‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 501 sur 1121 · VALÉRIE, CAROLINE · texte numérisé non relu

VALÉRIE, CAROLINE

Caroline, à la cantonade. Qu'on mette des fleurs dans le salon, et qu'avant tout on débarrasse la première cour. Dans l'état où elle est, il est impossible qu'une voiture puisse y entrer.

valérie. Eh mon Dieu, cjusine! tu attends donc des gens à équipage?

Caroline. Oui, la personne avec qui je plaide.

valérie. Et quel est le but de cette visite?

Caroline. Un arrangement à l'amiable! Et que sait-on? Il a le bon droit de son coté; mais je suis jeune, jolie...

valérie. Jolie! Dis-moi, cousine, qu'est-ce que c'est que d'être jolie?

Caroline. Mais c'est.. c de plaire.

valérie. Et moi, suis-je jolie?

Caroline. Ordinairement, entre femmes, on n'en convient pas; mais avec toi c'est sans conséquence, et je puis te l'accorder.

valérie, avec satisfaction. Tant mieux. — J'ignore pourquoi, mais ce que tu me dis là me fait plaisir. Eh bien donc, continue.

Caroline. Il est même déjà question de mariage. Je n'en serais pas éloignée! Moi, jene m'en cache pas, j'ai un faible pour la richesse, peut-être parce que tout le monde en médit, et que ma générosité naturelle me porte à me ranger du parti des opprimés. Enfin je l'aime d'inclinalion, non pour elle-même, mais pour la considération, et surtout pour lesenvieux qu'elle procure. — Je ne peux pas souffrir qu'on me plaigne; et quand j'entends dire tous les jours avec une pitié maligne : Cette pauvre madame Blumfeld, se trouver sans protecteur, sans fortune, quel dommage! Quand j'y pense, je deviendrais millionnaire... ne fût-ce que par dépit!

valérie. Et c'est pour de pareils motifs que tu veux vendre ton bonheur?

Caroline. Non; mais je veux assurer le tien. Si j'épouse le comte de Halzbourg, Valérie, nul événement ne pourra plus nous séparer; rien au monde ne m'empêchera de passer ma vie avec toi. Tu vois donc bien que, quoi qu'il arrive, je suis certaine d'être heureuse.

valérie. Chère Caroline, combien je te remercie! Mais tu es clans l'erreur, et ce serait au contraire si tu épousais le comte de Halzbourg qu'il faudrait nous quitter à l'instant même.

Caroline. Et pourquoi donc?

valérie. Si je m'étais chargée de défendre un ami, un ami qui t'aime réellement, serait-il convenable que je devinsse la première cause de son malheur?

Caroline. Eh mon Dieu? quelle est donc la personne à qui tu t'intéresses si^vivement? J'y suis : le colonel Saldorf?

valérie. Du tout.

Caroline. L'intendant Kelmann?

valérie. Encore moins. Faut-il que ce soit moi qui te i l'apprenne?

Caroline. Ecoute donc, je vois tant de monde!

valérie. Je suis donc bien heureuse de ne pas voir, car j'ai découvert sur-le-champ le seul de tous ceux-là qui t'aimât sincèrement ; et quel autre serait-ce que le bon, l'aimable Henri Milner?

Caroline. Ah! le pauvre jeune homme ! C'cstjustemenl lui que j'ai pris pour confident, et à qui tout à l'heure encore j'ai demandé conseil ; j'ai toujours eu tant d'amitié pour lui !

Valérie. Il t'en aurait bien dispensée dans ce moment-là.

Caroline. Comment deviner qu'il m'aimait? 11 ne m'en

VALÉRIE

parlait jamais, ne mo flattait pas, me grondait toujours. C'était moins un ami qu'un gouverneur sévère...

valérie. Oui, c'est cela; un maître, un guide, un ami; moi, je l'aurais reconnu ! Voilà celui qu'il t'est permis d'aimer et d'épouser. C'est auprès de vous que je serais heureuse de passer mes jours. Qu'ai-je besoin d'opulence, de trésors, de riches parures? Pour moi, c'est inutile. Ce qu'il me faut, c'est ton amitié, c'est la sienne. J'ai besoin d'être entourée de gens heureux qui veuillent bien m'ad mettre dans leur bonheur; ce partage-là n'appauvrit pas. El si tu savais comme il t'aime ! si tu avais été témoin de sa tristesse, de son désespoir !

Caroline. Comment, il se pourrait!

valérie. Tu ne t'aperçois donc de rien? Moi, je ne pouvais le voir; (Lui prenant la main.) ; mais sans qu'il parlât, je l'entendais; je sentais sa main trembler dans la mienne. 0 ciel! comme toi dans ce moment; tu es émue, agitée. Oh ! que j'ai bien fait de lui promettre!.. N'est-ce pas, Caroline, tu l'aimes, tu vas te rendre, et je cours lui dire que j'ai gagné sa cause?

Caroline, la retenant. Mais un instant. (A part.) Avec elle, c'est terrible, on se croit en sûreté, et l'on se laisse surprendre. (Haut.) J'avoue qu'un tel hommage a droit de me flatter. Peut-être me fait-il découvrir en mon cœur des sentiments que j'étais loin d'y soupçonner; et je crois qu'un jour...

valérie. Cela ne me suffit pas. ri faut l'aimer, et sur-lechamp.

Caroline. Eh mais, cousine, un instant. Je l'aimerais d'abord que je n'en conviendrais pas, et... (S'arrétant.) Quel est ce bruit?

valérie, écoutant. C'est une voiture. Elle entre dans la cour.

Caroline, regardant par la fenêtre. Oh! le magnifique équipage! Quels beaux chevaux! Quelle livrée élégante! Eh mais vraiment, c'est un landau !

valérie. Un landau?

Caroline, regardant toujours. Oui. Ah ! que je te plains !

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