SENNEVILLE, LISE
lise. Ah ! mon Dieu ! quel événement ! Qui aurait pu s'attendre à cela ?
senneville. Allons, il faut partir.
lise. Oui, sans doute, il le fautj c'est ce que vous pouvez faire de mieux. Mais, de grâce, ne tardez pas... Eli bien! pourquoi cet air étonné?
senneville, stupéfait. Vous trouvez que je ne pars pas assez vite ?
lise, tendrement. Sans doute. Songez donc qu'un moment de retard peut vous perdre ; que, dans un moment, on peut vous arrêter.
senneville. M'arrèter ?
lise. Oui; mais je croyais que Vous le saviez. Je me promenais seule près de la haie du pair; j'étais bien triste, et pour un rien j'aurais pleuré. Je pleurerais encore. Mais ce n'est pas cela que je veux vous dire. J'ai entendu plusieurs hommes causer en dehors. Oui, Beauclair, disait-fin; on avait prononcé ce nom-là bien bas, et cependant je l'ai#cntendu sur-le-champ, et le cœur m'a Battu comme si je me fusse douté qu'il s'agissait d'une mauvaise nouvelle ; je voulais m'éloigner, et, sans savoir comment, je me trouvais prêter rou ille tout près de la haie. On continuait : Oui, il si: nomme 15eaucla.ii' • il doit être dans cette maison, (testez là, vous ici ; cernons le parc, et après nous entrerons.
SEKNEViu.E, à part. M'arrêta puni' Beauclair! Allons, il |
ne manquait plus que cela! Comme il rirait, s'il savait
lise. Je n'en ai pas entendu davantage : je suis accourue. Mais, au nom du ciel ! partez ; Vous n'avez pas de temps à perdre.
senneville. Moi, Vous quitter, renoncer à votre main!
lise. 11 le faut bien, Monsieur; certainement, je n'épouserai jamais un mauvais sujet, un homme que l'on arrête par ordre du ministre; oui, Monsieur, je neveux plus de mariage, plus de prétendu ; quelque autre encore, doux, aimable, spirituel, qu'on estimera du premier coup d'oeil etqu'ensuite on sera forcé de mépriser. Arrangez -vous, Monsieur ; mais cela fait trop de peine, et je n'en veux plus, je vous en avertis.
senneville, enchanté. Lise, serait-il vrai?
lise, douloureusement. Quel dommage! un air si bon, si honnête ! Envoyez donc les jeunes gens à Paris! Votre domestique le disait bien; voilà les suites de votr'e mauvaise conduite! C'est un bien honnête garçon que votre domestique, qui vous est bien attaché; et, si vous aviez suivi ses conseils...
sénneVilï.e. Lise, je ne veux suivre que les vôtres; je jure de vous consacrer ma vie, de Voiis obéir toujours.
lise. Eh bien ! partez, partez sur-le-champ. Faut-il vous en prier?
senneville. Je pars, mais à une seule condition. Ditesmoi que vous ne conservez pas la mauvaise opinion que vous aviez de moi.
lise. Oui, je commence.
senneville. Dites-moi que vous ne croyez plus que j'aie un méchant caractère.
lise, tendreiwiit. Jë crois qu'il n'aurait tenu qu'à vous d'être parfait. (Il fait un geste.) Non, non, vous l'êtes en effet; vous n'avez plus aucun défaut; mais, de grâce, partez, ou bien je vais croire que vous avez Celui d'être entêté.
senneville. Eh! que m'importent la liberté, l'existence même, si je ne suis aimé de vous! Lisej un mot, un seul mot, et je pars !
lise, tremblante. Eh bien! s'il le faut, s'il le faut absolument pour vous sauver, oui, Monsieur, oui, je crois que je vous aime ; mais allez-vous-en, et qu'on lie vous revoie plus !
senneville, transporté. Vous m'aimez ; L'se, vous m'aimez?
lise, d'un ton suppliant. Vous parlez, n'est-ce pas?
senneville. Moi partir! je ne Vous quitte plus, je reste ici, je reste près de vous. Si vous saviez, si vous deviniez combien je suis heureux! Demain nous allons à Paris; je vous mène à la cour, je vous présente au ministre, à mon oncle.
lise. La cour? lé ministre? Paris? Ah! mon Dieu! la tête n'y est plus, la frayeur le fait déraisonner.