scène vu
DHENNEBON, écrivant, à la table à gauche; EDGARD , à droite, suivant des yeux Emilie qui s'éloigne, et restant quelque temps plongé dans ses réflexions.
dhennebon, à la table. J'écris là à quelques amis qui, j'en suis sûr, n'auront pas de fonds disponibles !.. les jours d'emprunt, l'amitié est toujours comme ça... C'est égal!., écrivons...
edgard, prêt à partir, et s'arrêtant près de Dhennebon. Je ne partirai pas du moins, Monsieur, sans vous exprimer ma reconnaissance pour toutes vos bontés!., je n'oublierai jamais ce quejedois à votre obligeance et à l'amitié de votre femme... fasse le ciel que je trouve l'occasion de m'acquitter ! et si je suis jamais assez heureux pour rendre quelque service à elle ou à vous, Monsieur...
dhennebon, se levant de la table. En vérité!., cela se trouve à merveille...
edgard. Parlez et croyez que ma vie, que mon sang...
dhennebon, avec émotion et lui serrant la main. Vous êtes un brave jeune homme... un ami véritable!., et cependant c'est étonnant combien ça me coûte à vous dire.
edgard. Qu'est-ce donc?
dhennebon. Après cela, ce n'est pas pour moi, c'est pour ma femme qui me pardonnerait, mais qui me gronderait!., et c'est pour lui éviter ce chagrin que je m'adresse à vous...
ebcard. Eh bien! de grâce!..
dhennebon. Eh bien ! mon cher ami, ça m'ennuyait d'être commis et de dépendre de tout le monde... vous comprenez... Alors j'ai voulu devenir riche pour devenir mon maître et n'avoir plus besoin de rien... ce qui fait que j'ai recours à vous.
edgard. 0 ciel!..
dhennebon. J'ai fait des spéculations malheureuses... je suis en déficit... un déficit momentané... et comme vous èles garçon et très-riche...
edgard. Ah! Monsieur, qu'allcz-vous penser de moi?..
dhennebon, à part. Déjà un qui n'a pas de fonds disponibles...
edgard. Après ce que je vous ai dit... après mes offres de services... vous allez croire peut-être... non... et quoi ijn'il m'en coûte à mon tour, quoique ce ne soit pas mon secret, mais celui d'un autre... vous saurez tout... apprenez que je n'ai rien!., que je ne possède plus rien!
DHENNEBON. Une si belle fortune!
edgard. Je l'ai i ngagée pour mon frère.
DHENNEBON . L'agenl de eliaiuic!
edgard. Cn honnête homme... que des désasires, des fail-
lites imprévues allaient pousser à sa ruine et au désespoir... j'ai fait... ce que vous auriez fait, Monsieur, je suis venu à son secours, je lui ai tendu la main... tout mon patrimoine... mais j'ai sauvé son honneur, celui de la famille! et comme mes ressources mêmes étaient insuffisantes, mon oncle est venu à notre aide... Ce matin encore, une somme considérable...
dhennebon. Est-il possible?
edgard. Oui, Monsieur... maintenant mon frère est sauvé; sa réputation, son crédit, sont intacts!., il s'acquittera enversnous, j'en suis sûr... mais dussé-je tout perdre, ce n'est pas ma fortune que .je regretterais le plus, mais le plaisir dont je suis privé en ne pouvant aujourd'hui obliger un ami !
dhennebon. Je comprends... je comprends.
edgard. Adieu!., adieu, Monsieur!., c'est pour vous seul au moins !.. gardez bien mon secret ! (R sort par la porte à gauche.)