‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 483 sur 1121 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les précédents, CRÉPONNE.

créponne, bas, à Adèle. Une dame enveloppée d'un manteau est là dans votre chambre.

adèle, de même. C'est ma sœur, c'est Clarisse. (Elle se dispose à passer dans la pièce à gauche.)

léopold, l'arrêtant par le bras. Ou vas-tu ? tu ne sortiras pas d'ici que tu n'aies écrit.

adele. 0 mon Dieu ! i

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

léopold, la faisant asseoir au secrétaire . Allons, une lettre à la Se vigne, et pour cela je vais dicter. « Cher Hippolyte... ADELE. Je ne mettrai jamais cela.

léopold. Hippolyte tout court.

adèle, écrivant. « Monsieur.

léopold. A la bonne heure, je n'y tiens pas. (Dictant.) « Monsieur, une ancienne amie bien malheureuse... créponne. C'est bien vrai.

léopold. Je ne mens jamais. (Dictant.) « est menacée d'un « affreux danger dont vous seul pouvez la sauver... » adèle. Mais c'est le tromper.

léopold. Qu'en savez-vous? Je ne mens jamais. (Dictant.) « Si tout souvenir, si toute humanité n'est pas éteinte dans « votre cœur, venez à son secours, elle vous attendra au- « jourd'hui, rue... » Mets notre nom et notre adresse. « Prenez avec vous de l'or, beaucoup d'or. Vous saurez « pourquoi... »

adèle, indignée. Je n'écrirai jamais cela !

léopold, dictant d'un ton impératif. « Vous saurez pource quoi, et j'ose croire que vous m'en remercierez. » (Lui prenant la main.) Allons, écris! je le veux !

adele. Mais que voulez-vous donc faire? le forcer à jouer, le dépouiller?..

léopold. Cela me regarde, signe... et maintenant je ne vous demande plus rien que le silence. (Prenant la lettre.) Je me charge d'envoyer la lettre, et, pour le départ de demain, si je suis content de vous, j'aurai des égards; je ne vous emmènerai pas. Adieu. (Il sort.)

adèle, à Créponne. Cours vite chez Hippolyte, et dis-lui que s'il reçoit une lettre de moi il n'en tienne nul compte, qu'il ne sorte pas de chez lui. Il y va de sa sûreté, de ses jours peut-être. Ils sont capables de tout!

créponne. Oui, Madame, oui, je mets mon châle et j'y vais.

adèle, pleurant. Et ma sœur? ma sœur qui m'attend; ah! c'est mon seul espoir de salut ! (Elle entre par la porte à (jauche.)

créponne, seule, mettant son châle. Ah ! quelle horrible maison! quand donc en serons-nous dehors? Où est le temps où j'étais femme de chambre honnête d'une honnête femme ! Ah! tout calculé, la vertu donne plus d'agrément, sans compter le profil; mais ma pauvre maîtresse, comment l'abandonner, quand elle n'a plus que moi au monde, que moi, dans cet infernal logis habité par des démons! (Apercevant la porte du fond qui s'ouvre lentement.) Encore un qui arrive, il en sort donc ici de tous les côtés! (Elle sort, en courant, par le fond.)

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