SCÈNE II
Les préc dents, AMÉLIL.
améme. Eh! mais... quel bruit chez moi?
adéle. Une scène affreuse que me fait Monsieur.
amélie. Une querelle? tant mieux, c'est le premier acte d'un raccommodement.
Rodolphe. J'aime à le croire... n'est-il pas vrai, chère Adèle?., et s'il ne faut que se reconnaître coupable et te deinand.'r pardon...
adele. Ce serait inutile, Monsieur, tout est fini... et je vous prie de ne plus me tutoyer.
DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME
bodolphe. Soit ! mais au moins Ton ne se brouille pas sans motif.
adéle. 11 me semble que je n'en manque pas, et que votre latuité, votre légèreté, vos défauts...
Rodolphe. Mes défauts! ce n'est pas là une raison, je les avais tous quand vous m'avez aimé.
adele. Votre oubli de toutes les convenances... Avanthier, par exemple, quand vous me donniez le bras, oser saluer sur le boulevard mademoiselle Anastase, une figurante de l'Opéra '
rodolphe. Du chapeau seulement... sans mains, sans grâce, comme on salue (ont le monde.
adele. Je l'avais Yue une fois sortir de chez vous.
rodolphe. C'est ma locataire; j'aime les arts, moi! De grâce, point de suppositions jalouses... moi, qui vous aime, qui n'aime que vous, et qui depuis six mois suis d'une fidélité...
adéle. Dont je vous dégage. Je vous prie de me rendre mes lettres et mon portrait.
rodolphe, à Amélie. Vous l'entendez! vous le voyez !
amélie. Je vois que votre cause est perdue, car malheureusement, mon cher Rodolphe, elle n'est pas du tout en colère.
rodolphe. C'est une trahison de sang-froid ; elle s'éloigne de moi par un entraînement réfléchi et combiné. [A Adèle.) Dès demain, mon valet de chambre Silvestre vous rapportera vos lettres ; et quant à voire portrait, à ce médaillon que j'avais fait faire, et qui ne me quittait jamais.., le voici, Madame.
adéle, prenant le médaillon. C'est bien ! le voilà donc revenu dans mes mains... [L'ouvrant pour le regarder.) Dieu! qiîe vois-je ! et quelle indignité... le portrait de mademoiselle Anaslase !
amélie. La figurante de l'Opéra?
rodolphe, riant. Est-il possible! c'est délicieux! je me serai trompé en le prenant ce matin.
adéle. Comment! Monsieur, cette fidélité dont vous vous vantiez...
rodolphe. Avait deviné la vôtre. Vous voyez qu'entre nous il y avait décidément sympathie.... même en nous trahissant nous nous entendions encore... Il ne vous servirait à rien... [Adèle le jette à terre, il le ramasse.) Je le reprends; demain, je vous le promets, vous aurez le véritable, et je le regarderai avant, de peur de méprise... Adieu, cruelle. [A Amélie.) Adieu, Madame. [Lui baisant la main.) Je n'oublierai jamais vos bontés. [Il sort.)