LE CHEVALIER, LA DUCHESSE
la duchesse, à son fils. Je vous écoute.
le chevalier. Victime d'un ordre de choses qui me prive de tous les avantages accordés à mon frère, je mesuisdepuis longtemps résigné à la distance que le sort a mise entre nous. Je pardonne au marquis sa fortune, ses titres, et je ne sollicite de vos bontés que la permission de vivre obscur, et peut-être heureux.
la duchesse. Est-ce là celte soumission dont vous me parliez?
le chevalier. Mon cœur renferme un secret dont je vous dois l'aveu. La compagne, l'amie de ma sœur, celle jeune et intéressante orpheline que vous avez recueillie dans votre hôtel, et dont vous faisiez si souvent l'éloge...
la duchesse, souriant. Julie !
le chevalier. Je n'ai pu la voir sans l'aimer; tant de vertus, de grâces, de talents, m'ont inspiré l'amour le plus sincère. Daignez m'accorder la main de Julie. Si vos regards sont blessés par cet hymen, dès que je serai son époux, nous partirons, nous quitterons la France.
la duchesse, froidement. Celte union est impossible.
le chevalier. Julie connaît et partage mon amour; le ciel a reçu nos serments.
la duchesse. Je vous le répète, chevalier, cette union est maintenant impossible, et vous en connaîtrez bientôt vousmême les raisons. Mon fils, on ne met point en défaut la vigilance maternelle; cette folle passion que vous avez cru me cacher, j'en ai suivi tous les progrès, j'en ai calculé les dangers, j'en ai prévenu les suites; et ma prudence a élevé entre vous et Julie une barrière insurmontable.
le chevalier. Que dites-vous, ma mère?
la duchesse. Vous me remercierez un jour du parti que j'ai [iris. Croyez-moi, mon fils, n'irritez point le duc par une résistance inutile, et soumettez-vous aux ordresde votre père. (Im duchesse sort.)