franchement?

Cécile. C'est un avantage que j'ai sur vous... je suis, moi, pour le gouvernement absolu.

george. Mais encore pour quelles raisons?

Cécile. Ces gouvernements-là n'en donnent jamais; et je rappellerai seulement à Votre Majesté que voici l'heure de ses réceptions.

george. C'est vrai!., j'oublierais tout auprès d'elle... Je ne demande plus rien... Je m'en rapporte à votre clémence... àvotre générosité... Dites-vous seulement que j'attends, que je souffre et que je vous aime ! [Il sort.)

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