‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 421 sur 1121 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LE COMTE, M. DUBAND, sortant de la chambre de madame Godard, un bouquet à lamain.

M. durand. Je dis que quand une fois on est embourbé, tous les efforts que l'on fait pour sortir d'un mauvais pas ne font que vous y enfoncer encore davantage. Ce Godard, qui s'avise de m'emprunter de l'argent, et madame de Saint- Ânge : « Comment donc, c'est trop naturel! C'est au parrain « et à la marraine, cela nous regarde tous les deux, n'est- « ce pas, mon cher Durand ? » Qu'elle parle pour elle, son mari est banquier, il est riche; mais, moi! Malheureusement je ne pouvais pas objecter que je n'avais pas d'argent comptant, puisqu'un instant auparavant je lui avais touché un mot de ces trente mille francs, que je ne sais comment placer. (Contrefaisant une voix de femme.) « Quel plus bel « usage pouvez-vous faire de vos capitaux? » Un joli placement, quatre mille francs à fonds perdus sur la tète du petit Godard, mon filleul. Je sais bien que cela me rentrera; mais c'est toujours très-dés agréable, et je n'ai pas été fâché de venir payer moi-même, afin d'avoir le titre entre les mains. (Regardant autour de lui.) Il me semble que ce doit être ce monsieur qui écrit. (Au comte.) Monsieur, n'êtesvous pas le porteur d'une lettre de change?

LE PARRAIN

le comte. De quatre mjlle francs acceptée par M. Godard; la voici. (77 remet la lettre de change a Durand , qui la regarde et la met soigneusement dans son portefeuille.)

le comte. Monsieur, je le vois, est le caissier de M. Godard?

m. di.rand, de mauvaise humeur. Mais à peu près. (Lui donnant des billets de banque.) Vous voyez que c'est tout comme, ou plutôt j'ignore ce que je suis ou ce que je ne suis pas dans la maison, car, Dieu merci, c'est sur moi que tout retombe. Tel que vous me voyez, Monsieur, je suis parrain, et ma'gré moi encore...

le comte, souriant. Quoi: Monsieur, vous êtes parrain?

m. durand. Eh! oui; c'est madame Prudent, une maudite sage-femme, qui est cause de tout cela.

le comte. Ah! la sage-femme ; elle n'a pas perdu de temps. (Prenant la main de Durand.) Je suis enchanté que ce soit vous.

m. durand. Qu'est-ce qu'il a donc, à présent?

le comte. J'ose dire que vous ne vous en repentirez pas; nous nous reverrons un jour, et quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître, je prends la liberté de vous demander une grâce qui vous paraîtra de peu d'importance, et qui en a beaucoup pour moi. Quel nom comptez-vous donner à l'enfant?

m. durand. Quel nom? Ma foi ça m'est bien égal, qu'on l'appelle comme on voudra.

le comte. A merveille. Eh bien! Monsieur, puisque cela ne vous fait rien, je vous prie de vouloir bien l'appeler Bose-Ernestine-Hippolyte.

m. durand. Rose-Emesline? Y pensez-Yous? c'est un garçon.

le comte. Du tout, Monsieur, on ne vous aura pas dit, ou l'on se sera trompé; mais qu'importe, fille ou garçon, je vous prie de l'appeler Rose-Ernestine-Hippolyfe.

m. durand. Ah çà! Monsieur, quel diable d'intérêt prerez-vous à tout cela, et qu'est-ce que ça vous fait?

le comte. J'ai des raisons pour tenir à ces noms-là, des raisons particulières que vous êtes trop galant homme pour me demander,

m. durand, à haute voix. Quel soupçon! Comment, il sciait possible?

le comte. Chut! chut! je vous en conjure, j'ai le plus grand intérêt à ce que l'on ne se doute de rien.

m. durand. Quoi! Monsieur, vous seriez?..

le comte. Silence. (A voix basse.) Eh bien ! oui, Monsieur, c'est la vérité, cet enfant me touche de très-près; mais puisque madame Prudent s'est adressée à vous, je suppose que vous êtes homme d'honneur, et surtout discret. J'ai de la naissance, quelque crédit, de la fortune, j'aurai peut-être un jour le pouvoir de reconnaître un service, et vous verrez, Monsieur, que vous n'avez point obligé un ingrat. [Il sort en courant.)

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