‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 203 sur 1121 · LE MEME · texte numérisé non relu

LE MEME

Par où passe-t-on, dis-moi?

MOKA

C'est au comptoir que l'on passe.

CHOEUR

Mon Dieu ! quel fracas!

Que font-ils donc là-bas?

Ici l'on ne s'entend pas.

Mon Dieu ! quel fracas!

(I j On nomme ainsi le café qui est sur le boulevard Montmartre, à côté du théâtre di s Variétés. Ce café communique avec le vestibule du théâtre. On l'appelle aussi café Dehodoncq, du nom du propriétaire.

Que font-ils donc là-bas?

Et pourquoi n'entre-t-on pas?

premier, chaland. Garçon, un bol au rhum? deuxième chaland. Garçon, une bouteille de bière? moka. Voilà, voilà, voilà.

madame gobin. Monsieur le garçon, y a-t-il encore la queue?

moka. Madame, jusqu'à l'entrée du café. On ne peut pas pénétrer sous le vestibule.

madame gobin. C'est insupportable; vous verrez que mon mari n'aura pas de billets, depuis une heure qu'il est à la queue, et tout cela pour une méchante pièce.

moka. Ça, c'est vrai, c'est ce que tout le monde dit; mais il n'yaque celles-là qui prennent. Regardez-moi Phocion(l) ; le voilà bien avancé avec son mérite ; il fallait faire jouer ça par M. Potier (2), vous auriez vu! Parlez moi des pièces où l'on s'étouffe, nous ne connaissons que cela au café.

Air : Un homme pour en faire un tableau.

Les Boxeurs et les Innocents, Les Farces, le Ci-d'vant Jeune Homme, Font mousser les rafraichiss'ments, Et nous en vendons, Dieu sait comme.

D'un' pièce nous jugeons l'effet Par les visit's qu'on vient nous faire, Et Phocion n'a pas encor fait Vendre deux bouteilles de bière.

madame gobin. Et mon mari qui me laisse là à l'attendre; il n'en fait jamais d'autre.

(1) Tragédie de M. Royou, représentée sur le Théâtre-Français, dans l'année 1817. Ouvrage fort estimable, mais d'un genre trop sévère pour attirer la foule ou plaire à la multitude.

(2) Potier, comédien très-distingué, acteur du premier ordre sur un théâtre secondaire. C'est par lui que l'on rit depuis vingt ans. Une vogue aussi soutenue serait fort ext raordinaire, et ce qui l'est encore plus, c'est qu'elle est méritée.

LE CAFÉ DES VARIÉTÉS

moka. Vous tenez donc bien à voir notre pièce?

madame gobin. Point du tout, moi je l'ai déjà vue.

moka. Et vous y retournez? Ah bien! par exemple, vous êtes la première qu'on y rattrape.

madame gobin. Est-ce que vous croyez que j'y viens pour votre pièce? C'est bien la peine pour voir un grand sec qui dit toujours des bêtises, et puis une grande dame : je ne sais pas son nom.

moka. Madame Vautrin, une petite maigre?

madame gobin. Non, non, une grande qui est jolie femme, mais qui fait les beaux bras.

Ain : La maison de M. Vautour.

Du reste, un style décousu, Et des malices sans finesse, Un lampiste, un niais, un bossu, Aussi mal tourné que la pièce.

Venez donc du fond du Marais, Voir sur des montagnes mal laites, Le soleil entre deux quinquets, Et l'Olympe sur des roulettes.

moka. Eh bien alors, pourquoi y allez-vous donc?

madame cobin. Pourquoi? c'est qu'on dit qu'il y aura du bruit, et s'd n'y en avait pas, je compte bien en faire.

moka. Est-ce que vous seriez attaquée?

madame gobin. Comment! si je le suis! Est-ce que mon mari n'est pas artiste mécanicien? est-ce qu'il n'a pas un premier garçon? enfin, est-ce qu'il n'est pas...

moka. Comment?

madame gobin. C'est public, tout le quartier sait bien qu'il est., tout le monde l'a reconnu.

moka. Mais encore, qu'est-ce qu'il est?

madame gobin, montrant son épaule. Eh! vous m'entendez bien, je n'ai pas besoin de vous le dira.

moka. Ah ! j'y suis; votre mari, n'est-ce pas ce petit bossu qui était avec vous, et qui depuis un siècle est à la queue? Tenez, on le voit d'ici ; il est encore à la même place !

Jmadame gobin.

Air : Vivent les Gascons.

Je crois que j'en perdrai l'esprit;

Mon Dieu, quel homme,

Quel petit homme !

Je crois que j'en perdrai l'esprit,

Voyez donc comme

Il est petit !

Entin l'y voilà maintenant :

Eli! mon Dieu, qu'est-ce qui l'arrête?

Voilà que tout le monde prend Des billets par-dessus sa tète.

ENSEMBLE

Je crois qu'elle en perdra l'esprit, etc.

Page 1