‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 534 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DE ROUVRAY , assis à la droite, etrêvant ; DHENNEBON, paraissant à la porte du fond , et se disputant avec le domestique .

le domestique, empêchant M. Dherinebon d'entrer. M. de Rouvray n'y est pas!., il n'est pas chez lui.

dhennebon. Mais je l'aperçois.

le domestique. C'est égal... Monsieur ne reçoit pas.

M. de rouvray, se retournant. Qu'est-ce donc?.. Eh! mon ami Dhennebon!.. de si grand matin! (H fait un signe au domestique, qui se retire.)

dhennebon. A la bonne heure, au moins!.. Que diable te prend-il de faire ainsi défendre ta porte?., et qu'y a-t-il donc de nouveau ?

.m. de rouvray. Bien des événements depuis hier, et j'ai eu raison d'aller à notre réunion de députés,., il s'y est passé de grandes choses.

dhennebon, d'un air étonné. Ah!., bah!..

m. de rouvray. Il y a des pourparlers, des concessions... des arrangements; nous faisons nos conditions... c'est tout naturel ! on fait un pas vers nous... nous en faisons deux, et il se peut très-bien qu'aujourd'hui je sois ministre.

dhennebon. Toi ! (Montrant la porta qu'on lui refusait.) C'est donc ça que lu commençais déjà.,.

m. de rouvray, sans l'écouter, et avec joie. Oui, mon ami, ministre !

dhennebon. Et comment cela s'arrange-t-il avec ta position et tes opinions?

m. de rouvray. Très-aisément... Par ma naissance et ma fortune, je suis d'une certaine nuance de la Chambre... par

mes principes, je suis d'une autre tout à fait opposée

mais les extrêmes se touchent, et les deux nuances n'en font qu'une qui, dans ce moment, sont occupées à se fondre dans une troisième... ot voilà comment, de nuance en nuance, on change de couleur sans que personne s'en aperçoive,

dhennebon. Je comprends... Qu'est-ce que tu serais làdedans?

M. de rouvray. Presque rien... Pour commencer, j'irais au commerce ou à l'instruction publique.

dhennebon. 11 me semble que tu n'es guère savant.

m. de rouvray. Une occasion pour le devenir!., ce n'est pas là ce qui m'inquiète... ce sont les ennemis, les pamphlets, les attaques de tout genre,.. Je ne sais pas comment ils ont eu vent de notre combinaison , mais avant qu'elle soit formée... on l'abîme déjà; et si cela prend celte tournure, il faudra y renoncer, car je ne sais pas trop comment arranger ma puissance el ma popularité...

dhennebon. Encore dos nuances... qu'il s'agit de fondre!., et tu feras connue hier avec Glorindc et Amanda; tu dîneras avec l'une, et tu souperas...

m. de rouvray, avec humeur. Laisse-moi donc tranquille ! il s'agit bien de cela au/nird'hui !.. quand je ne sais quel parti prendre... quand j'ai la fièvre d'inquiétude et de tourment!

LES INDÉPENDANTS

dhennebon. Tu n'es pas ie seul ! et c'est pour ça que j'arrive chez toi de grand matin !

m. de rouvray. Qu'y a-t-il donc?

dhennebon. Imagine-toi qu'hier, à Passy... où je suis arrivé à la fin du dîner...

y. de rouvray, étonné. Comment !.. tu y es donc allé?....

dhennebon. Certainement!.... (Avec fierté.) mais de moimême !

h. de rouvray. Quelle faiblesse!

dhennebon. Cela te va bien! toi qui m'as abandonné!

m. de rouvray. Enfin!., qu'y a-t-il?

dhennebon. Un événement affreux!., qu'on nous a raconté au dessert : un employé des finances venait de se blesser sur notre chemin de fer !

M. de rouvray. Quelqu'un que lu connais?

dhennebon. Pas le moins du monde !

m. de rouvray. Eh bien ! alors, qu'est-ce que cela te fait?

dhennebon. Ça me fait!., que ça fera baisser nosactions!.. tout le monde le disait !

M. de rouvray. Laisse donc!

dhennebon. Ça m'a troublé à un point !.. d'autant que je n'osais rien demander, parce que ma femme était là!., mais moi qui dors si bien d'ordinaire, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit!., moi qui ne pense jamais à rien le matin, qu'à mon déjeuner et à mon bureau , je suis sorti de chez moi sans rien prendre et sans rien dire à ma femme; je me suis arrêté au café Torloni...

m. de rouvray. Pour déjeuner?

dhennebon. Non... pour écouter!.... pour interroger

pour savoir des nouvelles... Mon ami, elles sont désastreuses ! ils prédisent tous pour aujourd'hui une baisse effroyable !

M. de rouvray. Nous verrons bien !

dhennebon. Mais non !.. je ne veux pas le voir ! il y va de .na fortune ! je tiens à la conserver, et j'ai écrit à ton neveu de vendre aujourd'hui même si ça baissait.

m. de rouvray. Mais au contraire... il ne faut vendre que quand cela monte.

dhennebon. Que veux-tu? je n'y entends rien !

m. de rouvray. Allons!., allons!.. calme-toi!., cela me regarde encore plus que toi ! reste ici à déjeuner ; nous passerons ensemble à la Bourse, à deux heures.

dhennebon. Je n'irai donc pas encore à mon bureau !.... c'est le second jour.

m. de rouvray. Puisque ça t'ennuie tant! puisque ça t'est insupportable, à ce que tu me disais!

dhennebon. C'est vrai ; mais quand je n'y suis pas, il me

manque quelque chose... les matinées n'en finissent pas

je ne sais que faire. C'est comme quand ma femme n'est pas là ; ma femme et mon bureau, je ne peux pas m'en passa', ma femme surtout... Si tu savais combien ça me tourmente d'avoir acheté ces actions sans sa permission! non...

s.nis son consentement... Si c'était elle qui l'eût fait ça

me serait égal... elle ne pourrait pas me gronder,- aussi tu sens bien qu'il ne faut pas qu'elle soupçonne...

m. de rouvray. Sois donc tranquille... tu as peur de tout.

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