‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 35 sur 1121 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MICHONNET, ADRIENNE.

adrienne. Que devenez-vous donc?.. Qui peut vous retenir... Depuis plus de deux heures je vous attends, et je craignais qu'il ne fût survenu quelque accident, quelque obstacle.. .

michonnet. Aucun ! tout s'est passé comme tu le désirais. A ton noin seul toutes les portes se sont ouvertes! car il faut rendre justice à ces grands seigneurs, ils aiment les artistes, ils nous aiment!.. Mon prince, luiai-je dit, vous avez souvent daigné répéter à mademoiselle Lecouvreur que vous lui donneriez, quand elle le voudrait, soixante mille livres des diamants qu'elle tient de la libéralité de la reine... — C'est,vrai, je ne" m'en dédis pas. — Eh bien! elle m'envoie vers vous, en secret, comptant sur votre bienveillance, pour lui rendre ce service, et sur votre discrétion, pour n'en parler à personne... Tu vois... c'était assez bien tourné.

adrienne, avec impatience. Très-bien... et après?

michonnet. Après?.. Il a paru étonné... et m'a demandé pourquoi se défaire de ces diamants... dans quelle idée?., dans quel but?.. Question à laquelle il m'a été impossible de répondre, attendu que tu ne m'as pas fait part de tes intentions... Il s'est mis alors à écrire un bon sur la caisse des fermiers généraux... en prononçant cette phrase, qui était convenable : Dites à mademoiselle Lecouvreur que je ne regarde cet écrin que comme un dépôt. Puis il a ajouté, avec un sourire qui m'a paru moins bien :, Dépôt qu'elle pourra, quand elle le voudra, venir me redemander elle-même!..

adrienne, avec impatience. Enfin, ces soixante mille! livres.., -

michonnet. Je les ai là.

adrienne. Ah! je respire... Mais si vous saviez tout ce que ces deux heures d'attente m'ont fait souffrir! Vous n'auriez pas élé aussi longtemps... car la journée avance, et il me reste encore d'autres démarches à faire...

michonnet. Oui , dix mille livres de plus, qu'il te faut... Tu me l'avais dit, et les voici!

AERIENNE. 0 ciel !

michonnet. J'ai commencé par aller te les chercher... Voilà cr qui m'a retenu... Je t'en demande pardon...

adrienne. Vous... me les chercher!., et où donc?

michonnet. Chez le notaire de la succession de mon oncle, l'épicier de la rue Férou.

adrienne. Cet héritage! votre seul bien... touteeque vous possédez!.. Je ne puis accepter un tel sacrifice.

michonnet. Et pourquoi donc?

adrienne. Je puis exposer ma fortune... mais non celle d'un ami !

michonnet. L'exposer?., en quoi?.. Explique-moi d'abord...

adrienne. Je ne le puis!.. Je ne puis vous rien dire!

michonnet. Rien?.. Je ne t'en demande pas davantage!.. Prends... je le veux... Tout cela l'appartient!

adrienne. Nous discuterons cela plus tard, gardez-les... Il faudrait , à l'instant même, porter cette somme rue Saint- Honoré, à l'hôtel de l'ambassadeur.

michonnet. L'ambassadeur moscovite?

adrienne. Oui! à lui-même!.. La lui remettre en paiement d'une lettre de change de soixante-dix mille livres, souscrite à M. le comte de Kalkreutz...

michonnet, étonné. Comment?

adrienne, avec impatience. Le comte de Kalkreutz... un Suédois...

michonnet, avec douceur. Je ne comprends pas... adrienne. Vous n'avez pas besoin de comprendre... Si lence ! c'est l'abbé !

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