‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 346 sur 1121 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BOLINGBROKE, ABIGAIL , sortant par la porte du fond, à droite.

abigaïl. Ah ! Milord! vous voilà!

bolingbboke... Oui... je m'occupais du ministère. abigaïl. Lequel?

bolingbroke. Le mien... quand j'y serai... ce qui ne tardera pas.

abigaïl. Au contraire!., nous en sommes plus loin que jamais!

bolingbroke. Que me dites-vous?

abigaïl. Laissez-moi me rappeler... D'abord, pendant que j'étais dans le boudoir de la reine... à travailler avec elle c: à parler de Masham... (Vivement.) qui ne risque rien... n'est-ce pas?

bolingbroke. Prisonnier sur parole, chez moi, dans le plus bel appartement de l'hôtel.

abigaïl. Et pour la suite...

bolingbroke. Rien à craindre, si nous l'emportons...

abigaïl, naïvement. Ah! vous me faites trembler!

bolingbroke, vivement. Et moi aussi!.. Achevez donc!

abigaïl. Eh bien! sont arrivés chez la reine... milady... milady... une grande dame qui est dévoie...

bolingbroke. Lady Abercrombie?

abigaïl. C'est cela... avec lord Devonshire et Walpole.

bolingbroke. Des amis de la duchesse...

abigaïl. Qui venaient, d'eux-mêmes...

bolingbroke. C'est-à-dire envoyés par elle.

abigaïl. Annoncer à la reine que ht disgrâce de la surintendante produirait les plus fâcheux effets... que le parti whig était furieux... et qu'à la séance de ce soir le bill pour les Stuarls serait rejeté.

bolingbroke. Et la reine, qu'a-t-elle répondu?

abigaïl. Elle ne répondait rien... incertaine... indécise... cherchant auteur d'elle un avis, et de temps en temps me regardant comme pour savoir le mien.

bolingbroke. Qu'il fallait, donner.

abigaïl. Lst-ce que je m'y connais?

bolingbroke. Qu'importe ?. . demandez à la moitié des conseillers de la couronne!.. Enfin, qu'est-il arrivé?

abigaïl. La reine hésitait encore, lorsque lady Abercrombie lui a parlé à voix basse...

bolingbroke. Qu'a-t-elle pu lui dire?

abigaïl. Je l'ignore!.. J'étais bien près cependant... et je n'ai rien entendu qu'un nom... celui de lord Evendale... et ceiui de Masham!.. (Vivement.) Oh! celui-là, j'en suis Mire... Et la reine jusque-là froide et sévère, a dit, d'un air de bonté : N'en parlons plus, qu'elle vienne! je la reverrai.

bolingbroke, avec colère. La duchesse! rentrer dans ce palais dont je la croyais pour jamais bannie...

abigaïl. Et dans mon trouble, tout ce qui m'est venu à l'idée a été de vous écrire sur-le-champ : «Venez! >• pour vous apprendre ce qui se passait et ce qui a été convenu.

bolingbboke. Avec qui ?

abigaïl. Ei iir-: la reine, et ces messieurs; au sujet de celte l'écoucjliatjon,

bolingbroke, avec impatience. Eh bien !

abigaïl. Eh bien !.. il a été convenu que la duchesse, qui a donné hier sa démission de surintendante, viendra aujourd'hui remettre à la reine sa clé des petits appartements. (Montrant la porte à droite.) Cette clé qui lui permettait d'entrer chez la reine à toute heure, et sans être vue !..

bolingbroke, avec impatience. Je le sais.

abigaïl. La reine refusera de la reprendre; la duchesse alors voudra tomber aux pieds de Sa Majesté, qui la relèvera, et elles s'embrasseront, et le bill passera, et le marquis de Torey, aujourd'hui même...

bolingbroke. 0 faiblesse de femme et de reine! . et au moment où nous tenions la victoire.

abigaïl. Y renoncer à jamais!

bolingbroke. Non... non, la fortune et moi nous nous connaissons trop bien pour nous quitter ainsi! je l'ai narguée si souvent qu'elle me le rend parfois... mais elle me revient toujours!.. Cette réconciliation... cette entrevue... à quel moment?

abigaïl. Dans une demi-heure!

bolingbboke. Il faut que je parle à la reine !..

abigaïl. Elle est reniermée avec les ministres qui viennent d'arriver... Cest pour cela qu'on m'a renvoyée.

bolingbroke, se frappant la tète. Mon Dieu !.. mon Dieu, que faire?.. Il faut pourlant que je la voie, que je sache comment s'est tout à coup éteinte cette haine attisée par moi, et qu'à tout prix je rallumerai ! Mais pour tout cela une demi- heure ! . .

abigaïl, lui montrant, la porte du fond, à gauche, qui s'ouvre. Quel bonheur!., c'est la reine!

bolingbroke, respirant. Je savais bien qu'entre la fortune et moi le dernier mot n'était pas dit... Laissez-nous, Abigaïl, laissez-nous... Veillez à l'arrivée de la duchesse, et quand elle paraîtra, venez nous avertir!..

abigaïl. Oui, Milord!.. Que Dieu le protège ! (Abigaïl sort par la porte du fond, à droite.)

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