‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 44 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MICHONNET, à la porte du fond, parlant à une femme de chambre, puis ADRIENNE, sortant de la porte à gauche.

michonnet. Oui, je sais que sa porte est fermée, et qu'il est onze heures ! Mais si elle n'est pas encore déshabillée.. . vous lui direz que c'est moi, Michonnet!..

adrienne, l 'apercevant , et courant à lui. Ah!., je vous attendais !..

michonnet, à la femme de chambre, qui se retire. Vous voyez bien !

adrienne. Je souffrais tant!

michonnet. Et moi donc!.. Je ne pouvais pas rentrer sans savoir comment lu te trouvais... je n'aurais pu dormir...

adrienne. Depuis que vous êtes là... je suis mieux !

michonnet. Et moi aussi!.. Après f avoir reconduite, je suis passé au théâtre, d'où je viens!

adrienne. Le spectacle est-il terminé?

michonnet. Nous en avons encore pour une heure.

adrienne. Tant mieux!.. Je suis si souffrante, que je voulais faire dire au théâtre qu'il me serait impossible de jouer demain.

michonnet. Je vais y passer... J'arrangerai cela, et je viendrai te rendre réponse.

adrienne. Que de peines je vous donne !..

michonnet. Allons donc !. . moi, qui demeure dans ta maison, ne me voilà-t-il pas bien malade!., ce n'est pas cela qui m'inquiète!

adrienne. Qu'est-ce donc?..

michonnet. La scène de ce soir... chez cette grande dame ! crois-tu donc, qu'excepté son mari, tout le monde n'ait pas compris l'allusion... à commencer par elle...

adrienne. Je Inespéré bien! Je l'ai blessée à mort, n'est-ce pas?.. Quelle joie! c'est le seul moment de bonheur que j'aie éprouvé après tant de souffrance ! A chaque mot de ces derniers vers... il me semblait lui enfoncer un poignard dans le cœur! Et puis, avez-vous lu la terreur sur tous les visages? Avez-vous entendu ce silence? L'avez-vous vue elle-

ADRIENNE LECOUVREUR

uume, en dépit de 9on audace, pâlir sous mes regards. Ah ! j'avais marqué d'une tache ineffaçable

Ce front qui ne rougit jamais'

michonnet. Voilà justement ce qui m'effrafë' C'était!,.'*'1'' bien... c'était trop fort!.. Ces graivd?; aames. si fie/les cl si gracieuses avec leurs guirlandes de fleurs et leurs robes de gaze, c'est vindv;atiï... c'est méchant... tout leur est permis... et elle? osent tout' seïie-là surtout... à qui justement hier îe proposais de jouer le rôle de Cléopâtre... elle a toutes !es qualités ae l'emploi .- elle ne reculera devant aucun moyen... pour se ve.ngcr d'ijri affront ou se débarrasser d'une maie...

adrienne. Eh î que t /importe?.. Quel mal peut-elle me laire désormais qui égale les tourments renfermés dans cette pensée... dans ce mot : Aimée!., elle est aimée! . Cette blessure faite par moi, il la guérit par ses paroles d'amour ! . . Ces larmes, si'elle en répand, il les essuie sous ses baisers'.. Et maintenant même... maintenant que mon cœur se brise... elle est heureuse... elle est près de lui... Vous ne savez donc pas que je l'ai supplié, à voix basse, de me suivre, tandis qu'elle lui ordonnait de ne pas la quitter!..

michonnet. Eh bien!..

adrienne. Il est resté! resté avec elle!.. Ah! c'en est trop! je n'y résiste plus! (Faisant un pas pour sortir , et remontant le théâtre.)

michonnet. Où vas-tu ?

adrienne. Me jeter entre eux... les frapper... et après... qu'on fasse de moi ce qu'on voudra!

michonnet. Y penses-tu?

adrienne, redescendant le théâtre et allant se jeter dans un fauteuil, à droite. Cela ne vaut-il pas mieux que de mourir ici de jalousie et de désespoir... car,je le sens, j'en mourrai !

michonnet. Non! non! par malheur tu t'abuses encore !.. c'est une fièvre qui ne vous quitte pas, une douleur aiguë de tous les instants... on souffre... on est bien malheureux... mais on n'en meurt pas !.. Tu vois bien que j'existe encore!

adrienne, le regardant avec étonnement. Vous!

michonnet. Ah! cela t'étonne, n'est-ce pas?.. Tu ne peux croire que sous cette épaisse enveloppe il y ait un cœur qui souffre comme le tien... qui aime... qui saigne comme le tien.,.

adrienne. Quoi! ces tourments, vous les avez éprouvés?

michonnet. Oui. ..autrefois... il y a bien longtemps... Croismoi, on s'habitue à tout... même à être malheureux!

adrienne. Ah! cette force que je ne vous soupçonnais pas... ce courage que j'admire en vous !... je l'imiterai!., je l'égalerai, si je le puis... Je triompherai d'une passion insensée dont maintenant je rougis !

michonnet, avec joie. Dis-tu vrai?

adrienne. Vous voyez bien que je parle de lui sans haine et sans colère... que le souvenir de ses outrages me laisse calme et tranquille... que son nom même ne m'émeut plus!. . (Adrienne traverse le théâtre et va se placer près du fauteuil, à gauche, entre la cheminée et la table. Ijx porte du fond s'ouvre.)

S :ÈNE 1F.

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