SCÈNE IV
NISUBOROUG, WALPOLE.
walpole, entrant par la porte à droite, d'un air rêveur, et tenant un cahier. Ce rapport qu'il vient de me remettre... et
L'AMBITIEUX
qu'en quelques litures il a écrit en entier de sa main... j'ai beau le relire... par saint George... c'est bien... c'est trèsbien ! il conclut pour la guerre... pour cette guerre d'Espagne qu'ils demandent tous, et dès demain le voilà populaire!., idole du prince... idole de la nation... et moi injurié, outragé... bien plus, oublié! cclacommence déjà!
neuboroug. Eh bien,- mon cber ami ?
w al pôle. Eh bien! cela va mal !.. J'ai attendu le roi dans son cabinet au retour de sa promenade... je lui ai fait part franchement, et dans son intérêt, de mes. nouvelles réflexions et de mes craintes au sujet du choix qu'il veut faire...
neuboroug. Le roi a donc quelqu'un en vue... quelqu'un qu'il protège?
walpole. Eh! oui... un membre de la chambre haute... un jeune lord qui n'est certainement pas sans mérite, mais qui est sans expérience, et sans le desservir en rien, j'ai démontré au roi que, quels que fussent ses talents, il n'avait jusqu'à présent aucun partisan, aucun appui dans la chambre des communes... Alors, et avec adresse, je lui ai parlé de toi qui, porté par l'opposition, pouvais la rallier au gouvernement et opérer une fusion entre les whigs et les torys... c'était enfin, et en bonne politique, un essai à tenter.
neuboroug. C'est vrai... Eh bien?..
walpole. Eh bien !.. distrait et rêveur, le roi m'écoutait à peine... ou me répondait avec impatience... C'est la première fois de ma vie que je n'ai rien pu gagner sur son esprit.
neuboroug. Que veux-tu?... il faut se faire une raison... et comme je te le disais ce matin, il y a en première ligne des emplois secondaires... dont on peut se contenter.
walpole. Et Dieu sait... si ceux-là même je pourrai maintenant en disposer... car il y a là-dessous une intrigue... une trahison infernale!.. Croirais-tu que les partisans du comte de Sunderland le poussaient, le protégeaient...
neuboroug. Qui?., mon concurrent?
walpole, avec impatience. Eh ! oui, sans doute ! lady Cécile, que je croyais abattue, est au contraire triomphante... elle avait intrigué en sa faveur !.. tout le monde est donc pour lui! j'étais donc leur jouet à tous; et je verrais arriver à ce nouveau ministère Sunderland, Bolingbroke, et tous mes ennemis... non, morbleu ! dussé-jey mourir, je ne l'abandonnerai pas; je n'abandonne pas ainsi la partie, j'en ai gagné de plus désespérées; je te porterai au ministère... je l'y pousserai... quand je devrais tout renverser.
neuboroug. C'en est trop, mon ami, c'en est trop ! l'amitié l'aveugle et f égare, et je ne souffrirai pas que pour moi tu t'exposes ainsi .. ni que tu te mettes dans l'état où te voilà... car depuis que tu t'es retiré des affaires pour te reposer... c'est pis qu'un enfer... et j'aime mieux renoncer...
walpole, le retenant. Tu ne le peux pas... tu ne t'en iras pas!.. Tout n'est encore qu'en projets, rien n'est terminé! et, grâce au ciel, l'ordonnance n'est pas encore rendue!
neuboroug. Qu'en sais-tu?
walpole. Je le sus, parce qu'on l'aurait envoyée à ma signature !..
neuboroug. A toi qui t'en vas?..
walpole. Eh non!., je reste ministre sans portefeuille pour conlre-signer l'ordonnance qui recompose le nouveau ministère!., etaprès cela...