BERNARDET , M. DE MIREMONT, OSCAR, CÉSARINE, ZOÉ
zoé, à part, et pendant qu'Oscar s'approche de M. de Miremont qu'il salue. Arriver juste au moment où l'on va dire du mal de lui... il y a pour les sots des hasards qui ont de l'esprit!
ose a h, s' approchant ensuite de César ine. Je viens, ma chère cousine, vous faire part du succès que j'ai déjà obtenu.
césarine. Nous le savons parle docteur.
osc.vr.. Qui s'est chaudement montré... ainsi que M. de Monllncaï et tous nos amis... (A Bernardet.) Et puis j'ai bien parlé, n'est-ce pas?., j'ai parlé longtemps.
■/.or.. Le temps ne fait rien à l'affaire.
si. dk miremont. Si, vraiment! cela empêche les autres!.. Nous en avons un ou deux comme ça à la chambre des pairs qui tiennent toute la séance... il n'y a jamais rien à leur répondre.
bernardet. C'est sans réplique.
oscar, à Césarine. Le premier collège est à nous; et d'après le petit mot que vous m'avez envoyé, ma belle cousine, je viens prendre monsieur le comte pour qu'il me présente aux électeurs du second.
M. de miremont. Je suis à vos ordres, mon cher Oscar.
zoé. Il fait bien froid... et ce voyage à Saint-Denis pourra vous faire du mal.
bernardet. Au contraire... de l'air, de l'exercice... c'est ce qu'il vous faut.
césarine. Certainement... un soleil superbe... (Bas, àZoé.) 11 n'ira pas, j'en réponds.
m. de miremont sonne, un domestique parait . Que l'on mette les chevaux ! (Le domestique sort.)
zoé, à part. Ma foi! si elle s'en tire... elle mérite d'être ministre.
césarine, à M. de Miremont qui vient de s'asseoir sur le fauteuil à gauche. Cela vous fera du bien de sortir... le docteur le dit... et quand même vous risqueriez un rhume ou un mal de gorge, c'est bien le moins pour un ami... pour un parent tel que lui... Quant à moi, s'il le fallait... et si cela était nécessaire, je m'exposerais à bien d'autres périls pour vous, Oscar... vous le savez...
oscar. Cette bonne cousine !
césarine. Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous connaissez mon affection et mon dévouement... J'ai toujours eu l'idée que vous arriveriez par moi aux honneurs et à la fortune... Vous rappelez -vous, dans notre jeunesse... quand nous nous promenions au bord de l'Yonne, et qu'appuyée sur votre bras... je vous disais : Oscar!
oscar. Je ne me rappelle pas.
césarine. Je le crois bien, cela nous est arrivé tant de fois... et c'était si naturel, avec les projets que nos parents avaient sur nous.
oscar. Ça c'est vrai.
de miremont, un peu inquiet. Quoi donc?
césarine. Entre cousin et cousine, c'est toujours ainsi... des idées de mariage ! Ces idées-là passent, mais l'amitié reste, le sentiment ne vieillit pas; et plus tard, quand on se retrouve... c'est une si douce chose d'être utile à l'ami de son enfance, de contribuer à son avancement... Vous le savez, Monsieur, c'est mon unique pensée.
bernardet, à part, avec étonnement. Qu'est-ce qu'elle a donc ?
césarine, 11 n'y a pas de jour que je ne vous parle de lui ! m. de miremont, d'un air soupçonneux. En effet.
oscar. Que de bontés!
césarine. Ce matin encore tout le bien que je vous eu ai dit...
oscar, à Zoé. Cette chère Césarine!..
m. de miremont, avec une jalousie plus marquée. C'est vrai ; vous y avez mis un redoublement de zèle et de chaleur.
césarine. Et savez-vous pourquoi?., c'est une folie... un enfantillage... j'avais rêvé... (D' 'un air tendre .) Oui, Oscar, j'avais rêvé de vous... rêvé que nos soins étaient inutiles... qu'un autre l'emportait... que vous n'étiez pas nommé... j'étais désespérée... cela me faisait un chagrin que je ne puis vous rendre.
bernardet, à M. de Miremont et cherchant à changer la conversation. Je crois que voici l'heure.
M. de miremont, se levant avec humeur. Laissez-moi donc!
césarine. Mais, grâce au ciel! mes pressentiments ne se réaliseront pas.
m. de miremont, d'un air préoccupé. Peut-être bien !
césarine. Non, Monsieur! vous voulez en vain m'effrayer. .. nous avons déjà un premier succès, et, grâce à vous, nous allons en avoir un second !.. vous me le promettez !.. vous ne négligerez rien pour cela, n'est-il pas vrai?.. Tous ces gens-là dépendent de vous, et en leur parlant d'Oscar avec entraînement, avec chaleur, ils verront l'importance que vous y attachez; ils verront que vous vous y intéressez autant que moi !
le domestique, entrant. Les chevaux sont mis.
césarine, tendrement. Adieu, Oscar. (A M. de Miremont.) Allez, mon ami... partez vite!
m. de miremont. Non, Madame, je n'irai pas !
césarine, affectant une grande surprise. 0 ciel! et pourquoi donc?
m. de miremont. Pourquoi?., vous me le demandez?
césarine, naïvement. Eh ! oui, sans doute !
M. de miremont, avec une colère concentrée. J'y vois plus clair que vous ne croyez!.. On se trahit souvent sans le vouloir, Madame !
césarine, feignant l'étonnement. Qu'y a-t-il? que voulezvous dire?
m. de miremont, de même et à demi-voix. 11 est des choses que l'on voudrait en vain me cacher... il me suffit à moi d'un mot, d'un regard pour tout découvrir !
césarine, jouant l'indignation. Qu'est-ce que cela signifie?., quelles pensées pouvez-vous avoir?.. Je vous prie de vous expliquer!
m. de miremont, à voix basse et avec colère. Non, Madame, je ne dirai rien... mais j'examinerai desormiis! j'observerai! et si j'ai deviné juste... tremblez! (Au domestique.) Que l'on dételle... je resterai.
césarine, serrant la main de Zoé et à demi-voix. J'ai gagné !
zoé, la regardant d'un air de raillerie et de triomphe. C'est vrai !
M. de miremont, à Oscar qui remonte près de lui. Je ne vous empêche pas d'aller à Saint-Denis; mais ne comptez plus sur moi, Monsieur... (A Césarine qui passe près de lui.) Adieu, Madame. (Il rentre par la porte à droite.)