‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 532 sur 1121 · SCÈNE VU, M. DE ROUVRAY, puis DHENNEBON · texte numérisé non relu

SCÈNE VU, M. DE ROUVRAY, puis DHENNEBON

m. de rouvray, seul. Pour une première entrevue, ee n'est pas mal... on ne m'a même pas laissé achever ma cause, preuve qu'elle est gagnée!.. C'est du moins comme cela au palais... (Apercevant Dhennebon qui entre avec son chapeau sur la tête, l'habit boutonné, la badine à la main ; tenue de jeune homme.) Eh! te voilà, mon cher Dhennebon !

dhennebon, riant et se frottant les mains. Oui, mon ami ! libre comme l'air! ma femme va partir avec sa sœur... à toi pour toute la soirée... une soirée de garçon !.. ça ne m'est pas arrivé depuis mon mariage.

M. de rouvray. Tu as eu de la peine à te dégager?

DHENNEBON. Dll tOllt !

m. de rouvray. Quand je te le disais !., il ne s'agit que de se prononcer.

dhennebon. Je lui ai dit que nous passions la soirée ensemble, que tu avais absolument besoin de moi pour les affaires de ma belle-sœur... c'était une idée...

M. de rouvray. Ah! c'est ainsi que tu as parlé?

dhennebon. Oui,mon ami ! ainsi ne va pas me démentir!

m. de rouvray. Sois tranquille.. . Et ta femme n'a pas fait de difficultés?

dhennebon. Pas la moindre !.. au contraire, elle nie plaignait : « Mon pauvre mari, pisser une soirée ennuyeuse, avec des gens d'affaires!., » C'est inconcevable! comme il est aisé de tromper les leinin s!

m. ni. rouvray, riant, \'< .--l-il pas vrai? La voilure est on

bas, nous allons partir... ces messieurs ne peuvent pas venir, et nous ne serons que irous deux.

dhennebon. Tant mieux !

m. de rouvray. J'ai fait retenir un petit salon au Rocher de Cancale... et tu médiras des nouvelles du dîner!

dhennebon. Et puis le soir à l'Opéra?..

m. de rouvray. Et dans l'entr'acte, je te mènerai sur le théâtre !..

dhennebon. Quel bonheur !.. ma femme n'en saura rien... n'est-ce pas?..

m. de rouvray. N'aie donc pas peur! ni la mienne non plus!., car je vaisaussime marier!., je te raconterai cela! Allons, partons!

un domestique, apportant trois lettres. Des lettres pressées qui élaient chez Monsieur.

dhennebon. Vois... vois, mon cher. (Il s'assied.) Allonsnous in dire!.. Quel bonheur d'être son maître, et de faire ce qu'on veut!., je sens un air plus libre qui circule dans ma poitrine!., dans ma poitrine d'homme! et il me monte un tas d'idées à la tète !

m. de rouvray, qui pendant qm Dhennebon parle a décacheté la première lettre et la parcourt. Ah ! mon Dieu !. . c'est insupportable! c'est comme un fait exprès...

dhennebon. Qu'estoc donc?

m. de rouvray, avec humeur. Une passion à moi... la petite Clorinde, qui est malade, souffrante, et m'attend chez clic à dîner!

dhennebon, liant . Ah ! bien oui ! elle prend bien son temps ! . .

m. de rouvray. Elle a un instinct pour me contrarier! (Parcourant l'autre lettre et lisant la signature.) Anianda!..

dhennebon. Encore une lettre de femme ! est-il heureux !..

m. de rouvray. Mademoiselle Amanda qui ne danse pas ce soir, et qui veut absolument que je la mène dîner chez Véry !.. elles se sont donné le mot!..

dhennebon. Envoie-les promener !

Vous ne dansez pas, j'en suis fort aise!.. Eh bien! chantez maintenant!

m. de rouvray. Tu crois que cela s'arrange ainsi?..

dhennebon. Parbleu !.. quand on est homme, et qu'on a un peu de fermeté! ça ne m'inquiéterait pas un moment!

m. de rouvray. Et si je refuse ou cherche des prétextes... ce sont des disputes... des querelles!., c'est à n'y pas tenir! on est capable de me suivre !.. de venir faire une scène chez moi! chez ma prétendue! et avec mes idées de mariage... Jo ne peux pas, mon ami! je ne peux pas dîner avec toi !.. c'est impossible !..

dhennebon. Eh bien! par exemple !.. peut-on être esclave à ce point-là!., ne pas oser dîner avec un ami !

m. de rouvray. Ne vas-tu pas te fâcher? nous passerons la soirée ensemble!,, que diable, entre nous... c'est sans gène, sans façon !

dhennebon. Comme tu voudras.. . mais si j'étais à ta place, je ne me laisserais pas mener ainsi, et par deux femmes encore !.. Moi je n'en ai qu'une !

m. de rouvray, qui a ouvert la dernière lettre, s'écrie avec colère. A merveille!..

dhennebon. Une troisième!

m. de rouvray. C'est pis encore !.. c'est bien autrement nnuyeuv !.. une réunion de, députés pour ce soir \» tous les députés de notre parti qui se rassemblent chez un collègue...

LES INDÉPENDANTS

pour savoir a» juste quelle opinion nous aurons à la session prochaine.

dhennebon, avec colère. Et tu iras?..

m. de rouvray, de même. Et le moyen de s'y soustraire?.. Que ne dirait-on pas de mon absence?., on ne me la pardonnerait jamais!., car tu n'as pas idée d'un assujettissement, d'une tyrannie pareille!..

dhennebon, avec bonhomie. C'est bien étonnant!., moi qui suis lié et garrotté, je fais ce que je veux !.. et toi, et toi, l'homme indépendant, tu ne peux pas même disposer d'une soirée!

m. de rouvray, avec humeur. Je le peux!., si je le veux !

dhennebon-. Eh bien ! alors...

m. de rouvray. Mais je ne le veux pas!..

dhennebon. C'est comme si tu ne le pouvais pas.

M. de rouvray. Tu n'entends rien à cela!., et je t'expliquerai, dans un autre moment... car voilà six heures, et je ne sais où donner de la tète!

dhennebon. Tu ne peux cependant pas diner aux deux endroits en même temps?

m. de rouvray. Je verrai!., je tâcherai!.. Je dînerai avec l'une, et jesouperai avec l'autre!.. Pardon, mon ami, de te manquer ainsi de parole... Demain... après-demain... une autre fois... je prendrai ma revanche! (Au domestique.) Allons, partons! (7/ sort en courant par la porte du fond.)

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