‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 497 sur 1121 · CAROLINE, HENRI · texte numérisé non relu

CAROLINE, HENRI

Caroline. Quel bon hasard vous amène, mon cher Henri? Je croyais que les affaires de la chancellerie prenaient toute votre matinée.

henri. Il est vrai, Madame; mais dans la journée vous

faites des visites, le soir vous avez toujours du monde. Le moyen de* vous parler ?

Caroline. Hier cependant nous étions seuls, ou c'est tout comme. Je n'avais avec moi que ma cousine ; et une personne qui n'y voit pas ne doit pas vous efirayer beaucoup.

henri. N'importe, je n'ai pas osé. L'affaire dont je veux vous entretenir est si difficile à aborder...

Caroline. Je vous devine. Vous allez me parler de l'état de ma fortune. Je connais, mon cher Henri, votre raison, l'étendue de vos lumières, la tendre amitié qui nous unit dès l'enfance. Je déclare d'avance que tous vos conseils sont excellents; mais je n'en suivrai pas un seul.

VALÉRIE

HENRI. Du tout, M dame; ce n'est pas là le sujet qui m'amène. Je ne viens pas pour vous parler raison.

Caroline. Ah! que vous êtes aimable! C'est peut-être une confidence que vous aviez à me faire?

Henri. Justement !

Caroline. Avez- vous du lemps? êtes-vouspressé? C'est que j'ai aussi un secret ; et à qui pourrais-jele confier, si ce n'est à mon meilleur ami? Vous ne savez pas, je vais me marier.

henri. Ah! mon Dieu! Depuis quand avez-vous pris cutte résolution?

Caroline. Depuis ce matin, je crois.

henri, à part. Allons, j'ai eu tort de ne pas me déclarer plus tôt ,{Hiï,nt.) Après un secret comme celui-là, le mien n'aurait plus rien d'intéressant. Nous en causerons une autre fois.

Caroline. Eh! mais, qu'avez vous donc?

henri. Rien; je vous écoute. Parlons de vous, de votre bonheur.

Caroline. Vous savez que je suis veuve, et que M. Blumfeld, mon mari, m'avait laissé six mille florins de rente; ce qui était fort bien à lui , sans un maudit procès qui s'est élevé au sujet de sa succession.

henri. Un procès détestable, que vous ne pouvez manquer de perdre, et qui doit vous ruiner.

CAROLINE. VOUS CTOVCZ ?

henri. Oui, Madame.

Caroline. C'est ce qu'ils disent tous, et pourtant il n'aurait tenu qu'à moi de le gagner. Ce vieux conseiller, le plus obstiné des hommes, cou re lequel je plaidais, et qui voulait absolument m'épouser...

henri. Heureusement qu'il est mort.

Caroline. C'est égal; il n'y a pas idée d'un entêtement pareil. Imaginez-vous qu'il a un neveu , le jeune comte de Halzbourg, dont vous avez entendu parler.

henri. Je ne crois pas.

Caroline. Il était le cadet d'une famille nombreuse; et comme il n'avait pas de fortune à espérer, on voulait le faire entrer dans les ordres; vous vous rappelez, maintenant. C'est lui qui, il y a trois ans, disparut subitement sans que l'on pût savoir ce qu'il était devenu.

henri. Oui ; j'ai de tout cela quelque idée confuse.

Caroline. Eh bien, Monsieur, pendant cet espace de temps, il a successivement perdu deux frères, et je ne sais combien de cousins; de sorte qu'il est maintenant riche à millions; et, en outre* c'est encore à lui que revient , dans ce moment, toute la succession de mon vieux conseiller, à la charge par lui... écoutez bien cette clause du testament, à la charge par lui de terminer ce procès en nrepousant. C'est ce que m'a appris ce matin mon homme d'affaires, et c'est là-dessus que je voulais vous consulter. Quel parti me conseillez-vous de prendre?

henri. Eh mais! d'après les premiers mots de votre conversation, il me semble que vous êtes décidée.

Caroline. Jusqu'à un certain point. On dit beaucoup de bien du comte de Halzbourg; mais peut-être n'esl-il pas le mari qui me conviendrait. Je connais très-bien tous mes défauts : je suis vive, impatiente, étourdie; c'est pour cela qu'il in<: faudrait pour époux quoiqu'un de calme, de raisonnable; enfin, cela va vous faire rire, quelqu'un de votre caractère... si vous m'aimiez, bien entendu.

henri. Comment, Madame, il serait possible?

Caroline. Après cela, il se peut que le comte de Halzbourg réunisse ces qualités; et bien décidément je l'épouserai peut-être, non pas pour moi, mais pour ceux qui m'onlonrentj ctdonl il nie serait si doux de faire le bonheur! Ma cousiiio, surtout; celle rhen: Valérie, si aimable) si inténss.mie! Pauvres boutes tes deux, il faudra nous stèpai'eiM Riche, je ne. la quitterai plus; je l'entourerai de tous les soins qin; snii état réclame* Il estSi triste d'être privée de la

vue! Seule au milieu du monde, morte à tous les plaisirs, chercher sans c.?sse son amie, et même auprès d'elle vivre dans l'absence : autant mourir tout à fait! Moi, d'abord, je ne pourrais pas exister ainsi.

henri. Vous, sans doute! Mais Valérie, qui depuis l'âge de trois ou quatre ans est privée de la lumière, ne peut regretter des plaisirs dont elle n'a aucune idée, et bien certainement,..

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