‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 425 sur 1121 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

; M. GODARD; un Valet en livrée étrangère.

m. godard, au valet qui le regarde d'un air incertain. Que voulez-vous, l'ami? que demandez- vous?

le valet. Monsieur, je voudrais parler à une dame qui doit être ici.

m. godard. Une dame!

le valet. Oui, madame Prudent, une sage-femme.

m. godard. Elle n'y est pas; elle est sortie; et Dieu fait où elle est allée. Eh bien! pourquoi cet air étonné? Qu'est-ce qu'il a donc ce garçon-là?

le valet. C'est que je ne sais plus comment faire. Madame Prudent devait m'indiquer un monsieur pour qui j'ai une lettre, un monsieur dont je ne sais pas le nom, mais qui demeure dans la maison, et qui aujourd'hui doit être parrain.

m. godard. Encore ce Durand ! Etsavez-vous ce qu'on lui veut?

le valet, mystérieusement. C'est de la part du père de l'enfant.

m. godard. Hein !

le valet. Oui, Monsieur est en bas dans la voiture qui l'attend pour l'emporter.

m. godard, à part. L'emporter, quelle trame abominable ! C'est bon, mon ami, c'est bon; dites à votre maître d'attendre, je vais remettre la lettre à M. Durand dès qu'il sera revenu de l'église. (Le valet sort.) Quel coup de politique d'avoir intercepté ce billet! Voyons vite : (Lisant.)

« Mon cher monsieur, et vous, madame Prudent, je suis « plus heureux que je n'aurais osé l'espérer; tout est parce donné. Envoyez-moi vite notre cher enfant dès qu'il sera « baptisé, son autre famille l'attend avec impatience pour « le voir et l'embrasser, et je veux leur présenter moi-même « mon aimable Hippolyte. » Son Hippolyte! c'est bien cela. Quel complot infernal! ma tète s'y perd; impossible d'y rien comprendre, sinon qu'il y a un autre père, une autre famille... que madame Godard, M. Durand, la sage-femme, s'entendent tous contre moi pour me tromper et m'enlever mon fils, ou plutôt quand je dis mon fils, c'est-à-dire notre fils, car cette parenté-là devient si compliquée... Mais il faut absolument que j'aie une explication avec madame Godard. (Fl va pour entrer chez elle et s'arrête.) Voyons, conservons notre sang-froid, s'il est possible, et n'oublions pas que ma femme a sa fièvre de lait. Il faut d'abord que madame Godard m'explique pourquoi mon fils ressemble à M. Durand, parce qu'une fois que nous nous serons entendus là-dessus, nous saurons à quoi nous en tenir sur le déjeuner en vermeil, les déclarations; mais les voici : morbleu, nous allons voir! (A travers les carreaux du fond on voit passer le baptême, qui vient de la droite et entre à gauche.)

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