‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 524 sur 1121 · ÉMILIE, ESTHER · texte numérisé non relu

ÉMILIE, ESTHER

émilie. Ma bonne sœur! que j'avais envié 46 tVmbrasser et de me trouver seule avec toi !.. J'ai cru qu'elle ne nous laisserait pas !

estiier. Ma marraine, qui était trop bonne, lui avait laissé prendre une autorité !..

Emilie. Qui cent nue sous ton règne! cW c'est elle qui commande... et qui est la maîtresse !

estiier. Dans des misères!., d ne; les petites choses !

émilie. La vie inférieure ctt est $Mte> vïïe ne se 'compose que de cela; et tout calculé-, je trouve qu'il vaut autant être menée par son mari que par sa femme de chambre!.. Mais elle parlait d'hommes d'à 'Faire*-. . . OiMïHnoatvn a-'-tu besoin?

estiier . C'est que ma fortune est un peu en désordre; ce que je possède est si mal placé !

émilie. C'est toi qfir-i as voulu t'en charger!

estiier. Oui, sans doute! powr ivc dépendre de personne!.. Mais je n'entends r'ien aux notaire;; et aux avoués... Comment fais-tu ?

émilie. C'est mon mari qtre cela regarde... 11 a fait son droit, il connaît les affaires... Moi je lie ni'en mêle pas... Un mari... c'est un intendant.

ESTIIER. Ah !

émilie. Du reslc, je t'indiquerai son notaire. estiier. Tu y viendras avec moi?

émilie. Pourquoi donc?

estiier. C'est gênant d'être seule en této-a-tète, même avec un notaire... Avec cela que mantenant ils sont tous jeunes... et l'année dernière, pour une circonstance pareille et fnrt indifférente, on a tenu des propos qui m'ont été désagréables!

émilie. Je n'en reviens pas! car moi, qui suis plus jeune que toi, j'irais seule chez tout ce monde-là, qu'on n'en dirait rien.

estiier. C'est bien différent! toi, tu es mariée!

émilie. Je sors quand j'en ai envie, je rentre quand il me plaît, j'accepte le bras qui me convient.

estiier, avec impatience. Toi !.. tu es mariée 1

émilie. C'est singulier!., moi, esclave, je fais tout ce que je veux! et toi, libre et indépendante...

estiier. Maintenant!., mais dans quelques années, j'aurai les mêmes droits!

émilie. Oui, quand tu seras tout à fait vieille!., beau privilège qui coûte trop cher à acquérir !

estiter. En attendant... j'aurai ta fille, ma petite nièce.

émilie. Elle a quatre ans!

estiier. N'importe !.. je la prendrai... je sortirai avec elle... C'est un maintien, une sauvegarde...

émilie. Ma pauvre sœur! tu voulais te passer de tout le monde, et tu dépends de tous... même d'une enfant!

estiier. Ouelle idée ! C'est parce que je le veux bien, car je n'ai besoin de personne.

émilie. A la condition de vivre dans l'isolement!

estiier, avec dépit. Et souvent je le préférerais! La position qu'on nOUS l'ait dans le inonde est si fausse, si injuste,

si absurde ! l'ne femme mariée, eût-elle seizeà dix-sept ans,

a le droit de parler, elle a le droit de (oui dire, et j'ai à

peine celui d'entendre ! A la moindre plaisanterie banale que vient de hasarder un sol, je vois se diriger vers moi des regards curieux et malins qui •s'étonnent de nie voir troublée, et me feraient un crime de ne pas rougir! . et si, perdant enfin patience, un regard de mépris on un mot piquai t les déconcerte ou les réduit au silence , il me semble les entendre, entre eux, me traiter de prude ou de revèchc; épit!:ctes qui nous reviennent de droit, attribut obligé du célibat!.. Alors cette idée-là vous irrite, vous fâche, vous aigrit le caractère : on devient réellement méchante, railleuse, satirique, et grâce à eux-mêmes, leur calomnie se trouve une réalité !.. Témoin ma pauvre marraine, avec qui je viens de passer les années les pluspénibles et les plus trisles. émilie. Vous, armes intimes!

estiiëV Nous nous aimions toujours, mais nous nous disputions suis cesse! La vie serait si longue sans cela!

émilie. Et si quelqu'un cependant pouvait se passer de famille et d'intérieur, c'était elle!., avec ses goûts et son existence d'artiste !

estiier. Sans don le!., noblesse de sentiments, esprit élevé, talents remarquables, clic avait tout réuni! mais son isolement l'accablait; elle ne savait que faire, et cherchait dans son imagination ee qu'elle ne pouvait trouver en son cœur! J'écoutais ses vers , qui étaient fort beaux; mais je les connaissais tant!.. Et puis toujours dans les cieux! toujours de la poésie, c'est ne pas vivre! mi n'existe qu'en prose !.. et fatiguée d'esprit, j'étais heureuse de me délasser avec madame Ceslin : c'était mon seul plaisir! ^t je périssais d'ennui!.. Mais quand j'ai vtf ma pauvre marraine malade et souffrante, tout a été oublié ! et dan? ses derniers moments, ému des soins que je lui prodiguais-, touché peut-être de mon amitié et de ma dou'éur, ce cœur que je croyais insensible et égoïste m'a montré tant de tendresse et de reconnaissance, que je m'en veux maintenant de l'avoir mal jugé, ou plutôt de ne l'avoir pas deviné!

émilie. Et riche comme elle l'est, sans parents, sans héritier connu, je ne cloute pas qu'elle n'ait fait quelque disposition en ta faveur.

esther. A quoi bon?-. . je n'ai besoin de rien; j'aurai toujours assez pour vivre seule.

émilie, souriant. Seule'... il est heureux alors que tu ne te sois pas trouvée ici tout à l'heure àvec notre ancien ami Edgard de Saint-Rambert; vos discussions auraient recommencé.

esther. Ah!.. M. Edgard était ici tout à l'heure?.. émilie. 11 est parti au moment où l'on annonçait ton arrivée. esther. Fidèle à ses principes, je ne doute pas qu'en mon absence il ne les ait mis en action, et qu'il ne se soit marié! émilie. Pas encore...

esther. Ah!., pas encore!

émilie. Mais cela ne tardera pas... il est question pour lui d'un mariage important qui bientôt va avoir lieu.

esther. Je lui en ferai compliment, et à celle qu'il a cb oi sic !

Emilie. N'est-ce pas? surtout si elle a su l'apprécier; car c'est un si galant homme!.. (Se retournant.) Eh!., c'est monsieur mon mari que je te présente!

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